Articles récents #Soldées: une campagne vitale d’Ethique sur l’étiquette

Ethique sur l’étiquette a lancé le 15 octobre dernier sa nouvelle campagne: «#soldées» pour exiger des multinationales de l’habillement qu’elles fassent respecter dans leurs filiales et leurs chaînes de sous-traitance, le droit à un salaire vital.

Créé en 1995, le collectif Ethique sur l’étiquette regroupe une vingtaine d’associations de solidarité internationale, de syndicats, de mouvements de consommateurs et d’associations d’éducation populaire. Parmi elles, le CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement), la CFDT, Artisans du Monde, la FSU, Indecosa CGT, la JOC, Peuples Solidaires. Il est la branche française de la Clean Clothes Campaign.
Le Collectif agit en faveur du respect des droits humains au travail dans le monde et de la reconnaissance du droit à l’information des consommatrices-consommateurs citoyen-ne-s sur la qualité sociale de leurs achats.

C’est Ethique sur l’étiquette qui avait alerté les Français-es sur les conséquences de leurs achats lors de l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh le 24 avril 2013 qui avait fait 1133 mort-e-s. La majorité des 2000 femmes et hommes qui ont survécu à l’effondrement attendent toujours des indemnisations. Sur les 40 millions attendus, le fonds d’indemnisation en a récolté seulement 20. Plusieurs grandes marques de vêtements dont Benetton et Carrefour, n’y ont toujours pas contribué.

Droit à un salaire vital

Depuis 2009, les travailleurs du textile ont mis au centre de leurs revendications le droit à un salaire vital. A la différence du salaire minimum fixé au niveau national par les Etats, le salaire vital doit permettre la satisfaction des droits humains fondamentaux.

L’Asia floor wage Alliance (1) en donne une définition précise: le salaire vital doit permettre la satisfaction des besoins fondamentaux de l’employé-e et de sa famille: loyer, énergie, alimentation, eau potable, habillement, santé, protection sociale, éducation, transports, épargne. Il est calculé sur la base de la semaine légale de travail dans le pays (qui ne doit pas excéder 48 heures conformément aux conventions de l’OIT.

La plupart des soixante millions des employé-e-s de l’industrie textile à travers le monde ne gagne pas de quoi vivre décemment. Ce qui permet aux marques et distributeurs d’habillement de réaliser des bénéfices colossaux.

 

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Ethique sur l’étiquette et Clean clothes campaign ont rédigé un rapport d’enquête sur les mesures prises par les multinationales de l’habillement pour assurer un salaire vital aux ouvrier-er-s le long de leurs chaînes de sous-traitance à travers le monde. Le rapport Tailored wages est basé sur les réponses des multinationales à un questionnaire réalisé conjointement avec l’Asia Floor wage Alliance.

Publié en mars 2014, il présente les pratiques de cinquante multinationales sur la question des salaires.

LES PRATIQUES DES MULTINATIONALES

MUETTES: CES ENTREPRISES N’ONT PAS RÉPONDU AU QUESTIONNAIRE
Armani, Benetton, Celio, Desigual, Diesel, Hugo Boss, Levi Strauss, Mexx, Vuitton, Orchestra-Prémaman.

NON-ENGAGÉES: CES ENTREPRISES NE S’ENGAGENT GUÈRE EN FAVEUR DU VERSEMENT D’UN SALAIRE VITAL.
Aldi, Carrefour, Decathlon, Esprit, Gucci, Mango, Pimkie, Promod, VF Corporation, Versace, WE.

NÉGLIGENTES: CES ENTREPRISES RECONNAISSENT L’IMPORTANCE DU SALAIRE VITAL MAIS NE PRENNENT QUE TRÈS PEU DE MESURES CONCRÈTES POUR GARANTIR SA MISE EN OEUVRE.
ASICS, Bestseller, C&A, G-Star, Gap, Lidl, Nike.

PEUT MIEUX FAIRE: CES ENTREPRISES ONT PRIS DE PREMIÈRES MESURES POUR LA MISE EN OEUVRE D’UN SALAIRE VITAL, MAIS CELLES-CI RESTENT PEU CONVAINCANTES.
Adidas, H&M, New Look, Primark, Puma

SUR LE BON CHEMIN : CES ENTREPRISES ONT PRIS DES MESURES CONCRÈTES POUR LE VERSEMENT DE SALAIRES VITAUX MAIS DEVRAIENT FAIRE DAVANTAGE.
Inditex, Marks & Spencer, Switcher.

ENGAGÉES : CES ENTREPRISES S’ENGAGENT DE MANIÈRE SIGNIFICATIVE POUR GARANTIR LE VERSEMENT DE SALAIRES VITAUX ET PEUVENT MONTRER QUE LES MESURES PRISES CONDUISENT À DES SALAIRES PLUS ÉLEVÉS.
Aucune des entreprises évaluées n’atteint cette catégorie.

Une campagne vitale

Le collectif a accueilli en octobre dernier deux représentant-e-s du syndicat cambodgien Coalition of Cambodia Apparel Worker Democratic Union (C CAWDU).

Hong Chanthan, ouvrière syndicaliste de l’usine Chang Sheng située à Phnom Penh, produit pour le groupe Inditex (Zara): «Je gagne 100 $ par mois pour 10 à 12 h de travail par jour et même parfois 24 h. Je suis une des responsables de mon syndicat et je reçois de nombreuses menaces, y compris des menaces de mort. Avec 100 $, je dois payer mon loyer qui est de 50 $, l’électricité et l’eau qui me coûtent 30 $. Mes 100 $ ne suffisent pas à payer la nourriture, les médicaments pour toute ma famille.»
En une journée, dans son usine, soixante ouvrières peuvent fabriquer à la chaîne jusqu’à 1200 pantalons par jour!
La plupart des ouvrier-e-s du Cambodge sont dans le même cas que Hong Chanthan et doivent emprunter tous les mois, principalement pour aider leurs familles restées dans les campagnes.

«Le respect des droits du travail sont très difficiles à négocier, même si 80 % des travailleuses sont syndiquées. Nous avions réclamées 98 jours de repos, 100% du salaire pour les femmes enceintes, une assurance pendant leur arrêt maternité, mais nous n’avons rien obtenu. Nous avons récemment lancé une campagne pour obtenir 177 $ par mois, le salaire vital pour nous. Je suis venue en Europe pour demander aux consommatrices et consommateurs de faire pression sur les marques comme Zara ou H et M. Vous êtes notre seul espoir, nous comptons sur vous» explique Hong Chanthan.

Éthique sur l’Etiquette a lancé une pétition

Caroline Flepp 50-50

1 Créée en 2009, l’Asia Floor Wage Alliance (AFWA) est une alliance internationale de syndicats et d’organisations de défense des droits au travail issues de 17 pays d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord.

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