Politique Les 20 ans d’Elles aussi, une histoire de la parité (partie 1)

 

1992, l’urgence de la parité

Alors que les Françaises, votaient depuis bientôt 50 ans, l’Assemblée nationale alignait encore le chiffre fracassant de 33 femmes députées, contre 45 à la libération ! Depuis les années 70, la représentation féminine s’engluait dans le machisme ambiant et les débats à l’infini sur la pertinence de quotas. Puis vint 1992, année d’un éveil…..

En mars, des Alsaciennes, de droite comme de gauche, lançaient aux régionales une liste uniquement féminine « sur un coup de colère », comme l’explique  Liliane Gall, leur tête de liste, entrée au Conseil régional avec 6,12% des voix.

En juin, à Paris paraissait un ouvrage écrit par trois femmes (1), au titre fortement symbolique, « Au pouvoir citoyennes ! : Liberté, égalité, parité» qui abandonnait la notion de représentation « équilibrée » entre femmes et hommes pour mettre en exergue le concept radical de parité.

En novembre, à Athènes, lors du premier sommet « Femmes et pouvoir » organisé par l’Europe, Simone Veil et Edith Cresson, ensemble, et avec d’autres figures féminines de la politique européenne issues de partis différents, déclaraient « les femmes représentent plus de la moitié de la population. L’égalité impose la parité dans la représentation et l’administration des nations ».

1992, une année qui voit surgir l’urgence de la parité politique, la nécessité d’une action pluraliste des femmes pour parvenir à l’instituer. A la fin de cette même année, le réseau Elles aussi voit le jour…                                            

Le choix de l’union dans la différence

En 1992, le monde associatif, à l’instar des femmes politiques, se met lui aussi en mouvement sur la question du partage du pouvoir entre les femmes et les hommes. Parmi les initiatives de l’époque, il y en a une d’une tonalité particulière : celle d’une association de femmes catholiques (ACGF) qui décide de contacter d’autres associations (2) pour constituer un réseau ample et durable sur un objectif unique : la parité dans toutes les instances élues.

Pourquoi ce choix d’une association largement ouverte? « J’étais responsable à l’ACGF, depuis 1988, d’un groupe de travail Élues municipales et politiques », se souvient Simone Gallion, première présidente d’Elles aussi. « J’ai moi-même été élue municipale pendant 24 ans. Nous avons constaté, qu’il y avait dans notre association peu d’élues locales. Nous nous sommes demandées : que faire pour que ça change ? Une évidence : contacter d’autres femmes !! ». Et quel éclectisme dans cet éventail d’associations ! Certes il repose sur le socle solide que forment ensemble l’ACGF et l’UFCS, deux associations créées en début de siècle (1901 pour l’ACGF, 1925 pour l’UFCS). Mais il y a aussi cette alliance surprenante entre organisations bien implantées avec des dizaines de milliers d’adhérentes et groupe restreint de formation récente ; entre réseaux nationaux et associations locales ; entre mouvements féminins institutionnels et association issue du Mouvement de Libération des Femmes ; entre organisations apolitiques mais comptant nombre de femmes de droite en leur sein et association clairement ancrée à gauche.

Mais aussi, comme le dit Christine Villeneuve, présidente de Elles aussi de 2005 à 2007  « la conviction partagée  et qui nous rassemble, que les femmes ont un apport spécifique à l’humanité ». Une conviction fondatrice de cette  expérience singulière de capacité à se comprendre dans le pluralisme qui, depuis 20 ans, ne s’est jamais démentie…

L’évidence de l’engagement local

Même si la création d’Elles aussi en 92 a participé d’un mouvement général d’engagement en faveur de la parité, l’association y a joué d’emblée une partition elle aussi singulière : être concernée non seulement par la sous-représentation nationale des femmes, mais aussi par leur absence dans les instances élues locales. Une absence certes due à l’immobilisme machiste des partis et des institutions, mais aussi à l’exclusion symbolique de la sphère politique intégrée par les femmes elles-mêmes, comme le dit une militante du Nord-Pas de Calais : « Au travers d’Elles aussi, j’ai vu grandir mon intérêt pour la politique, alors que je croyais, qu’il n’y avait que le genre masculin compétent dans ce domaine, et que ce n’était pas notre place… ».

