Articles récents Vivre la parité, témoignage d’une élue régionale

Après un été riche en rencontres, festivals et découverte de notre grande Région, la Nouvelle Aquitaine, je profite d’une rentrée studieuse pour partager un témoignage. Un témoignage consternant.

Tout l’été j’ai pensé, repensé à ce moment un peu délicat, voire finalement violent que j’ai vécu en séance plénière de la Région. Voici les faits ….

27 Juin 2016, 15h30, les esprits s’échauffent, les élu-e-s ont faim, on parle de budget ….

Vient le moment du vote sur les comptes administratifs. Conformément à la loi, le Président et le 1er VP, ex Président du Limousin, doivent sortir pour le vote de leurs comptes administratifs respectifs.

Le Président désigne pour le remplacer à la présidence de la séance, en toute logique, la deuxième Vice-Présidente, c’est-à-dire moi-même.

Le Président et le 1er Vice président quittent la salle, et je consulte les documents qui me sont présentés par le secrétaire général de la Région, afin de faire procéder au vote.

C’est la première fois que cette responsabilité qui est aussi un honneur m’incombe.

Jusque-là, tout va bien … Mais le souci est que, pour l’ensemble des ces ÉLUS, vous avez bien lu, l’ensemble des ÉLUS, c’est désormais une femme, en l’occurrence moi-même, et pour la première fois depuis le 4 janvier, qui prend la main et dirige pour 10 minutes le vote.

Ah mais pensez-vous une femme, oui vous avez bien lu, une femme dirige les débats.

Les bruits fusent, les réflexions pour animer le vote aussi, on me chahute, je reprends d’un ton autoritaire le contrôle de la situation. Cela dérange, j’entends des réflexions sur mon autoritarisme féminin … Pauvres frustrés …

Grand moment de solitude !

Je suis conseillère régionale depuis 2010, mes camarades militant.e.s socialistes m’ont choisie pour conduire la liste de gauche aux régionales dans les Deux-Sèvres, j’ai été candidate aux élections sénatoriales. J’ai été désignée par cette même Assemblée comme deuxième Vice-Présidente en janvier 2016, sur proposition du Président de la Région.

Mais je suis une femme.

Je reprends alors avec fermeté le contrôle de la situation, et, sur un ton plus autoritaire, j’impose le passage au vote. Cela dérange, j’entends des réflexions sur mon « autoritarisme féminin », sur « mon comportement de prof ». Le silence est là, le vote a lieu.

Le Président et le 1er VP reviennent et sont acclamés par les hommes en délire, criant « ah, enfin, des hommes, des vrais ! » Ils tapent sur leur table comme au bistrot pour marquer leur joie. C’est grégaire, c’est animal, c’est terrible à vivre. A entendre, à comprendre tant on pense que les hommes savent se contrôler dit on…

Abasourdie, je sors de la séance, le déjeuner suit et les ELUES de ces partis viennent m’apporter leur soutien en me disant « voilà la réalité de notre quotidien »…

Les lois dites sur la parité qui ont amené des assemblées régionales parfaitement paritaires, ont 16 ans. Mais les élus hommes ne sont toujours pas, visiblement  habitués à notre présence,  et surtout à cette équilibre du pouvoir . Et que l’on ne nous parle pas de « culture du sud ». Cela n’a rien à voir avec la culture ; cela s’appelle du machisme, du sexisme, et la loi punit ce type de manifestations.

J’ai passé et repassé le déroulé de cette plénière dans ma tête en me demandant ce qui peut bien autoriser de tels comportements de la part d’élus du peuple. Quelle crédibilité accorder à des élus qui s’autorisent de tels comportements? Éduquer les jeunes à l’égalité filles/garçons à l’école, avec de tels exemples ?

Je considère qu’un cap est franchi dans le refus de la parité et de l’égalité femmes/hommes par certains élus qui sont entrés en résistance active.

Je n’accepterai plus jamais cela et le Président doit rapidement rappeler aux Présidents de groupe que le respect est indispensable. Mais là, ce n’est pas un manque de respect, ce n’est juste qu’une démonstration et le reflet d’une société où les hommes sont rentrés en résistance active 

J’appelle les élu.e.s qui considèrent ces actes comme inadmissibles à témoigner.

 

Nathalie Lanzi – vice-présidente de la région Aquitaine Limousin Poitou-Charente