Articles récents Christian Gaudray : “l’Union des FAmilles Laïques reconnaît tous les types de famille”

Christian Gaudray est président de l’Union des FAmilles Laïques depuis deux ans. En ces temps de manif pour tous, il est intéressant et important de donner la parole à une association familiale qui a une conception éclairée de la famille.

Pouvez-vous nous présenter l’UFAL et nous dire quelle est sa définition de la famille ?

3000 familles de toute la France sont adhérentes à l’Union des Familles Laïques (UFAL). L’UFAL est une fédération, nous avons donc des associations départementales et locales.

Notre association est membre de l’Union Nationale des Associations Familiales (UNAF), mais nos positions progressistes sont très minoritaires au sein de cette institution.

Les militant-e-s de l’UFAL ont ainsi fortement bataillé à l’intérieur des Unions Départementales des Associations Familiales pour qu’il y ait une prise de position officielle sur le mariage pour tou-te-s alors que l’UNAF s’était positionné contre.Pour fixer le décor, sachez que pour être reconnu comme famille adhérente par l’UNAF, il faut être lié par le mariage, pacsé ou encore avoir des enfants. Un couple concubin ou en union libre sans enfant n’est pas reconnu par l’UNAF, pour qui la famille est la cellule de base de la société.

Et à l’UNAF et dans les UDAF, le vote ne se fait pas sur le principe d’une personne – une voix, mais le nombre de suffrages de chaque association est lié à la composition des familles adhérentes.

L’UFAL au contraire reconnaît tous les types de famille. Pour nous la famille est un fait social et non une entité, et le corps social est constitué de citoyen-ne-s.

Quelle est la position de l’UFAL sur la GPA et la PMA ?

Nous sommes partagé-e-s sur la question de la GPA et nous allons lancer un débat interne cette année qui aboutira à une prise de position en 2017. Quand à la PMA, nous avons pris position pour son extension aux femmes célibataires et aux couples de lesbiennes, car les vociférations de quelques-un-e-s ne doivent pas être un frein à l’égalité et à la fin des incohérences.

Aujourd’hui, le débat qui se pose est aussi celui de l’adoption. Pourquoi y a t’il de moins en moins d’adoption aujourd’hui ? Et pourquoi y-a-t-il des milliers de gens qui font des tests de paternité ? 80 % des couples infertiles choisissent la PMA plutôt que l’adoption. Le désir d’enfant passe donc beaucoup plus par la procréation que par l’adoption qui date des annnées 60. Le besoin de rechercher ses origines génétiques est une construction sociale. Pour nous, réduire la filiation à la filiation biologique est une pure construction sociale

Quelle est votre position sur la prostitution ?

L’UFAL n’a pas de position officielle sur la prostitution. Nous sommes unanimement pour une répression du proxénétisme et des réseaux de traite car aujourd’hui la réalité est que la prostitution est très majoritairement subie et source de violences horribles. Ma propre position est que si cela relève du libre choix de disposer de son corps et que c’est réfléchi, je ne vois pas pourquoi il faudrait l’interdire.

Que pensez des lois de 2004 et de 2010 sur la laïcité ?

Nous avons été vraiment impliqué-e-s dans le combat de la loi de 2004. Pour nous c’est une vraie loi laïque, contrairement à la loi de 2010 sur la dissimulation du visage, que nous avons soutenu aussi mais qui correspond à des considérations de sécurité publique et d’égalité entre les femmes et les hommes.

Le voile est un signe religieux et un signe de domination masculine.

Aujourd’hui en guise de laïcité, on nous sert du dialogue inter-religieux mais pour nous cela n’a rien à voir avec le principe de laïcité, puisqu’au lieu de mettre en avant la liberté de conscience de tou-te-s, il exclut les non-croyant-e-s qui sont majoritaires dans la population.

Le gouvernement intervient dans les religions, par exemple en formant les imams pour mieux les contrôler. C’est absoluement contraire à la laïcité.

Nous ne sommes pas anti-religieux, mais pour la stricte séparation du politique, qui doit oeuvrer dans l’intérêt général, et du religieux. Nous connaissons des organisations catholiques qui défendent la laïcité comme peu de laïques le font.

Le fait que la dénomination du Ministère de Laurence Rossignol ait changé, passant de ministre de la Famille à ministre des Familles, n’est-ce pas un bon signe pour vous ?

Nous avions réclamé ce changement à la ministre et nous l’avons salué. Les manifestations contre l’ouverture du mariage à tous ont en effet montré que la droite catholique traditionaliste était toujours mobilisée pour imposer à la société un modèle familial unique. Il fallait lui signifier clairement que c’est un projet contraire aux principes républicains de liberté, d’égalité et de laïcité. 

Mais au-delà de ce changement, il faut maintenant faire progresser les droits. La famille est une entité sociale, elle ne peut donc servir de base qu’à l’attribution de droits sociaux. Les droits et libertés doivent être attribués aux citoyen-ne-s indépendamment de la forme que peut prendre leur vie familiale. Celle-ci ne regarde qu’elles/eux.

Propos recueillis par Caroline Flepp 50-50 magazine