Articles récents Georgette Sand : de nouvelles venues dans le monde féministe

Fin 2014, en quelques semaines, un jeune collectif féministe se fait connaître en soulevant de nouvelles problématiques qui concernent toutes les femmes : «taxe rose», «taxe tampon.» Comment est né le Collectif Georgette Sand qui rassemble une nouvelle génération de féministes ?

Au départ de Georgette Sand, il y a l’envie de deux jeunes femmes Gaëlle Couraud et Ophélie Latil de s’investir dans une action féministe. La volonté aussi d’ouvrir les champs d’activité des autres associations féministes, d’identifier de nouveaux leviers de changement.

Gaëlle Couraud, directrice communication dans le secteur du numérique et Ophélie Latil, secrétaire générale de l’ONG Survie, se rencontrent dans le cadre de leur engagement militant contre le mal logement au sein du collectif Jeudi Noir.

L’idée d’un nouveau collectif féministe naît du constat que « partout, les filles ne sont pas présentes ou pas assez visibles, que ce soit dans les sphères médiatique, professionnelle ou politique. Et les choses n’évoluent pas ou si peu. » Il y a aussi dès le départ l’envie de développer un nouveau ton, un ton qui leur ressemble pour que l’égalité entre les femmes et les hommes cesse d’être un idéal pour devenir une réalité, sujet après sujet. Après plusieurs mois de joyeuse émulation, les deux jeunes femmes sont rejointes par de nouvelles têtes, filles et garçons, et le collectif féministe naît en août 2014, annoncé dans un article de Libération consacré aux nouvelles formes de féminisme.

La « taxe rose » impulse les actions du Collectif

Géraldine Franck qui vient de la Barbe les rejoint rapidement. Elle identifie sur le blog de Sophie Gourion un article de mai 2014, relayant une étude parue dans Forbes qui faisait état d’une «  woman taxe. » Le sujet n’a jamais été traité par les féministes en France. « Il faut dire que le phénomène n’est pas facile à observer, c’est une taxe invisible. » constate Gaëlle Couraud. Armées de leur smartphone, les Georgette enquêtent alors sur le terrain, examinent de près les prix des produits et services sexués et lancent un tumblr afin de relayer ce qu’elles constatent. .

A de rares exceptions près, tout est toujours plus cher… pour les femmes. «Le déodorant (rose) pour femme d’une marque réputée, efficacité quarante-huit heure: 4,15 €. Le même (en noir) pour homme, 4,11 €. Différence, 4 centimes… Bon, pas de quoi faire un scandale. Sauf que chez le coiffeur mixte en face du magasin, le shampoing-coupe-brush homme est à 8 €, et à 13 € pour les femmes. Chez le teinturier, le chemisier femme à 5 €, la chemise homme à 4 €. Et ainsi de suite… Mises bout à bout, toutes ces différences, ces conditionnements roses moins avantageux, finissent par former une injustice injustifiable», résume Géraldine Franck.

Une pétition qui recueillera près de 50 000 signatures, est alors lancée le 28 octobre 2014 et adressée à Monoprix. La grande surface nie tout d’abord toute discrimination et refuse de recevoir les membres du collectif. Ni les industriels, ni les distributeurs ne sont prêts à les rencontrer.

Rebaptisé « La taxe rose » par le Collectif, le sujet concerne toutes les femmes de tous milieux. La campagne prend tout de suite, d’abord dans les milieux féministes, puis s’étend très largement. La secrétaire d’État aux Droits des femmes d’alors, Pascale Boistard, qui la remarque sur twitter, poste sur son propre compte une photo d’un sachet de cinq rasoirs roses à 1,80 €, à côté d’un sachet de 10 rasoirs bleus à… 1,72 €. « Moi aussi j’y pense en me rasant » ironise la ministre qui soulève la question à l’Assemblée Nationale au moment de la discussion sur la loi Macron, puis reçoit les membres du tout nouveau Collectif.

Le 3 novembre 2014 le Parisien fait sa Une sur la taxe rose. Le sujet fait alors le tour des médias, permettant la prise de conscience des consommatrices et consommateurs recherchée par le collectif.

En février 2015, le collectif s’attaque cette fois à la taxe rose de l’Etat, à savoir la TVA à 20% sur les protections périodiques. Une nouvelle pétition est lancée contre la «Taxe tampon», dont l’objectif est de réduire la TVA sur les produits hygiéniques pour femmes. La pétition prend très vite : des Italiennes, des Belges, des Allemandes demandent des conseils. La campagne est un succès ! La TVA est baissée à 5,50 % même si tous les produits n’ont pas répercuté la baisse.

Fin décembre 2015, une étude sur “les différences de prix de certains produits et services selon le genre”, co-réalisée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, et par le secrétariat d’État aux droits des Femmes, propose une photographie des prix pratiqués sur des produits ou services identiques ou similaires destinés à des hommes ou des femmes, prise à un instant T et sur un champ limité (3 types de produits et 3 types de services). Georgette Sand regrette que certains services aient été écartés de l’étude, en particulier les salons de coiffure et les pressings. Cette étude dans laquelle sont introduits des critères genrés favorisant l’égalité est une 1ère étape dans la mise en place d’une culture de l’évaluation, accessible à tou-te-s les consommatrices/ consommateurs ; ce qui était jusqu’alors un déni devient visible. Le gouvernement envisage de saisir le Conseil national de la consommation, afin d’entamer une concertation dont les conclusions pourraient être rendues en juin 2016. Georgette Sand veillera à être associée à cette concertation.

En parallèle, Georgette Sand lance de nouvelles campagnes, telle celle dédiée aux Invisibilisées ; sur les traces de H/F culture et de son travail sur le matrimoine, et sur celui du Centre Hubertine Auclert qui a pointé l’absence de femmes dans les manuels scolaires, le collectif s’intéresse à toutes ces femmes qui ont créé, produit, innové, découvert et qui sont absentes des musées, des livres scolaires, gommées, effacées de la mémoire collective. Un nouveau tumblr et une soirée « Hommage aux Invisibililisées », au Rosa Bonheur, leur rendent hommage.

image goergette sand

Le 9 janvier 2016, afin de détourner les publicités de parfums pour hommes et casser cette image de la virilité, Georgette Sand lance un nouveau parfum fictif qui s’adresse aux hommes : “l’Homme féministe”. «Une fragrance qui s’affranchit des stéréotypes de genre et transgresse les normes pour promouvoir une société plus égalitaire» précise le collectif, qui ajoute «pour nous l’homme idéal est l’homme féministe, il est beaucoup plus séduisant que le macho.»

Car être « Georgette Sand » c’est aussi détourner les objets, les images, les chansons, pour révéler le poids des stéréotypes qu’ils portent, s’en amuser, en rire et en faire rire comme dans le clip « Laissez-moi saigner » tourné Place Dalida.

«Être féministe signifie lutter pour l’égalité entre les hommes et les femmes, ni plus ni moins. Le féminisme a besoin de diversité d’actions, de tons, d’organisations. Nos réflexions se nourrissent des réflexions les unes et des autres. Nos combats se complètent, se rejoignent, s’alimentent. Je suis contente qu’Osez le Féminisme, les Femen, Stop harcèlement de rue, Prenons la une, Femmes dans la Mosquée, Fières, et bien d’autres existent.» explique Gaëlle Couraud. «Ce que nous regrettons, c’est le manque de femmes de la diversité dans notre mouvement. A nous de créer la diversité, le mélange que l’on trouve de moins en moins naturellement dans notre société, car c’est un levier incroyable d’innovation et de changement. »

 

Caroline Flepp 50-50 magazine