Egypte, Jordanie, Tunisie : la place des femmes au travail Jordanie : « Nous voulons 20 % de femmes dans les comités directeurs des syndicats »

Avec un taux de participation des femmes ne dépassant guère 15 %, la Jordanie est classée parmi les pays les moins performants en ce qui concerne la place des femmes dans la vie économique. Leur taux d’affiliation à des syndicats ouvriers n’est pas davantage synonyme d’une prise en compte de l’égalité de genre puisqu’il avoisine 20 %. Lueur d’espoir dans ce sombre tableau : la création récente du Réseau des femmes arabes. Entretien avec Nadia Shabana, la coordinatrice de ce réseau basé à Amman.

Nadia Shabana, dans les locaux de l'ITUC, à Amman.Nadia Shabana, dans les locaux de l’ITUC, à Amman.

Pourquoi les femmes jordaniennes sont-elles faiblement représentées dans le milieu syndical ?

La première raison est qu’elles sont largement représentées dans des secteurs qui n’ont pas la possibilité de former des syndicats. En effet, beaucoup d’entre elles travaillent dans le secteur informel, comme l’agriculture ou le travail domestique. Dans le secteur public, forte réserve d’emplois pour les femmes, elles n’ont pas plus d’opportunités de se syndiquer puisque les syndicats y sont interdits.

Enfin, s’il est souvent mal perçu qu’une femme travaille, leur participation à des activités syndicales l’est encore plus. On observe déjà une tendance forte de dédain vis-à-vis du travail syndical en Jordanie, qui se renforce quand il s’agit de femmes. De façon plus générale, on constate que les syndicats demeurent très faibles en Jordanie, à cause de toutes les lois qui limitent leurs activités. Rappelons que la Jordanie n’a toujours pas ratifié la convention sur la liberté syndicale…

Comment est venue l’idée de créer le Réseau des femmes arabes ?

Cette idée de créer un réseau pour aider les femmes arabes à se syndiquer ne date pas d’hier. Mais c’est le contexte des révolutions arabes qui a réellement permis de l’établir. Le réseau a été lancé le 8 mars 2011 à Tunis, par la Confédération syndicale internationale (CSI), dans l’objectif rapproché que les femmes continuent de développer le réseau par elles-mêmes.

L’un de ses principaux objectifs est d’augmenter la participation des femmes dans les syndicats mais également qu’elles puissent accéder à des fonctions hiérarchiques au sein de ces derniers. Nous réclamons 20 % de femmes dans les comités directeurs.

Un autre point crucial de ce réseau sera également de constituer des syndicats indépendants, ce qui n’est pas du tout le cas en Jordanie puisque le gouvernement surveille étroitement leurs activités.

Quelles sont les perspectives ouvertes par ce nouveau réseau ?

Bien que les défis sociaux, politiques et culturels soient de taille dans les pays arabes, je suis optimiste. Les syndicats ouvriers de Jordanie ont bien accueilli l’avènement de ce réseau et la plupart se sont dits prêt à coopérer pour davantage de représentation des femmes dans les instances de décision.

Plusieurs outils vont aider à réaliser les objectifs : des campagnes nationales, des études sur les législations nationales, un site internet pour témoigner des problèmes des femmes au travail…

Mais c’est surtout par l’empowerment, que nous souhaitons avancer : ce sont les femmes arabes qui vont mettre en œuvre leurs idées. Ces dernières sont impressionnantes par leur détermination. Elles ne doivent pas être uniquement perçues comme soumises et en souffrance au travail. Elles participent à la vie économique et politique depuis très longtemps déjà. La dynamique du réseau va simplement les appuyer dans leur cheminement pour trouver une place juste dans la société.

Propos recueillis par Myriam Merlant – EGALITE