Articles récents L’égalité femmes/hommes selon le FN, vue par Ecolinks

Ecolinks est un collectif de jeunes économistes, enseignant-e-s et chercheur-e-s en économie. Ouvertement de gauche, elles/ils prennent part au débat public et proposent des alternatives à différentes problématiques économiques. Ecolinks a récemment publié son « Petit manuel économique anti-FN ». Inquiet-e-s de la forte progression de l’extrême droite, et notamment de la possibilité d’une prise de pouvoir par les urnes, les auteur-e-s du livre dressent un constat sur chacune des thématiques du programme du FN, afin d’en faire la critique et de soumettre des contre-propositions.

Souvent évoquée par Marine Le Pen, qui cherche à s’ériger en candidate des femmes, la question de l’égalité femmes/hommes est en réalité très peu abordée dans son programme et l’absence d’intérêt pour la parité flagrant. Comme le fait remarquer Ecolinks, les quelques propositions formulées reflètent à l’inverse une vision inégalitaire et très traditionnelle du rôle des femmes dans la société.

 

La forte proportion de femmes au FN comme illusion d’une vision égalitaire

À l’Assemblée Nationale, « la parité au sein des députés FN est parfaitement respectée ». En effet, sont présents un homme (Gilbert Collard) et une femme (Marion Maréchal-Le Pen). Mais ceci ne peut certainement pas s’expliquer par une volonté de respecter la parité en politique et Ecolinks explique plutôt qu’il est statistiquement plus facile de la respecter dans des groupes avec un faible nombre d’élu-e-s. Par ailleurs, une part importante des élues du FN et notamment les plus médiatisées sont femme, fille, nièce d’élus du FN, ce qui relève davantage d’un népotisme assumé que d’une volonté de renforcer la participation des femmes en politique et dans la société en général. Ce sont d’ailleurs ces mêmes élues, régulièrement appelées à voter pour des lois favorisant l’égalité entre femmes et hommes, qui se prononcent systématiquement contre, que ce soit au niveau européen (rapport Estrela en 2013, Zuber en 2014, Tabarella en 2015), ou national (loi sur le harcèlement sexuel, loi contre le système prostitutionnel, loi pour l’égalité réelle entre les hommes et les femmes, loi santé). Au contraire, Ecolinks remarque qu’elles défendent un modèle d’emploi très traditionnel où les femmes se chargent du travail domestique et se cantonnent à leur rôle de mère.

 

Les femmes vues comme des mères

Pour le FN, les femmes doivent être essentiellement vues comme garantes de la vitalité démographique française. Fidèle à son idéologie raciste, il ne parle ici que des Françaises nées en France. Le FN exclut en effet les immigrées et décrie leur natalité qu’il estime trop importante, malgré ses aspects positifs avérés (notamment la soutenabilité de notre système de protection sociale) et sa participation relativement faible au taux de fécondité (de 1,8 à 2,02 enfants par femme). C’est d’ailleurs la natalité des étrangers qui permet à la France de dépasser le seuil de renouvellement des générations.

Loin de s’intéresser à d’autres facteurs favorables à la fécondité, comme l’existence d’infrastructures accueillant les enfants en bas âge, le FN se sert de cette volonté nataliste pour sans cesse remettre en cause le droit à l’avortement.

 

Une position ambiguë sur l’avortement

 Les propositions rétrogrades du FN sur le rôle des femmes dans la société alimentent des prises de position dangereuses sur le droit à l’avortement. Si Marine Le Pen tente, à l’approche de l’élection présidentielle, de se détacher de ce genre de discours, on peut deviner dans sa démarche une volonté d’élargir son électorat vers les femmes. En effet, cette dernière parlait encore en 2012 d’« IVG de confort » et de la nécessité d’un « libre choix pour les femmes qui doit pouvoir être aussi celui de ne pas avorter », ce qui laisse entendre qu’une IVG peut être « confortable » dans une société où les femmes sont obligées d’avorter. En 2015, c’est Marion Maréchal-Le Pen qui à l’occasion des élections régionales annonçait qu’elle supprimerait si elle était élue les subventions au Planning Familial, « association politisée », « véhiculant une banalisation de l’avortement », avant d’affirmer en décembre dernier qu’il faudrait « revenir sur le remboursement intégral et illimité de l’avortement. »

Limiter le droit à l’avortement et l’accès à la contraception en réduisant le champ d’action du Planning familial semblent constituer pour le FN des pistes pour accroître la fécondité en France, ce qui aurait en réalité des conséquences désastreuses sur les femmes françaises : inégalités financières d’accès à l’avortement, conditions sanitaires dégradées, avortements illégaux et dangereux… Plus important encore, le Front national néglige ici complètement les principes déterminants de la fécondité, à savoir le soutien de la collectivité auprès des parents pour l’éducation de leurs enfants (politiques familiales et de garde) et la possibilité de combiner travail et famille qui permettent justement d’accroître la fécondité que le FN valorise tellement.

