Articles récents Où seront les femmes en 2017 : toutes derrière Macron?

A l’occasion du 42ème anniversaire de la loi Veil, le collectif « Jeunes avec Macron » organisait le 21 janvier au Palais de la Femme à Paris une conférence intitulée « Politique, entreprise, où sont les femmes ? »
Sous un vernis de discours modernes, d’anecdotes emblématiques et de faits consensuels, se cache un constat : un seul type de public est ciblé et atteint, ce qui laisse planer le doute sur l’efficacité d’En Marche à rallier toutes les femmes, et pas uniquement celles issues d’un milieu social et culturel déjà largement privilégié.

L’introduction de l’animatrice portait sur le constat d’un décalage femmes/hommes encore présent malgré des « engagements » politiques dans le temps, un arsenal législatif censé garantir l’égalité depuis la Constitution de 1946, et une multiplication d’initiatives citoyennes. Avec 23,5% de différences salariales (dont 11% qui demeurent inexpliquées et relèvent donc de discriminations pures), une place de 134ème sur 144 au classement du Forum économique mondial en terme d’égalité salariale, et une seule femme aux primaires, à droite comme à gauche, il reste à la France bien du chemin à parcourir pour atteindre la parité véritable. A partir de ce constat, quatre intervenantes, toutes déléguées d’En Marche, étaient invitées à partager réflexions et témoignages.

« A quel moment de votre vie vous êtes-vous dit qu’être un homme serait peut-être plus facile ? »; « Pensez-vous que le statut d’entrepreneure soit désormais la seule façon de travailler pour les femmes ? »… Les questions posées portent majoritairement sur la question de la conciliation entre vie privée et vie professionnelle, et ne sont donc a priori pas directement rattachées à une quelconque appartenance politique, du moins pas tout de suite.

Si Catherine Barbaroux (ancienne présidente de l’ADIE, l’Association pour le Droit à l’Initiative Économique), se démarque par son appartenance à une autre génération de féministes, de celles qui ont porté les premiers combats, puisque la loi Veil a été l’un des premiers textes sur lesquels elle a travaillé, ce qui l’a « structuré », et a nourri l’idée qu’elle défend selon laquelle « le combat est consubstantiel à l’entrée en vie professionnelle », les autres prises de parole se complètent et se ressemblent. La maternité est globalement placée au centre des inégalités ressenties, et on observe un recoupement des réponses autour d’une même forme de vécu.

Deux des intervenantes, Axelle Tessandier et Marlène Schiappa, incarnent des situations bien spécifiques : jeunes entrepreneures, « branchées », à l’aise avec le micro, vraisemblablement issues de milieux sociaux favorisés, elles sont des symboles d’une réussite sociale, matérielle et professionnelle réelle, mais qui n’est pas étrangère à tout un ensemble de marqueurs socio-culturels qu’il convient de ne pas occulter au nom du « combat pour l’égalité ».

Ce paradoxe est au fond assez représentatif d’Emmanuel Macron lui-même : « ni droite, ni gauche », se plaçant hors des partis politiques traditionnels pour mieux les transcender, il dénonce un système jugé obsolète… qu’il incarne pourtant, en tant qu’ancien banquier et ministre de l’Economie jusqu’à l’année dernière, mieux que quiconque. La « flexibilisation » du marché du travail qu’il prône, par des mesures libérales signifiant plus de dérégulations et d’entorses à un code du travail déjà bien entaillé, et l’idée que chacun-e doit être l’entrepreneur-e de sa propre force de travail, séduisent incontestablement un certain milieu d’affaires, mais sans parler à tou-te-s les délaissé-e-s de ce règne de l’establishment contre lequel Macron s’insurge pourtant.

Ceci s’illustre lors d’une intervention du public : une femme, qui n’a par ailleurs pas caché son désaccord avec les propos tenus, s’interroge : quelles raisons aurait une mère de famille issue d’une classe sociale défavorisée, qui subit de manière concrète, au jour le jour, les suppressions d’allocations et le délaissement dont son quartier est victime, de voter En Marche plutôt que Front National ? Si elle ne le fait certainement pas pour ce que nous jugeons être les « bonnes raisons », ni au nom du droit des femmes, il demeure que Marine Le Pen, à travers une politique protectionniste, déploie une stratégie électorale visant précisément ces laissé-e-s pour compte d’un système bancal : comment elles/ils pourraient se sentir concerné-e-s par les mesures proposées par Emmanuel Macron ?

