Articles récents Nawal, la voix des Comores, une fille de la terre

Dans le cadre de la campagne : une femme, un mois, une histoire : portrait d’une femme migrante du Forum des Organisations de Solidarité Internationale Issues des Migrations nous publions aujourd’hui le témoignage de Nawal, chanteuse comorienne, nommée première « ambassadrice de bonne volonté» par le PNUD et le Système des Nations Unies aux Comores

Je suis pluriculturelle. Née comorienne d’une famille aux origines diverses (Yémen, France et  grandes Comores), je vis en France depuis mes 11 ans où je me suis enrichie des philosophies et sagesses de divers horizons.

 J’ai un pied bien ancré dans l’islam et l’autre pied qui se balade un peu partout. Mon intention étant de me rapprocher le plus possible de l’amour, de l’harmonie et de la beauté absolues. Je crois que nous venons tou-te-s de la source de vie et que nous sommes fait-e-s de terre, eau, pur esprit et Mémoires.

J’ai passé mon enfance aux Comores. Une période à la fois privilégiée et dure. Privilégiée matériellement mais remplie de traumas. J’ai vécu une expérience d’agression sexuelle étant  très jeune. J’ai dû faire un grand travail sur moi-même pour pouvoir en parler maintenant librement. Aujourd’hui je suis en paix avec moi-même. J’en parle pour que celles et ceux qui ont vécues des agressions sexuelles sortent du silence. Plus nous oseront dénoncer ces abus, plus d’autres se joindrons à nous. Beaucoup trop de jeunes filles et même de jeunes garçons souffrent aujourd’hui comme j’ai souffert silencieusement. Il est temps que ça s’arrête !

Je suis partie des Comores en 1976 à l’âge de 11 ans pour venir à Valence. Je suis venue rejoindre ma mère qui y vivait depuis un an, mariée avec un comorien. Ma mère est venue avec mon frère aîné rejoindre son mari ensuite, petit à petit, elle a fait venir tous ses enfants. Nous étions 8 frères et sœurs.

J’ai été frustrée car je n’ai pas eu le temps de dire au revoir à mes amis et mon entourage. J’étais informée de mon départ la veille mais j’étais excitée avec l’idée de partir en France. Je pensais qu’en France tout était magique.

Je suis arrivée dans une ZUP alors que j’étais habituée à vivre dans la campagne. En France j’habitais dans un bâtiment et je n’avais plus le droit de sortir seule. Pourtant j’étais curieuse, je voulais voir ce qui se passait dehors. Ma mère ne me laissait pas sortir donc je sortais par la fenêtre. La liberté ne se donne pas, ça se prend et ça coûte cher, mais ça vaut le coût.

 

La musique au cœur 

Je suis arrivée en France en CM2. Ce que j’aimais de plus dans ma nouvelle école était d’apprendre à jouer à la flûte en classe. Aux Comores il n’y avait pas de cours de musique. Par contre les garçons pouvaient aller à la chorale religieuse. J’éprouvais d’un sentiment d’injustice de ne pas avoir le droit de fréquenter la chorale parce que je suis une fille. Là-bas j’ai connu la musique avec les frères de ma mère qui étaient des musiciens. Avec eux j’écoutais The Doors, Pink Floyd… je ne connaissais pas les paroles mais je chantais quand même, en jouant de la guitare.

 

 

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Plus tard, mon oncle Gilbert Mlanao est venu vivre à Valence et a monté le groupe Karthala. C’est ainsi que j’ai fait mes débuts de scène comme guitariste rythmique. Ce n’était pas simple. Ma mère me répétait à coup de ceinture et de cris que je n’étais plus en âge de jouer de la musique, ni de jouer au handball. Il fallait que j’apprenne à devenir une femme d’intérieur.

Sur génération FM, j’animais une émission à la Radio Méga. Je le faisais en cachette, mais un jour ma mère a surpris mes frères et sœurs en train de m’écouter. Je résistais aux châtiments jusqu’au jour où je me suis faite taper comme jamais, à tort. Ce jour-là j’ai vécu un sentiment à la fois d’injustice et d’humiliation lorsque mon beau-père a cassé ma guitare parce que je refusais de pleurer. C’est ainsi que j’ai fait mes valises et je suis partie.

C’est chez un enseignant privé que je me suis réfugiée. J’ai dormi dans une des salles de cours pendant 3 semaines, jusqu’à que je passe mon BAC.

A cette époque, dans les rues de Valence, j’ai rencontré un couple avec leur petite fille de 5ans. Ils faisaient le tour de la France en carriole. Ils avaient des économies et jouaient de la musique pour faire de l’argent. Ils m’ont invité à manger dans leur carriole et m’ont appris la simplicité du bonheur: être en harmonie avec son cœur, son corps et son âme, le bonheur de partager, donner et de recevoir. Ils ont été pour moi comme des anges, un cadeau de la Vie pour panser mes maux.

