Non classé « L’égalité n’est pas une valeur courante pour Nicolas Sarkozy »

Marie-Arlette Carlotti est responsable du pôle égalité femmes-hommes de l’équipe de campagne de François Hollande. Elle a répondu aux questions d’EGALITE.

Marie-Arlette Carlotti

L’appel « Les droits des femmes passent par la gauche » a été lancé le 25 avril dernier…

Cet appel veut toucher encore plus largement que le premier appel lancé au mois de mars dernier. C’est un appel rassembleur, comme l’est François Hollande, qui veut rassembler les Françaises et les Français autour de lui.

Que répondez-vous à Nicolas Sarkozy, qui a parlé de « vrais travailleurs » ?

C’est absolument scandaleux de stigmatiser des travailleurs. Son propos est insultant, en particulier pour les femmes car on sait bien que ce sont elles qui sont les plus précaires, ce sont elles qui ont des CDD, sont au RSA ou au chômage. Sont-elles de « vrais travailleurs » pour le candidat sortant ? Il est clair que l’égalité, la solidarité ne sont pas des valeurs courantes pour Nicolas Sarkozy, qui monte les citoyens les uns contre les autres. Les femmes constituent-elles une sous-catégorie ?

D’ailleurs, le bilan du dernier quinquennat, ce sont des inégalités de salaires de plus de 25% ; 82 % des salariés à temps partiels qui sont des femmes, des inégalités qui se creusent au moment de la retraite, avec des écarts de pension de 600 euros entre les femmes et les hommes ; des fermetures de centres d’IVG et une situation effrayante au regard des violences faites aux femmes.
Les droits des femmes ont été bafoués ces cinq dernières années.

Que pourriez-vous dire aux femmes, nombreuses, qui ont voté Marine Le Pen ?

Marine Le Pen fait des propositions illusoires, comme l’allocation parentale, qui consisterait à verser un revenu équivalent à 80% du Smic pendant trois ans à partir du deuxième enfant.
Une mesure pas seulement illusoire, mais dangereuse aussi, puisqu’elle retirerait irrémédiablement les femmes du circuit du travail. Nous savons qu’au bout de deux années la réinsertion est quasiment impossible. Pour le Front national, les femmes sont coupables de prendre le travail des hommes.

Quelles seront les premières mesures d’un gouvernement socialiste ?

François Hollande veut mettre en place un gouvernement paritaire. Il nommera une ou un ministre des Droits des femmes de plein exercice, et des correspondants égalité femmes-hommes dans l’ensemble des ministères. Le ministère aura un rôle de veille, de vigilance et d’impulsion sur l’ensemble des politiques publiques.

Il y a chez François Hollande une vraie volonté politique de faire avancer les droits des femmes. Dans ses 40 engagements pour l’égalité femmes-hommes, il apporte des réponses concrètes qui répondent à leurs préoccupations quotidiennes. Il veut favoriser l’accompagnement à la formation et à l’emploi, lutter contre le travail précaire ; sanctionner les entreprises qui ne respectent pas l’égalité salariale.

Un soutien particulier sera apporté aux femmes des quartiers, qui jouent un rôle essentiel. Il prévoit une augmentation de 25 % de l’allocation de rentrée scolaire, un congé parental raccourci et partagé entre les deux parents, un congé paternité transformé en congé d’accueil de l’enfant, plus long et mieux rémunéré.

Lors des premières négociations avec les partenaires sociaux, la question des droits des femmes sera mise en exergue.

Les engagements de François Hollande en faveur du pouvoir d’achat – l’encadrement des loyers, le blocage du prix de l’essence, l’électricité et le gaz indexés sur le revenu – concernent en premier lieu les femmes, qui sont les travailleurs les plus pauvres.

Pensez-vous que le PS a avancé lors de cette campagne présidentielle sur les questions d’égalité entre les femmes et les hommes ?

J’avoue qu’au début de la campagne j’ai eu un peu peur, parce la crise monopolisait les débats et on parlait peu des droits des femmes.

Finalement, François Hollande a beaucoup porté ces questions. Nous allons lancer des campagnes de sensibilisation contre les stéréotypes, développer la formation des différents acteurs qui interviennent dans le cadre des violences faites aux femmes, former dès l’école à la question de genre.

Les dotations de l’Etat aux partis politiques qui n’appliquent pas la parité seront purement et simplement supprimées, les appareils politiques aussi doivent changer de l’intérieur. Et le combat n’est pas terminé au sein même de mon propre parti.

François Hollande était à Bercy le 29 avril dernier, date symbolique, car il y a 67 ans, jour pour jour, les femmes votaient pour la première fois.

Aujourd’hui le mouvement féministe n’a pas dit son dernier mot, il reste une réelle force de proposition.

Propos recueillis par Caroline Flepp – EGALITE

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