Articles récents \ Monde \ Amérique du Nord Kamala Harris, première femme vice-présidente des Etats-Unis, mais certainement pas la dernière !

Le 7 novembre 2020, Joe Biden bat Donald Trump aux élections présidentielles et devient le 46ème président des Etats-Unis d’Amérique. Le 11 août 2020, Biden choisissait Kamala Harris comme colistière, faisant d’elle la prochaine vice-présidente des Etats-Unis en cas de sa victoire aux présidentielles. C’est la première fois dans l’histoire américaine qu’une femme, et une personne afro-américaine, accède à la vice-présidence.

Kamala Harris : une vie marquée par l’engagement démocrate

La victoire de Joe Biden, et donc de Kamala Harris, marque un tournant majeur dans la vie politique américaine, mais aussi dans l’histoire mondiale. Signe d’un renouveau du personnel politique, elle est surtout porteuse d’espoir pour les générations à venir car, comme elle l’a déclaré dans son discours à la suite de la victoire de Biden, Harris est la première femme à accéder à la vice-présidence, mais « certainement pas la dernière ».

Kamala Harris naît le 20 octobre 1964 à Oakland, une ville marquée par son importante communauté afro-américaine. Son père, originaire de Jamaïque et sa mère, originaire d’Inde, ont tous les deux migré aux Etats-Unis pour leurs études, qu’ils effectuent à l’Université de Berkley (Californie), alors connue pour son engagement dans la lutte pour les droits civiques. Sa mère devient professeure de biologie à la prestigieuse université de McGill (Montréal), et son père enseigne l’économie à Stanford. Kamala Harris est donc issue de l’élite intellectuelle américaine, ses deux parents travaillant dans des universités d’excellence. Après son baccalauréat, elle intègre l’université d’Howard, historiquement réservée aux Afro-Américain·es durant la ségrégation, où elle étudie les sciences politiques. Par la suite, elle se spécialise en droit à l’Université de Californie, et se destine à une carrière de procureure.

La défense des droits fondamentaux est au coeur de l’engagement de Kamala Harris, et ce dès le début de sa carrière. Très vite, elle gravit les échelons. Dans les années 1990, elle travaille en tant qu’adjointe au procureur de district du comté d’Alameda (Californie). En 2003, elle est élue procureure au district de San Francisco. En 2010, elle devient la première femme procureure de Californie, et elle est élue pour un deuxième mandat en 2014. En 2016, elle est élue sénatrice de Californie, soutenue par Barack Obama et Joe Biden. En 2019, elle se présente aux primaires démocrates, mais abandonne pour finalement soutenir Joe Biden. En 2020, elle devient vice-présidente des Etats-Unis. De toute sa carrière, Kamala Harris n’a jamais perdu une élection.

Durant sa carrière juridique aussi bien que politique, ses engagements demeurent inchangés. Elle s’oppose catégoriquement au port des armes à feu, ce qui lui a valu un « F » de la part de la National Rifle Association, qui note les personnalités politiques en fonction de leur tolérance à l’égard du « gun control », F désignant les individus y étant complètement opposés.  Elle s’est toujours positionnée en faveur des actions pour le climat, et soutient notamment le Green New Deal ainsi que la volonté de Biden de réintégrer l’accord de Paris. Sur la question des violences policières, elle a, du temps où elle était procureure de Californie, lancé un programme de formation aux biais inconscients des forces de l’ordre afin de tenter d’éradiquer le racisme des rangs de la police. Par ailleurs, elle soutient le « Medicare for all » de Bernie Sanders qui promeut un système de santé universel pour tous les Américains. Enfin, elle est également engagée dans les droits des minorités sexuelles : en tant que sénatrice, elle a parrainé l’Equality Act visant à protéger les individus des discriminations dues à leur orientation sexuelle.

Depuis toujours, Kamala Harris est une démocrate que l’on pourrait qualifier de centre gauche, engagée pour le progrès social et les droits humains. Pourtant, nombreuses furent les critiques portées à son égard durant la campagne de Joe Biden. Ses détractrices/détracteurs lui ont tout d’abord reproché sa liaison amoureuse avec Willy Brown, président de l’Assemblée de Californie à la cour d’appel, par la suite premier maire noir de San Francisco qui l’a soutenue à de nombreuses reprises dans ses candidatures. Comment ne pas y voir ici une attitude sexiste ? Les pré-jugés derrière ces reproches visent à faire passer Harris pour une incompétente qui ne doit son succès qu’à son ancien compagnon influent. Dans un tout autre contexte, sa politique vis-à-vis des violences policières ayant pour victimes les Afro-Américain·es lui a également été reproché : elle n’aurait pas été assez ferme, et n’aurait pas affiché un soutien total envers le mouvement Black Lives Matter. Il en est de même pour la peine de mort, à laquelle elle s’oppose, mais qui reste maintenue dans l’Etat de Californie, alors qu’elle y a été procureure pour deux mandats consécutifs. De telles critiques sont revenues à de nombreuses reprises dans la campagne de Biden, visant à disqualifier Harris et ses compétences. Elles nous apprennent une chose : on ne pardonne pas aux femmes leurs erreurs passées, là où celles des hommes sont délibérément ignorées. Harris est autant critiquée que les deux candidats à la présidentielle 2020, alors que Trump a été accusé 26 fois de viols et agressions sexuelles et 43 fois de comportement sexiste et inapproprié, et Biden une fois de viol.

