Contributions Un travail décent pour les travailleuses domestiques

Le Comité économique et social européen fait des propositions sur la professionnalisation des travaux domestiques, en lien avec la conférence de l’OIT.

L’organisation internationale du travail (OIT) a décidé, en juin dernier, d’adopter un instrument, convention et/ou recommandation, pour mieux protéger les travailleuses domestiques. La décision sera prise en juin 2011. Si l’on pense que cet instrument juridique peut améliorer la condition de nombreuses femmes, jeunes filles et petites filles dans les pays pauvres, l’idée qu’en Europe aussi, il pourrait y avoir des progrès à faire ne vient pas spontanément à l’esprit. D’aucuns pensent qu’il n’y a plus de domestiques en Europe, mais l’entretien de la maison, il faut toujours le faire ! Cependant la fonction est rebaptisée. Quand il s’agit d’aider les personnes âgées ou dépendantes, quand il s’agit de la garde des jeunes enfants, on parle d’emplois de service à domicile, d’aides ménagères, d’assistantes maternelles… Les conditions de travail et d’emploi de ces personnes, à 99 % des femmes, peuvent, en Europe aussi, être améliorées. Dans son avis de 2009 sur « les liens entre l’égalité des sexes, la croissance économique et le taux d’emploi », le Comité économique et social européen, parmi les pistes pour promouvoir l’égalité, soulignait la nécessité de professionnaliser les emplois de services à la personne. En effet, de nombreux gouvernements européens encouragent, par des aides directes ou des déductions fiscales, la création de ces activités, persuadés qu’il y a là l’un des gisements d’emploi d’avenir. Pour augmenter le taux d’activité professionnelle des femmes, il faut que les tâches qu’elles accomplissaient gratuitement au foyer, les soins aux personnes dépendantes et les travaux ménagers soient effectuées par d’autres : si les femmes occupent un emploi, elles ne peuvent pas consacrer autant de temps à ce travail familial gratuit.

Le rapport de l’OIT consacré aux travailleurs domestiques constate que partout dans le monde, ce secteur emploie une écrasante majorité de femmes, le travail non déclaré y est très important, la main d’œuvre immigrée est très sollicitée. D’autres caractéristiques font que ce travail est atypique et mal protégé :

  • Il s’effectue dans des domiciles privés et non pas sur des lieux réservés au travail, donc difficiles à contrôler et à y faire appliquer la législation du travail ou les règles d’hygiène et de sécurité ;
  • Les travailleuses sont isolées, seules face à leurs employeurs, ce qui rend malaisée l’organisation collective et la solidarité, et une négociation équilibrée des salaires et des conditions d’emploi ;
  • Les règles de la protection sociale sont souvent inadaptées à des temps de travail courts chez plusieurs employeurs, ce qui est le cas le plus fréquent en Europe.

Ces emplois sont issus du travail non rémunéré des femmes dans leur maison, pour leur famille, un travail qui n’ayant jamais eu de prix est donc souvent considéré comme sans valeur. Et pourtant, pour prendre soin de son bébé, s’occuper d’une mère âgée, et confier la clé de chez soi, on cherche évidement la meilleure personne. Elle doit être digne de confiance, savoir s’occuper d’enfants, être attentive et patiente avec les personnes âgées… Or cette perle, lorsqu’il s’agit de la payer, de financer sa retraite, de la protéger des accidents, alors là, c’est une autre histoire… On va l’évaluer beaucoup moins que le plombier par exemple, à qui on ne laisse pas sa clé, mais dont on prendra en charge les frais de déplacement. Bien sûr, répondra-t-on, plombier c’est un travail qualifié ! S’occuper d’enfants, leur préparer un repas équilibré et leur apprendre à se tenir tranquilles, ce n’est pas un travail qualifié peut-être ? Tous ceux qui le font savent que cela demande des savoir-faire, mais ceux-ci ne sont ni reconnus, ni mis en valeur. Souvent parce qu’ils ne s’apprennent pas à l’école, mais dans la famille. Actuellement ces savoir-faire parce qu’ils ne sont pas reconnus ne sont pas rémunérés.

L’avis fait plusieurs propositions :

* Mener davantage de recherches pour faire des comparaisons au niveau européen

élaborer des recommandations pour les employées et les employeurs, reprenant les règles que chacun doit respecter, des contrats types, des conseils sur l’hygiène et la sécurité.

* Élaborer des référentiels métiers, définir les qualifications, les compétences, les connaissances, les savoir-faire, les savoir-être nécessaires pour un travail de qualité

examiner quel est le type d’organisation le plus favorable pour les salariés et pour les utilisateurs : la relation directe entre la salariée et son employeur ne permet pas le remplacement pendant les congés, les temps de formation ou si l’employée est malade. Quelle est la meilleure forme d’organisation pour l’usager qui a besoin d’un service ? pour la travailleuse qui rend ce service ? celle qui permet pour l’usager d’avoir toujours quelqu’un ? pour la salariée de s’organiser librement, de compter comme un temps de travail son temps de transport entre deux domiciles ? Quel est le mode d’organisation qui permet de sortir les salariés de la précarité ?

* Reconnaître les acquis de l’expérience et prévoir une certification, qui permettra de reconnaître la qualification des salariées et sera aussi une garantie pour l’utilisateur.

La reconnaissance de la qualification et un apprentissage formel permettront de transformer ces emplois en métiers, et ainsi d’y attirer davantage d’hommes.

Enfin l’avis recommande une attention particulière aux femmes immigrées, particulièrement fragiles, quand elles viennent illégalement : on sait que les cas d’esclavage dénoncés en Europe concernent ces femmes, sans papiers, exploités par des employeurs sans scrupules et parfois victimes de violences et d’abus sexuels. Souvent elles n’osent pas se plaindre à la police de peur d’être expulsées.

Professionnaliser les travaux domestiques, en faire de meilleurs emplois, c’est aussi lutter contre la pauvreté, dont on sait qu’elle concerne principalement les femmes.

Béatrice Ouin, CFDT, Comité économique et social européen