Monde Delphine O prépare la nouvelle version du Forum Génération Egalité

Les nouveaux contours du Forum Génération Égalité sont en train d’être dessinés. Après un report annoncé au printemps 2021, la Secrétaire générale, l’Ambassadrice Delphine O, travaille pour faire de cet événement une réussite au moment où les femmes sont les plus touchées par la crise.

À quoi ressemblera le nouveau Forum Génération Égalité ?

Il y a quelques semaines, à l’occasion du 25ème anniversaire de la Conférence de Pékin et lors de l’Assemblée Générale de l’ONU, le président Emmanuel Macron a annoncé que le Forum se tiendrait en juin 2021. L’environnement est pour l’instant très évolutif, donc nous annoncerons les jours précis un peu plus tard. Pour le Mexique, qui doit ouvrir le bal, il n’y a pas encore de date officielle, mais le Forum s’ouvrira très certainement autour de mars-avril 2021.

Au départ, dans la version initiale, nous devions recevoir à Paris environ 8000 participant·es sur trois jours et demi, dont une cinquantaine de chef·fes d’État, de gouvernements, d’entreprises et 5000 personnes de la société civile. Aujourd’hui, à cause de l’épidémie, un tel événement est difficilement envisageable. Nous étudions donc plusieurs scénarios.

Nous sommes en train d’imaginer un événement hybride, avec une partie en présentiel, de 1000 personnes maximum, car il s’agit pour l’instant de la jauge imposée par le gouvernement, qu’il s’agisse de personnalités politiques, économiques, d’ONG ou du public ; et avec une partie digitale. De toute façon, nous avions déjà beaucoup de demandes pour organiser un événement virtuel, afin de permettre à plus de monde d’y participer.

Nous sommes également en train d’étudier la possibilité d’organiser plusieurs petits événements à Paris et dans le reste de la France. L’objectif serait de déconcentrer le Forum et de développer la partie artistique, culturelle, avec des débats, des conférences… mais c’est encore à l’étude.

Vous bénéficiez pratiquement d’une année supplémentaire pour organiser le Forum, comment mettez-vous à profit ce temps dans l’organisation de l’événement ?

Le report n’était pas souhaité au départ mais il est finalement bénéfique. Cela nous permet d’organiser correctement les groupes de travail. Le 1er juillet nous avons annoncé les champions des coalitions d’action représentant les États, de nombreuses organisations féministes, des organisations internationales… Depuis, chaque coalition d’action organise une réunion par mois, en virtuel, pour concevoir des plans concrets, afin d’accélérer la réalisation de l’égalité entre les femmes et les hommes, qui seront mis en œuvre au cours des cinq prochaines années. D’ici la fin de l’année, les grandes orientations pour chaque coalition d’action seront dégagées. Cela prend du temps car les coalitions réunissent des actrices et acteurs qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble, comme les associations, les entreprises, et les gouvernements.

De janvier à juin, une fois les priorités établies pour chaque coalition, nous pourrons réfléchir au plan d’action à mettre en place.

Pour ce Forum Génération Egalité, seuls les pays qui proposent de réelles avancées en matière de droits des femmes sont conviés et les pays conservateurs sont exclus. Pourquoi ?

Pour la Conférence de Pékin, il s’agissait d’un mandat de l’Assemblée Générale de l’ONU. Donc tous les Etats membres étaient conviés et devaient y participer. Mais aujourd’hui, nous sommes réalistes, si nous devions signer le texte de la Conférence de Pékin cela serait impossible, à cause des forces conservatrices. Donc nous avons décidé d’organiser un événement qui ne serait pas sous mandat de l’ONU, mais organisé par ONU Femmes. Le Forum Génération Egalité est ouvert à tous les pays sur le papier, mais nous avons demandé des engagements concrets et sérieux, y compris sur la durée. Mais cela ne veut pas dire que nous avons uniquement des bons élèves, ou reconnus comme tels. Le ticket d’entrée est plutôt ambitieux. Par exemple, le Chili et l’Argentine y participent, car les associations féministes sur le terrain ont fait pression pour que leurs pays s’engagent davantage dans l’égalité entre les femmes et les hommes, malgré les forces conservatrices. 