Kamala Harris vice-présidente : un tournant dans l’Histoire américaine et mondiale

Après quatre ans de Donald Trump, autrement dit quatre ans d’inaction voire parfois de régression vis-à-vis des droits des femmes et des minorités, Kamala Harris accède à la vice-présidence. Le soulagement est immense, et permet de clore l’année 2020 sur une bonne note.

Certain·es diront que le président des Etats-Unis reste un homme blanc de plus de 70 ans, et que finalement rien n’a vraiment changé. On peut également entendre dire que la nomination d’Harris n’était qu’un calcul politique de la part de Joe Biden pour s’assurer le soutien de la communauté afro-américaine. Rappelons tout de même que ce dernier a déclaré ne vouloir faire qu’un seul mandat en raison de son âge, ce qui met donc Kamala Harris en bonne position pour prendre la suite et être la prochaine candidate démocrate aux présidentielles 2024. Aussi, Harris incarne mieux que quiconque cette rupture avec le sombre mandat trumpiste des Etats-Unis. Avec Joe Biden, elle souhaite s’attaquer à tout ce que Trump avait choisi de détruire ou d’ignorer : le climat, la santé pour toutes et tous, l’avortement, les droits des Afro-Américain·es…

Le symbole qu’incarne Kamala Harris est fort, et il est porteur d’espoir. Durant son discours de victoire, elle était habillée en blanc, symbolisant le mouvement des suffragettes né au Royaume-Uni et a rendu hommage « aux générations de femmes, noires, asiatiques, blanches, latinas, Amérindiennes, qui ont ouvert la voie ». Dans « the Biden agenda for women », on retrouve le programme du duo Biden-Harris pour les droits des femmes américaines. Ce dernier est organisé autour de points cruciaux comme l’égalité salariale, une campagne de lutte contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes, une assurance santé… Une fois Biden président, il sera impératif de revenir sur les décisions profondément dangereuses prises par Trump du temps de son mandat, notamment l’interdiction de subventionner les centres de « planned parenthood », le planning familial américain. Une telle mesure a gravement fragilisé le droit à l’avortement, le rendant quasiment impossible dans certains états comme l’Alabama. Concernant les violences conjugales, l’agenda précise vouloir réguler le port d’armes concernant les agresseurs et hommes violents connus des services de police. Il est également question de sécuriser les campus universitaires, afin d’en bannir le harcèlement sexuel et tout autre type de comportement discriminatoire. Concernant la communauté LGBTQ+, Biden et Harris s’engagent à interdire les fameuses thérapies de conversion, visant à modifier l’orientation sexuelle d’un·e homosexuel·le. Enfin, « the Biden agenda for women » s’engage à soumettre l’Equal Rights Amendment (ERA) pour un nouveau vote au congrès américain. L’ERA est une proposition d’amendement de la constitution des Etats-unis proposée pour la première fois en 1920, dont le but est d’inscrire l’égalité des sexes dans la constitution. Pour que l’amendement soit rendu effectif, chaque Etat doit voter en sa faveur. Malgré plusieurs tentatives, l’ERA n’a jamais été ratifié à l’unanimité. Inscrire l’égalité femmes-hommes dans la constitution américaine serait un symbole considérable, et servirait d’exemple aux autres pays du monde.

Il faut maintenant attendre le 20 janvier 2021, date de l’investiture de Biden, pour voir Kamala Harris au poste de vice-présidente. Si Joe Biden incarne un certain traditionalisme, Harris est le signe d’une rupture qui était devenue nécessaire après le mandat de Trump et son irrespect constant envers les droits des femmes. Il est légitime de se demander si le président Biden rendra effectives les mesures annoncées dans son « agenda for women ». En tout cas, on peut compter sur Kamala Harris pour rétablir les droits des femmes et des minorités, dans un pays qui les a trop longtemps ignorés.

Victoria Lavelle 50-50 Magazine

Article déjà publié le 18 novembre 2020.

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