Société Elles ont osé prendre leur place


© Johanna Quillet 

L’origine du projet « Prendre place » s’enracine dans le travail de Morgan Davalan, danseuse et chorégraphe, invitée à débattre avec une association de quartier sur la place des femmes dans l’espace public. Parce qu’elle a entendu des jeunes femmes déclarer qu’elles ne s’autorisent pas à aller n’importe où, l’artiste a eu envie de creuser cette question.

Le projet débute par une année de rencontres, de dialogues et de collectes de témoignages à partir des trois questions : comment je me vois, comment je pense que les autres me voient et comment j’aimerais que les autres me voient. La porte ouverte à bien de confidences.

Quelques femmes bénévoles du centre social se sont prises au jeu et ont accepté la proposition de Morgan Davalan de relever le défi de la danse. Pour Martine, c’était l’occasion de montrer qu’elle n’était pas nulle et pouvait réussir quelque chose. Avec beaucoup d’humour, elle évoque la Mère Denis : « j’adorais voir la Mère Denis qui vantait ses machines à laver et dans une autre publicité cette femme qui glissait sur une table pour enlever la poussière. Je me suis dit : pourquoi pas moi ! » Ghislaine reconnaît qu’il lui a fallu dépasser sa timidité pour oser se dévoiler devant les autres femmes.

De la danse à la photo

Forte de tous ces témoignages collectés, non seulement auprès des femmes du centre social mais aussi de celles, plus âgées de la maison de retraite et d’un groupe de musulmanes, Morgan a conçu un projet chorégraphique qui a pris la forme d’une exposition photo (*). Le nouveau défi à relever pour les participantes était de se mettre en scène dans l’espace public.

« Ce qui était difficile – se souvient Ghislaine à propos des séances de poses – c’était : comment mon corps va répondre à ce qui lui est demandé ? » Encouragée par la chorégraphe et soutenue par les autres femmes, elle réalise finalement que tout devient vite naturel. « Quand on se lâche complètement, on abandonne les idées reçues et le corps peut exprimer plein de choses, c’est fabuleux ! » s’extasie-t-elle.

Un enthousiasme partagé notamment par Chantal qui n’hésite pas à parler de « reconstruction ». On sent à quel point ces femmes ont fait du chemin ensemble pour dépasser une certaine image qu’elles avaient d’elles-mêmes. Ainsi Martine qui dit ne jamais se regarder dans une glace chez elle attend avec impatience les réactions de ses enfants et petits-enfants. « Si les gens disent « elles sont belles ces photos » on va être fières » dit-elle laissant pointer l’envie d’aller plus loin. « On a gagné plein de choses » résume sobrement Ghislaine.

Un nouveau regard sur les autres

En effet, au-delà de la découverte de ce qu’elles étaient capables de faire, le projet c’est aussi pour elles la découverte des autres. Celles que l’on voyait d’une certaine façon et se sont dévoilées toute autre bien sûr. Mais aussi la complicité vécue avec les personnes âgées de la maison de retraite : « elles étaient belles, rayonnantes ; grâce à elles on a pris confiance en nous, elles nous ont donné de la force ». Et puis, il y a eu la rencontre des cultures et un nouveau regard sur le voile et celles qui le portent.

« Je suis devenue féministe grâce au voile islamique » dit Morgan Davalan, un peu provocante. Les liens tissés avec Al Houda, une association rennaise de femmes musulmanes, donnent aujourd’hui naissance à de nouveaux projets

 

Geneviève ROY — EGALITE

 

(*) Exposition photo de Johanna Quillet présentée lors de la manifestation Viva Cités à Rennes.