Trois semaines après, je passais mon BAC et je ne l’ai pas eu. Ma mère m’a proposé d’aller en vacances aux Comores.

Quand je suis arrivée aux Comores j’ai découvert que je m’étais faite piégée. J’étais inscrite au lycée là-bas, j’y resterai donc toute l’année scolaire. Je ne voulais pas mais je n’avais pas de choix. Aujourd’hui je remercie ma mère car j’ai eu mon BAC j’ai redécouvert mon pays de naissance en particulier sa musique. Je me suis inscrite dans la liste des auteurs, compositeurs et interprètes du pays. J’ai présenté un titre pour le concours Découverte RFI, il est qui arrivé au 4ème rang aux Comores. Ma chanson a ouvert la radio national pendant des années.

C’est dans cette période que j’ai connu mon futur mari. Il était musicien. J’ai pensé être amoureuse de lui mais aujourd’hui je comprends que je voulais inconsciemment me marier à un Comorien pour satisfaire ma mère. Ma mère était contente. La famille de mon père par contre n’était pas d’accord avec le mariage. Ils ne l’ont pas autorisé.

Après le BAC je suis retournée en France pour commencer des études en psychologie. Mon ami est venu me rejoindre, et nous nous sommes mariés.

Deux ans après, cet homme doux, a commencé à me battre. Je suis restée encore 2 ans avec lui puis un jour je me suis décidée à voir un thérapeute. J’ai découvert que je n’avais pas suffisamment d’estime pour moi-même.

 

Je me sens chez moi partout 

Il n’y a pas d’ombre sans lumière et tout ce que j’ai vécu de négatif m’a aidé à me construire comme je suis. Aujourd’hui je suis forte. Je suis bien. Je me sens chez moi partout. On s’accroche à des histoires de nationalisme, de croyance, de cultures … mais l’humain, tous les humains, appartiennent à la terre. Nous sommes tous-tes comme des arbres enracinés dans la terre, nous sommes tous/tes pareil-le-s, nous sommes tous-tes « UN». Comme je sais que tous les humains sont mes frères et sœurs, je suis bien partout et j’essaye de transmettre le beau partout.

Quand j’ai demandé le divorce, mon mari est devenu fou. J’ai dû arrêter la fac et je suis venue à Paris. Je me suis inscrite à une formation d’éducatrice musicale qui regroupait mes deux passions : la psychologie et la musique.

A Paris, j’ai commencé à chanter toute seule dans la rue, dehors les restaurants, dans le métro … pour gagner un peu d’argent, certes, mais aussi pour me faire entendre, pour montrer aux gens ce que je pouvais faire.

Un jour, je suis allée au Trois Maillet avec ma guitare et un sandwich. Les patrons m’ont laissé chanter devant tout le monde et ils ont bien aimé ce que je faisais. J’ai donc obtenu une place, pendant 2 ou 3 ans. Ils me payaient juste une partie de ce qu’ils m’avaient promis parce que je refusais qu’on me touche.

J’ai continué à chanter dans les rues jusqu’à finir ma formation. J’ai obtenu donc mon diplôme d’éducatrice musicale. Après avoir lié mon travail d’éducatrice musicale et mes concerts pendant quelques années, j’ai fini par choisir la scène. Mais je n’ai pas quitté le bien-être et l’éducation car le public me le renvoie. Certains parlent de mes concerts comme une sorte de thérapie de groupe, d’autres disent que c’est plus qu’un concert… Tout le public chante avec moi. Depuis peu je les invite à rire au lieu d’applaudir. C’est très apprécié.

Aujourd’hui je donne aussi des stages de développement personnel pour libérer les émotions négatives et les remplacer par du positif. J’utilise la voix et le corps comme principal outil.

La paix … s’il me faut choisir un mot pour résumer mon parcours, je choisis la paix. Dans mon deuxième album, AMAN je prône la révolution individuelle, la paix intérieure comme meilleur remède. La transformation individuelle comme l’essentiel de la transformation du groupe. 

Ce que l’on vit ce n’est pas une punition, la vie ce n’est qu’un chemin d’expérience, à chacun sa cadence. Alors, « swing ta vie », dit une de mes chansons. Il faut que les femmes se lèvent, qu’elles osent dire « non » quand elles ne veulent pas. Personne ne va se battre à leur place et nous sommes tous/tes concerné-e-s par la création d’un monde meilleur et comme dirait Marry Ane Williamson « vivre petit ne rends pas service aux monde. »

Nawal

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Lire le témoignage intégral sur le site du Forim