La France a été désignée comme champion de la coalition « Autonomie corporelle et droits en matière de santé reproductive et sexuelle », pour quelles raisons avoir choisi cette coalition ?

Ce choix est en accord avec le positionnement de la France sur le droit des femmes à disposer de leur corps et avoir accès aux méthodes de contraception ou à l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG). Nous souhaitions renforcer ce plaidoyer, ce positionnement par des actions concrètes. Le choix de cette coalition s’est donc rapidement imposé. Et puis le droit des femmes à disposer de leur corps est parmi les plus menacés aujourd’hui. Le droit des femmes à accéder à la contraception est remis en cause par de nombreux pays conservateurs. Nous souhaitons donc redire, à travers cette coalition, que ces droits sont fondamentaux.

Le Président Emmanuel Macron a toujours dit que la France adopterait une « diplomatie féministe ». Pour les associations féministes, la réalité est plus mitigée, que répondez-vous ?

Je comprends les féministes de terrain qui doutent, j’échange régulièrement avec elles. Mais la diplomatie féministe n’a été véritablement adoptée qu’en 2019, il faut donc laisser du temps avant de faire un bilan. Bien sûr que nous souhaitons nous inspirer de pays en avance comme la Suède mais nous avons quand même lancé le Fonds de soutien aux organisations féministes cet été. Lorsqu’Emmanuel Macron défend ouvertement l’IVG et utilise le mot « féministe » à la tribune de l’ONU c’est important.

La France a décidé d’accueillir le Forum Génération Égalité, ce n’était pas une obligation, nous l’avons proposé. Organiser une conférence internationale suppose aussi d’y consacrer un budget, et d’investir suffisamment d’argent pour assurer le suivi sur les cinq prochaines années.

La France s’est aussi engagée à faire en sorte que l’ensemble de la politique étrangère soit concernée par les questions féministes : lors des processus de paix, des résolutions de conflits, de la signature d’un texte à l’ONU… à chaque fois la France s’engage à prendre en compte la question de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Au sein de la coalition « Autonomie corporelle et droits en matière de santé reproductive et sexuelle », la France s’engage également à faire un effort financier conséquent.

Le Forum Génération Egalité est symbolique, est-ce qu’on peut vraiment croire qu’il va permettre d’avancer concrètement sur l’égalité entre les femmes et les hommes ?

Bien sûr, j’y crois. Effectivement la symbolique est insuffisante mais elle est tout de même nécessaire. Depuis Pékin, il n’y a eu aucune conférence sur les droits des femmes en 25 ans. Nous avons envoyé le mauvais message, les militantes féministes demandent d’ailleurs depuis longtemps d’organiser une nouvelle conférence sur ce sujet. Car sans conférence, nous avons laissé le champ libre aux forces conservatrices. Il n’y aura pas de nouveau texte avec le FGE, les textes sont déjà là, nous connaissons les problèmes et ce qu’il faut améliorer. Mais il manque une mise en application concrète sur le terrain de ces textes. C’est tout l’objectif des coalitions d’action. Et cette fois, nous avons également réussi à mettre autour de la table des actrices et acteurs qui n’ont pas l’habitude de se parler. Donc je crois que ce FGE fera concrètement avancer les droits des femmes.

Le Forum Génération Egalité lancera également un Mécanisme innovant pour les femmes, la paix et la sécurité et l’action humanitaire. Que pouvez-vous nous en dire ?

Nous venons de fêter le 20ème anniversaire de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies sur les femmes, la paix et la sécurité. Le Mécanisme lancé lors du FGE n’est pas une coalition d’action supplémentaire mais il permettra de relancer la résolution de l’ONU. Les progrès dans ce domaine sont insuffisants. Il faut établir des synergies avec les six coalitions d’action du Forum Génération Egalité afin de faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes et les droits des femmes dans des domaines en rapport avec la paix, la sécurité et l’action humanitaire. Il faut relancer la dynamique et les financements sur cette thématique.

Propos recueillis pas Chloé Cohen 50-50 magazine

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