Egypte, Jordanie, Tunisie : la place des femmes au travail Magda Ibrahim, jeune syndicaliste égyptienne enthousiaste

Magda Ibrahim

Le rendez-vous pour l’interview a été fixé vers 21h dans un café proche de la place Tahrir, au Caire. Aussi Magda Ibrahim est-elle venue accompagnée de son mari. Il est contrôleur des impôts comme elle, syndicaliste comme elle aussi… Il se fera fort discret durant l’entretien, laissant sa femme assumer sa – nouvelle – fonction de présidente du comité des médias et des relations publiques du tout récent syndicat indépendant des impôts.

« La femme ne doit pas être derrière l’homme, mais à côté de lui », lance d’emblée Magda Ibrahim, la trentaine, dans un grand sourire. Elle s’énerve que l’on continue à la considérer comme un être faible, alors que « la femme égyptienne a tant de responsabilités ». Encore plus avec la crise économique, qui la pousse à se soucier davantage des fins de mois pour la famille.

Dans son travail au fisc, c’est la corruption qui la met hors d’elle. Du temps de Moubarak, elle a déposé trois dossiers pour dénoncer des dessous de table, dont l’un concernait son directeur national ! En 2008-2009, elle a participé à des manifestations pour réclamer le départ de celui-ci.

Et depuis qu’un syndicat, affilié à l’Efitu (Egyptian Federation of Independent Trade Unions, la nouvelle confédération indépendante des syndicats égyptiens), a vu le jour, elle a décidé d’y prendre des responsabilités. Fièrement, elle exhibe les certificats qui attestent de son parcours : formation au syndicalisme, initiation aux relations publiques… Elle a déjà payé cet engagement par la suppression de ses primes salariales.

Partage des tâches ménagères : « Demandez donc à mon mari ! »

Dans son métier, il y a à peu près le même nombre d’hommes et de femmes. Mais les premiers sont plus nombreux à se syndiquer, et surtout à avoir des responsabilités. « Beaucoup pensent qu’il faut laisser cela aux hommes », lâche-t-elle sans sembler prendre parti. Puis, malicieusement : « Moi, j’ai un tempérament d’homme ! »

Elle aimerait que davantage de femmes s’engagent comme elle car « elles rencontrent d’importants problèmes dans leur travail ». Si l’égalité salariale, selon elle, est réelle aux impôts, ce n’est pas le cas dans tous les secteurs. Et puis, « il est toujours plus facile pour un homme de grimper dans la hiérarchie ».

Qu’est-ce qui pourrait permettre aux Egyptiennes d’exercer plus de responsabilités ? Si l’on évoque un partage des tâches à la maison, Magda Ibrahim éclate de rire : « Demandez donc à mon mari ! » Tout en précisant que celui-ci l’encourage dans son travail de responsable syndicale.

Cette militante croit en revanche aux vertus de l’éducation. « C’est par elle que l’on peut donner aux femmes le goût de la participation citoyenne », explique-t-elle, tout en chargeant son mari de répondre à un appel sur son mobile.

Elle souhaite aussi que se multiplient les rencontres avec les syndicalistes d’autres pays, comme cette conférence internationale à laquelle elle a participé l’an dernier en Californie. « Les Américains nous ont transmis l’expérience de pays très concernés par la place des femmes, et nous les avons ouverts à la réalité d’ici. Je suis vraiment demandeuse d’échanges de ce type », conclut-elle en laissant son adresse courriel. Au cas où…

Propos recueillis par Philippe Merlant – EGALITE