Culture La chanson française en 200 portraits féminins

Sous la direction d’Yves Borowice et avec le soutien du Fonds d’action pour la Sacem, les Editions Textuel propose deux cents portraits de femmes, celles de lumière ou de l’ombre, qui ont marqué la chanson française de 1850 à 2010.

Cet ouvrage est une vraie galerie de portraits où s’expose le talent des femmes dans la chanson française. Panorama encyclopédique richement illustré de photos, de publicités, d’affiches de concert, le livre raconte les auteures, les interprètes, les compositrices, les parolières, les arrangeuses, les directrices de salles, les programmatrices de radio, les productrices d’émissions de télévision.

Autant de métiers au féminin qui ont apporté énormément à la chanson française. Ce sont des chanteuses réalistes, des meneuses de revues, des divas de l’underground, des fleurs exotiques, des passeuses en haute poésie, des drôlesses de café-concerts. En plus de leur talents artistiques, beaucoup d’entre elles ont été ou sont de ferventes militantes.

Les portraits les plus anciens remontent à la seconde moitié du XIXe siècle, lorsque la chanson moderne se détache de l’amateurisme pour devenir progressivement un art à part entière.

Comme, Amiati, spécialiste incontestée des cafés-concerts de l’après-guerre – véritable art du divertissement d’après 1870 –, qui interprète d’une voix chaude et émouvante des couplets destinés à panser les blessures d’une nation humiliée.

Eugénie Buffet, admirée par Verlaine, Courteline et Abel Gance, est la coqueluche du Tout-Paris. Elle parcourt le monde et, militante, soutient les causes du peuple.

Couverture du livre « Les Femmes de la chanson », Editions TextuelC’est une femme qui reçut le premier Grand Prix du disque en 1930, une des chanteuses les plus en vogue de l’entre-deux guerres, Lucienne Boyer, la Dame en bleu, avec son plus grand succès Parlez-moi d‘amour.

Arletty, qui n’était pas qu’actrice disait : « Chanter, pour moi, c’est une façon de parler ». Elle voit son talent éclater avec le triomphe de ses opérettes enregistrées dans les années 30 Azor, Dans sa baignoire et de ses musettes comme La Villette. Elle soutiendra activement l’Association des artistes aveugles.

Joséphine Baker, une artiste inscrite dans nos esprits, chanteuse afro-américaine débarquée à Paris en 1925, comme danseuse dans une troupe de Broadway, devient en un soir l’idole de tout ce que Paris compte d’avant-gardes. Elle s’engage dans la Résistance en 1940 et termine la guerre comme sous-lieutenant des Forces françaises libres.

Odette Dulac, chanteuse d’opérette, actrice et aussi conférencière féministe, publie en 1908 Le droit au plaisir, dont l’héroïne est une épouse qui proclame son insatisfaction sexuelle tout en refusant les facilités de l’adultère. Après la guerre, elle se consacre à la Ligue des droits des femmes.

Vline Buggy, parolière incontournable pendant deux décennies, écrit essentiellement pour des hommes, Belles, belles, belles (1962) pour Claude François, Céline (1966) un des grands succès de Hugues Aufray, mais aussi pour Michel Sardou, Johnny Hallyday, France Gall, Michel Fugain, Alain Chamfort.

Dominique Grange, reste la chanteuse de mai 68. Elle écrit des chansons militantes A bas l’Etat policier et l’hymne officiel de la gauche maoïste prolétarienne Les nouveaux partisans, et rejoint le comité révolutionnaire d’action culturelle de la Sorbonne.

Françoise Hardy, auteure, compositrice et interprète, est une véritable icône des Sixties, ses chansons vont faire leur tour du monde comme Tous les garçons et les filles (1962).

Juliette Gréco, mythe français et international, femme libre, anticipe la libération sexuelle avec Déshabillez-moi (1967). On lui doit La Javanaise (1963) et c’est elle qui fait découvrir de grands talents masculins : Serge Gainsbourg, Jacques Brel, Guy Béart et Léo Ferré.

Le livre ne s’arrête pas aux années 60. Zazie, Emilie Simon, Vanessa Paradis… Autant de portraits de femmes des années 80 à nos jours avec la nouvelle scène actuelle féminine française. Autant de femmes qui ont contribué à notre histoire culturelle et humaine à découvrir dans Les femmes de la chanson.

Virginie Baldeschi EGALITE

Les Femmes de la chanson, sous la direction d’Yves Borowice, Editions Textuel, 2010

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