Livres Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?

C’est ce que demande la mère à sa fille lorsque celle-ci lui annonce qu’elle est homosexuelle.

Cette question-titre donne le ton. Jeanette est la fille adoptive de parents pentecôtistes d’Accrington, une petite ville minière du nord de l’Angleterre. Le père tremble devant sa femme et vit tapi entre usine et établis. La mère est dépressive et violente. Elle fait des gâteaux toute la nuit pour ne pas partager le lit conjugal et traque le mal partout.

Le mal, Jeanette, cette gamine que la mère Winterson regrette d’avoir tirée à la loterie de l’adoption, l’incarne à merveille. Elle aime les livres, qui sont interdits chez elle et qu’elle découvre à la bibliothèque municipale en les prenant de A à Z , et elle aime les filles, qu’elle rencontre à l’école.

Alors, sa mère lui fait passer des nuits dehors ou à la cave, avant de la mettre tout simplement à la porte. Jeanette élit domicile dans une voiture puis chez une professeure qui l’aide jusqu’à son entrée à Oxford, qui lui ouvre les portes de la littérature et de la liberté.

Elle est un temps rattrapée par son histoire et, après une grave dépression et une tentative de suicide, décide de partir à la recherche de sa mère biologique.

  • « J’étais souvent désespérée, en colère. J’étais toujours seule. Malgré tout, j’étais et je suis toujours amoureuse de la vie. (…) Si on m’enfermait dehors ou dans la réserve à charbon, la seconde punition préférée de ma mère, je m’inventais des histoires et j’oubliais le froid et le noir. »

C’est ce va-et-vient entre une enfance si rude et ces (re)trouvailles avec sa mère biologique que nous raconte ce livre, sorte d’autofiction écrite avec un regard distancé et décalé sur une enfance douloureuse et bancale.

Un livre-quête, comme la vie de l’auteure. Quête de la liberté, de l’identité, et surtout quête de la vie et de l’amour.

Un livre-bouée de sauvetage après un flirt avec la mort.

Un livre qui s’inscrit dans la lignée de Virginia Woolf avec une écriture qui rend parfaitement ce balancier destruction/construction qui guide l’auteure.

 

Danielle Michel-Chich – EGALITE

 

Jeanette Winterson, Pourquoi être heureux quand on peut être normal, L’Olivier, 2012.

Du même auteur : Les oranges ne sont pas les seuls fruits (réédité aux Ed. de l’Olivier en 2012)