Le titre même de l’événement circonscrit très nettement le périmètre d’étude. Interrogée sur les principaux enjeux de la conférence, une des organisatrices parle d’une volonté de « faire progresser la société » par une « sensibilisation massive, tous publics et bords politiques confondus, droite comme gauche », au peu de présence des femmes dans « les gouvernements qui se succèdent, le CAC 40 et les grandes entreprises de manière générale ». Derrière cette optique progressiste affichée, sont dénoncés pêle-mêle la « barrière qu’on met aux femmes sans leur donner la chance d’avoir des responsabilités », la « mentalité des hommes politiques », et le manque de mise en place de « dispositifs encourageants ». Que faire donc ? « Il faut qu’il y ait un exemple, et cet exemple c’est d’abord l’État, les hommes politiques, la fonction publique, qui le donneront ». On est ainsi face à l’idée bien connue selon laquelle l’exemple doit venir d’en haut, pour que les actions des grands soient ensuite imitées par tous.

Macron, le candidat de l’émancipation féminine ?

À la question « Pourquoi Emmanuel Macron est selon vous le candidat de l’émancipation féminine ? », grands principes humanistes et concepts salvateurs se succèdent.

Frédérique Dumas, productrice de cinéma et de télévision, évoque toutes les propositions qui seront faites pour les femmes dans la culture, « visage de la société », « monde de demain ». Macron, selon elle, donne forme à un leadership bienveillant et éclairé, conscient qu’on « ne fait pas les choses de demain avec les idées d’hier ». Il serait surtout le parfait contraire de François Fillon (qui apparaît d’ailleurs comme l’unique représentant de l’opposition, étant le seul adversaire politique cité), emblématique d’une misogynie dont témoignent les anecdotes foisonnantes relatées.

Axelle Tessandier, entrepreneure et responsable du lancement en France de la start-up Kickstarter, approche la question de la parité annoncée pour les élections législatives : à l’inverse de Fillon, qui n’exclut pas de payer des amendes en cas de quotas non-atteints, Macron vise le 50-50. L’organisatrice membre des « Jeunes avec Macron » que nous avons rencontrée constate d’ailleurs cet objectif de manière concrète puisque le collectif compte 45% de femmes, et qu’elle estime qu’on a su lui « faire confiance à titre personnel ».

Marlène Schiappa, fondatrice et présidente du réseau « Maman travaille », a écrit une tribune répondant à cette question. Elle la résume brièvement : Macron est le candidat des femmes par son application de l’ »empowerment ». La notion d’une « vision à 360 degrés » qui embrasse la société dans sa globalité émerge également, et toujours cette parité dans les équipes qui s’observe dans la façon dont il fait monter les femmes et les responsabilise. L’idée d’empathie est elle aussi récurrente : Macron, lors de rencontres avec les membres de « Maman travaille », aurait été particulièrement sensible au partage des tâches ménagères et à l’égalité salariale, car il parvient à comprendre et analyser le problème comme s’il le vivait lui-même . Elle conclut en citant le fondateur d’En Marche : « Que tu sois une femme riche ou pauvre, blanche ou noire, où que tu sois dans le monde, ton problème est mon problème et je vais tenter de le résoudre ». Ce sauvetage orchestré de la condition féminine nous laisse encore perplexes.

Féminisme, humanisme, empathie, bienveillance : ce serait donc tout ceci à la fois, En Marche, avec un leader détenteur d’une vision fondatrice de la société, capable de la penser véritablement dans son ensemble, sa pluralité, sa diversité. A la question du choix des intervenantes (outre leur appartenance revendiquée au mouvement En Marche), c’est encore le haut de l’échelle qui est mis en avant par les membres du collectif : « Ces femmes se sont toutes battues pour accéder à des postes à responsabilité, et sont donc les mieux placées pour en parler ». Seulement, qu’en est-il de celles qui luttent quotidiennement pour un accès juste et digne aux mêmes services et prestations que le reste de la société ?

Il est bien évidemment louable et nécessaire de vouloir mettre fin au règne de l’entre-soi masculin qui caractérise nos élites politiques et économiques. Il convient toutefois de garder à l’esprit que cette politique par et pour le haut ne manque pas d’exclure une partie non-négligeable de nos sociétés. Seule une minorité se retrouve dans l’appellation « les femmes » utilisée ici : sous couvert d’universalité, attention donc à ne pas se tromper de combat.

Copélia Mainardi, 50-50 magazine