Sport « L’appel du Snep-FSU veut promouvoir et médiatiser le sport féminin »

Nina Charlier

Le Snep (Syndicat national d’éducation physique), affilié à la FSU, travaille sur les questions relatives à l’enseignement de l’éducation physique et sportive (EPS), de la maternelle à l’université. En mars dernier, le syndicat a organisé un colloque, suivi de « L’appel des femmes », visant à promouvoir le sport féminin.

Nina Charlier, enseignante d’EPS dans un collège du Calvados, est responsable de la commission Mixité, Egalité, Femmes du Snep-FSU. Elle a répondu à nos questions.

Nina Charlier

 

A l’issue d’un colloque organisé au mois de mars dernier, le Snep FSU a lancé « l’appel des femmes ». Qu’est-ce qui a motivé cet appel ?

Le Snep-FSU a organisé le colloque « Sport demain, enjeu citoyen » pour travailler sur la question du sport, les conditions de sa démocratisation, de son rôle émancipateur mais aussi la fonction qu’on lui attribue, ses modes de fonctionnement…

Nous avons élaboré dix propositions et nous entendons poursuivre ce travail de « réhabilitation » d’un sport qui doit au maximum se délivrer de la marchandisation ou d’enjeux politiciens. Cela ne passe pas que par des bonnes intentions ! C’est aussi un combat quotidien, au plus près du terrain.

Le SNEP a lancé « L’appel des femmes », co-signé par vingt grandes témoins : universitaires, journalistes, féministes, professeur-e-s d’EPS, dirigeantes sportives ou politiques, invitées spécifiquement lors des ces journées. Celles-ci ont accepté ce rôle symbolique en donnant leur point de vue dans les débats.

Par cette action, nous avons, pour une fois, voulu mettre les femmes à l’honneur et donner la parole aux « absentes » potentielles du monde sportif et médiatique… Toutes ne sont pas des sportives, mais toutes considèrent le sport des femmes comme un vecteur d’émancipation et de liberté. Son caractère universel reste un vecteur extrêmement puissant de lutte contre les stéréotypes et les discriminations. Quelque soit le type de pratique, son accès doit être accessible à tous et toutes, en particulier aux filles et aux femmes qui en ont longtemps été exclues.

A qui s’adresse cet appel ?

A tous ceux et celles qui pensent que l’accès aux activités physiques et sportives doit gagner en liberté, s’ouvrir davantage aux filles et aux femmes, se libérer des carcans des stéréotypes et préjugés, promouvoir l’égalité, en particulier dans les médias. Cela devrait donc concerner la totalité de la population…

L’appel a été mis en ligne il y a un mois. Nous avons recueilli près de 500 signatures. Nous espérons en obtenir 2 000 avant le début des Jeux olympiques.

Parmi les premières signataires, nous avons les organisations Femmes solidaires, l’association Afghanes, Afghans, après Athènes (AAAA), la Ligue du droit international des femmes, la FSU, la Fédération sportive et gymnique du travail, Clara magazine. Et des personnalités comme Geneviève Fraisse, Bernadette Groison, Catherine Louveau, Annie Sugier, Sabine Salmon ou encore Marie-George Buffet.

Qu’est-ce qui empêche les filles et les femmes de pratiquer un sport aujourd’hui?

Formellement rien ! Mais dès le plus jeune âge, on dit à une fille qui a envie de courir, sauter, jouer au ballon qu’elle est un garçon manqué. Pourquoi ne serait-elle pas une fille réussie ? Beaucoup de personnes pensent que les filles sont moins compétentes que les garçons, celles-ci intègrent qu’elles ne sont pas faites pour ça, se sentent « nulles » et, du coup, n’ont même plus envie d’essayer !

Pourtant, quand les filles s’engagent dans une activité, non seulement elles progressent, mais elles éprouvent un réel plaisir, y compris à jouer avec les garçons ! Nous menons cette « bataille des compétences » au sein de l’école car le progrès est le moteur d’un engagement durable dans une ou plusieurs activités. Cette orientation devrait l’être aussi au sein des clubs sportifs où des retards considérables sont régulièrement pointés.

