Articles récents Le dernier mot d’Annie : Il n’y aura pas de «  journée internationale de l’avortement sûr ». Savoir tirer les leçons d’un échec.

Une nouvelle fois les anti-IVG  ont fait barrage à la proposition de célébration par les Nations-Unies, d’une « journée internationale de l’avortement sûr ».

C’est en 1990 que cette proposition a été faite pour la première fois. Le 28 septembre avait été retenu en souvenir du 28 septembre 1871, date de l’abolition de l’esclave des enfants nés de mères esclaves au Brésil.

Cette année la revendication qui était portée par 430 ONG à travers le monde sous la forme d’une lettre ouverte envoyée au Secrétaire Général des Nations-Unies, Ban-Ki Moon et aux responsables des Agences concernées des NU, avait en outre recueilli les signatures de Hauts-Fonctionnaires et/ou d’expert-e-s auprès de ces Agences.

Les auteurs de la lettre ouverte soulignent que les IVG « à risque » se traduisent chaque année par la mort de 44.000 femmes, ce qui représente environ 15% de la mortalité maternelle. Ainsi, depuis 1994, date de la Conférence mondiale du Caire sur Population et Développement, 1 million de femmes sont mortes. En outre, en 2012, 6,9 millions de femmes ont été traitées dans les pays en voie de développement pour des complications graves suite à ces IVG à risque, ce qui a coûté aux systèmes de santé 232 millions de dollars.

Insensibles à l’horreur de ces constats, les anti-IVG avaient lancé une pétition qui a recueilli 170.000 signatures : résultat finalement modeste comparé à leurs moyens financiers et à leurs réseaux.

Droit fondamental ou prérogative nationale ?

Si l’on s’en tient à la « logique » des Nations Unies, les anti-IVG avaient un argument imparable : l’accès à l’IVG n’a pas été reconnu comme un droit fondamental dans les textes onusiens. Rappelons que la conférence mondiale population et développement du Caire citée plus haut, sous l’influence du Vatican et avec l’appui des dictatures islamistes, avait conclu que les législations sur l’IVG ne pouvaient être modifiées qu’au niveau local ou national, autrement dit qu’il ne s’agissait pas d’un droit fondamental. Ces conclusions avaient été réaffirmées lors de la conférence de Pékin 95, puis 20 ans plus tard à New York.

De cet échec il faut tirer une leçon : 450 ONG, représentant à travers le monde la défense du droit fondamental de chaque femme, quelle que soit sa culture et sa religion, à accéder à des services sûrs d’IVG, doivent pouvoir peser davantage que les lobbyistes anti-IVG. Mais à une condition : décider que ce combat-là est la priorité des priorités des associations féministes quelles que soient leurs créneaux d’action (violences, travail, culture, …).

Il faut que les participant-e-s aux réunions internationales cessent de se laisser imposer un agenda qui disperse leur attention et les divise. Il est tout aussi important d’envisager des actions spectaculaires au niveau international à commencer par l’Europe qui ne pourra peser sur les Nations Unies que si elle est unie sur cette question et si on obtient que les droits sexuels et reproductifs soient inclus dans la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne.

Les actions menées pour soutenir les Espagnoles, et aujourd’hui les Polonaises sont un premier pas dans ce sens. 

Annie Sugier 50-50magazine