 

Une négligence des politiques familiales et de l’égalité au sein du couple

 Vaguement évoquées dans son programme, les politiques de garde sont loin d’être une priorité pour le FN. Au contraire, dans certaines villes dirigées par le FN comme Béziers, des services créés pour favoriser la conciliation entre vie professionnelle et familiale comme l’étude surveillée ont été supprimés, ou sont devenus plus chers pour les plus faibles (parents à faibles revenus, chômeuses/chômeurs ou bénéficiaires du RSA), que le FN prétend défendre. La seule politique familiale avancée par le FN est la création d’un revenu parental fixé à 80 % du SMIC, pendant 3 ans à partir du deuxième enfant, « dès que les finances le permettront ».

Pour Ecolinks, le public visé par la mesure fait peu de doute, puisque Marine Le Pen évoque « un salaire maternel » et un « salaire minimum qui serait accordé aux femmes qui font le choix d’élever leurs enfants ». Les conséquences d’une telle mesure sont simples à deviner : éloignement durable des femmes du marché du travail et renforcement de la division sexuée du travail. En préconisant ainsi aux femmes de rester au foyer, le Front national entérine les difficultés de retour à l’emploi et va à l’encontre du maintien en emploi des femmes.

En résumé, le FN préfère éloigner les femmes de l’emploi et négliger les services d’accueil de la petite enfance tout en soutenant la natalité des Françaises, alors que la présence de ce genre de service est le seul facteur qui ressort de façon systématique et significative pour expliquer la forte natalité en France.

Une récente étude de l’Ined a montré que les femmes étaient aujourd’hui plus diplômées que leur conjoint. D’un point de vue économique, le « salaire maternel » ne serait donc absolument pas efficace, ce qui n’empêche pas le FN de camper sur ses positions rétrogrades en matière d’emploi féminin et de répartition des tâches.

 

Face aux discours rétrogrades, plusieurs alternatives

 Le collectif d’économistes met en avant plusieurs alternatives à ces politiques rétrogrades qui vont à l’encontre de l’égalité entre les femmes et les hommes dans le monde du travail.

Mettre en place une politique plus ambitieuse de développement des modes de garde

Bien que la France se situe déjà au-dessus de la moyenne européenne sur la prise en charge des enfants de moins de 3 ans (40 % en France contre 28 % en Europe), elle reste encore loin de pays comme la Suède (56 %) ou le Danemark (70 %). Cela permettrait notamment d’accroître la fécondité, puisqu’il a été prouvé que dans les pays où concilier vie professionnelle et vie familiale est difficile, comme en Allemagne, la fécondité chute.

Faciliter le retour vers l’emploi des femmes ayant eu des enfants

Notamment via des mesures de formation. Pouvoir répartir le temps de travail sur l’ensemble du cycle de vie par des mécanismes de modulation du temps de travail permettrait à la fois d’améliorer la qualité de vie des femmes et de réduire les inégalités de salaire.

Raccourcir le congé parental et le partager complètement entre les deux parents

L’implication des parents serait donc beaucoup plus égalitaire, et un congé plus court permettrait aux deux parents un retour rapide vers l’emploi. Si des efforts ont déjà été faits en 2015 pour une meilleure répartition du congé, d’autres restent à faire sur sa durée, à articuler avec le développement des structures de garde.

Pour Ecolinks,  des pistes existent donc pour favoriser à la fois la natalité et l’égalité entre les femmes et les hommes, loin des propositions sexistes, rétrogrades et incohérentes mises en avant par le FN.

 

Mathilde Tobias 50-50 magazine

 

Ecolinks :  Petit Manuel Economique anti-FN.  Ed. Le Cavalier Bleu, 2017

 

image_pdfimage_print