Ce phénomène d’auto-exclusion, les élues locales des associations membre du réseau ou non le mesuraient parfaitement. Le très fort maillage territorial des associations fondatrices, a permis à ce réseau encore débutant de programmer, dès la fin 93, en prévision des municipales de 95, 35 forums au travers de toute la France, baptisés « Conseillère municipale, pourquoi pas ? ».

Les forums mobilisant les femmes en faveur de l’engagement communal, l’UFCS leur a proposé immédiatement un solide programme de préparation au mandat. Cet enthousiasme militant a conduit à une implantation durable d’antennes d’Elles aussi dans une quinzaine de départements. La majorité de ces antennes existent toujours, encore capables de se mobiliser lorsque les enjeux de la parité l’exigent. Malgré des facteurs d’affaiblissement indiscutables, en raison même de ses succès…

Résister au « succès » de la parité aux élections municipales

En effet, forums, formations et vie d’antennes ont favorisé l’élection de femmes dans les communes, dès 1995. Mais Christine Villeneuve, constate que « des femmes ont cessé leur activité au sein d’Elles aussi une fois élues car elles avaient atteint leur objectif. Et il est toujours difficile de faire venir des femmes jeunes, happées par leur vie professionnelle et familiale ».

Même quand elles ont conservé leur conviction paritaire et leur lien avec Elles aussi, les élues sont souvent peu disponibles pour une participation régulière. De surcroît, en raison de l’augmentation de conseillères municipales depuis les élections de 2001, grâce à la réforme constitutionnelle de 1999 et de la première loi de 2000, l’illusion que la parité était affaire réglée s’est largement répandue dans l’opinion, faisant l’impasse sur les 90% de communes et les intercommunalités non concernées par la loi. Pendant les premières années de ce siècle, les femmes ont donc assez peu adhéré à une cause qui leur paraissait, à tort, gagnée…

Maintenir l’engagement entre les élections

Il est difficile pour les antennes locales qui se sont construites et imposées autour des élections municipales, de maintenir une activité entre les scrutins. Toutes ces femmes engagées dans le combat paritaire ont de multiples engagements associatifs. D’où parfois, entre les élections, une mise en sommeil provisoire des antennes, dépendantes des impulsions du National. « Les antennes sont très à l’aise dans le faire, analyse Dominique Mangé de l’ACF, secrétaire d’Elles aussi de 1995 à 2004. Il faut leur donner à « faire », parce que les temps entre les élections les démobilisent un peu ».

Malgré ces limites, la plupart des antennes ont, vaille que vaille, avec des effectifs en baisse, tenu la route, de la Martinique au Rhône ou à l’Alsace… Pourquoi ? Par conviction envers la parité. Mais pas seulement…

L’atout majeur du pluralisme

« Ce que m’a apporté ma participation à Elles aussi, confie Anne-Marie Marmier, représentante de l’Alliance des femmes pour la démocratie à l’antenne Nord-Pas de calais, c’est une culture apaisée de la différence… ». Solidarité, ouverture d’esprit, écoute de l’autre, amitié malgré les différences, tels sont les mots qui reviennent sans cesse dans les propos des militantes interrogées. Le pluralisme est bien la clé de leur bonheur d’être et d’agir dans les antennes locales d’Elles aussi. «Elles aussi m’a confortée dans l’idée qu’il y a des combats qui transcendent la notion partisane ! » confirme Michèle Voisin, élue UMP, et créatrice de l’antenne d’Alpes Maritimes avec une élue socialiste.

 

Suite de l’article mardi 20 novembre

(1) GASPARD Françoise, LE GALL Anne, SERVAN-SCHREIBER Claude, Au pouvoir citoyennes ! Liberté, Egalité, Parité, Seuil, Paris, 1992

(2) Les associations fondatrices d’Elles aussi : Action Catholique Générale des Femmes (ACGF), Alliance des Femmes pour la Démocratie, Fédération des Associations de Conseillères Municipales (FACM), Femmes d’Alsace, Grain de Sel Rencontre, Union Féminine Civique et Sociale (UFCS)

Suite de l’article mardi 20 novembre

 

Annette Vazel – EGALITE