Pour les femmes, il est clair que l’articulation des temps de vie ajoutée aux préjugés et au sentiment d’incompétence les éloigne souvent des terrains de sport. De plus, quand on propose aux femmes de pratiquer, par exemple de courir, remarquez qu’il faut toujours qu’elle le fasse « pour la bonne cause » (cancer du sein…).

Ce sont les courses les plus médiatisées mais ce ne sont pas celles qui leur permettent de gagner des compétences pour pouvoir continuer à pratiquer. Il y a une donc plusieurs niveaux de bataille à engager : que l’offre d’activités soit plus diversifiée et dans des milieux plus ouverts (lieux de travail, quartier…) en améliorant considérant les systèmes de garde.

Il faudrait aussi que les médias se consacrent un peu plus aux résultats sportifs des femmes, ce qui offrirait de véritables modèles de réussite pour les jeunes, et que l’accès aux responsabilités électives, dans les clubs ou fédérations, ou professionnelles, dans l’entrainement, soient plus largement ouvert aux femmes.

Quelles sont vos préconisations au niveau de l’école ?

En EPS se joue une bataille de l’égalité, plus fortement que dans les autres disciplines. C’est la discipline où cette problématique est la plus prégnante : les usages du corps, l’intimité des vestiaires où les élèves se déshabillent, les vêtements avec tout ce que cela comporte comme prescription et rapports à la norme, les pratiques corporelles, les performances… Tous ces éléments induisent un système hiérarchique sur lequel il convient de réfléchir.

En EPS on se voit pratiquer, on s’observe, on se juge… Mais il faut aussi jouer ensemble, vivre dans les mêmes équipes, quel que soit son niveau et ses motivations. Comme l’école est le seul lieu où les jeunes pratiquent ensemble les mêmes activités, cela impose de réfléchir aux meilleures conditions pour faire progresser tous-te-s les élèves, pas seulement celles et ceux qui en ont envie ou qui en sont culturellement le plus proches…

Il y a donc un pari éducatif et de formation qui est dévolu à l’école. Notre discipline a fait l’objet de nombreuses études universitaires sur cette problématique, mais la formation des enseignant-es n’est pas à la hauteur des enjeux. Nous préconisons une formation sur l’égalité et la lutte contre les stéréotypes plus approfondie et plus en phase avec les contenus de nos programmes.

Il ne s’agit pas seulement de jouer sur les relations entre garçons et filles, un travail sur les contenus disciplinaires, qui atténue – en vue de la dépasser – la sexuation encore prégnante des différentes activités sportives est nécessaire.

C’est dans cette perspective que le renforcement des compétences sportives des filles est un atout majeur, afin qu’elles ne se sentent pas « exclues » d’un monde où elles ont pourtant tout à gagner. Nous préconisons également de renforcer le rôle du sport scolaire, pratiqué en dehors des heures obligatoires et encadré par des professeur-es d’EPS. L’Union nationale du sport scolaire (UNSS) est aujourd’hui la fédération sportive qui accueille le plus de filles (près de 400 000 !). L’extrême diversité des activités proposées sous des formes variées est un atout pour élargir encore le nombre des filles…

Quelles sont vos préconisations au niveau des pouvoirs publics ?

Qu’ils arrêtent de supprimer des postes de profs d’EPS (4 500 postes perdus en 5 ans !), qu’ils confortent le sport scolaire au lieu de l’attaquer sans cesse, et qu’ils mettent en place des procédures pour que la profession retrouve un visage plus paritaire. Nous avons de moins en moins de femmes dans le métier, cela est un obstacle supplémentaire à la pratique des filles pour qui les modèles sportifs restent médiatiquement et culturellement très masculins.

Au-delà de l’école, il est urgent d’accroitre un vrai service public des activités physiques et sportives qui développent toutes les formes de pratiques, pas seulement les pratiques compétitives, et que leur système de performances soient accessibles à tous-tes (moins d’élimination, plus d’équipes mixtes…). Pour cela il faut dé-marchandiser le sport en renforçant son financement public, démocratiser, soutenir les innovations émancipatrices, s’intéresser un peu plus au sport scolaire ou au sport populaire. Redisons clairement qu’il y a là un combat à mener, qui connaît des retards considérables par rapport à l’école.

Le sport est une chance pour les filles, mais les filles sont une chance pour le sport !

Propos recueillis par Catherine Capdeville – EGALITE

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