Culture Les journées du matrimoine: histoire de la Commune 1/2

Pour la 3ème fois en France, étaient organisées les journées du matrimoine,  les 16 et 17 Septembre dernier. Pour Aurore Evain, actrice, dramaturge et chercheuse, le matrimoine existe depuis le Moyen-âge. Le parcours HF matrimoine du XVIIIème, avec les comédiennes de la compagnie Avant l’aube, la chanteuse Giulia De Sia, et la conteuse Hélène Loup, mené par Moïra Sauvage, nous a amené à Montmartre, sur les traces des femmes de la Commune.

L’assemblée des femmes de la Commune

Pourquoi qu’ils n’ont pas voulu qu’on y monte, à Versailles ?

– Ils croient qu’on va se tirer en courant si jamais on s’casse un ongle !!??

–  A Versailles ! Faut aller les voir les traîtres, leur demander des explications ! Tous ces francs-fileurs trop lâches pour nous affronter.

–  Sont allés s’cacher dans les jupes à Thiers oui !

– A mort Thiers !! A mort les traîtres !

Louise Michel : Mesdames, je demande un peu de silence. Je me présente : Louise Michel, directrice d’école dans le 18ème arrondissement. Oui ! Les responsables ce sont eux , ceux qui ont fui à Versailles, ceux qui ont offert la France à Bismarck, ceux qui nous affament depuis trop longtemps déjà : nos ennemis, ce sont les privilégiés de l’ordre social actuel, tous ceux qui ont vécu de nos sueurs ; qui toujours se sont engraissés de nos misères! Le 3 avril, nous étions 500 place de la Concorde puis plus de 1000 en arrivant au pont de Grenelle. Nous voulions Versailles et nous avions raison !!

Toutes : A Versailles !!! A Versailles !

Louise Michel : Mesdames, mesdames ! Je suis la première à dire que nous devons attaquer l’ennemi de front, je me porte moi-même volontaire pour aller tuer Thiers !

Toutes : A mort Thiers ! Vive Louise !

Louise Michel : Mais… mais… mais… si le combat est notre devoir, si nous sommes résolues à combattre et vaincre ou mourir pour la défense de nos droits communs, nous devons pour cela nous organiser et faire entendre notre voix, unie et résolue, au gouvernement de la Commune.

Paule Minck : Je demande la parole. Paule Minck, journaliste pour le journal « Liberté ». Je suis entièrement d’accord ! Nous ne pouvons pas nous contenter d’être sous-entendues. Nous voulons notre juste part de droit et de liberté. La femme n’est-elle pas, par les lois et le préjugé, le dernier anneau de l’esclavage, l’opprimée de l’opprimé ? Si nous ne faisons pas entendre nos voix, nous nous retrouverons à la remorque des hommes, une fois de plus ! Vous vous rendez compte que même Proudhon : un révolutionnaire, un défenseur des ouvriers, qui est contre la propriété privée dit que les femmes sont inférieures aux hommes et que nous ne sommes pas des citoyennes à part entière. Il dit : « la femme est inférieure à l’homme par la conscience autant que par la puissance intellectuelle et la force musculaire (…). Elle est à l’homme comme 3x3x3 est à 2x2x2 soit 27 à 8  » !!!!

Blanche Lefèbvre : Les femmes gagnent moitié moins que les hommes. Elles travaillent environ 13h par jour. Pour certains métiers, les fournitures sont à la charge des travailleuses ! Voici le témoignage d’une camarade arrivée à Paris cette année, Victorine Brochet, piqueuse de bottines : « Dans cette première année, j’ai fait bien des expériences, j’ai coudoyé bien des misères. J’ai vu des pauvres femmes travaillant douze et quatorze heures par jour pour un salaire dérisoire, ayant vieux parents et enfants qu’elles étaient obligées de délaisser, s’enfermer de longues heures dans des ateliers malsains où ni l’air, ni la lumière, ni le soleil ne pénètrent jamais, car ils sont éclairés au gaz ; dans des fabriques où elles sont entassées par troupeaux, pour gagner la modique somme de 2 francs par jour, dimanche et fêtes ne gagnant rien. Souvent, elles passent la moitié des nuits pour réparer les vêtements de la famille ; elles vont aussi porter au lavoir leur linge à couler, pour aller le laver le dimanche matin. » Alors ce que nous réclamons ce sont des horaires de travail allégées, un salaire minimum et à travail égal, un salaire égal à celui des hommes !

 Nous voulons le travail pour en garder le produit.

– Plus d’exploiteurs, plus de maîtres !

– La plaie sociale qu’il faut d’abord fermer c’est celle des patrons qui exploitent l’ouvrier et s’enrichissent de ses sueurs !

Plus de patrons qui considèrent l’ouvrier comme une machine de produit ! Que les travailleurs s’associent entre eux qu’ils mettent leurs labeurs en commun !

Blanche Lefèvbre : C’est pourquoi, je propose que nous confiions la gestion des ateliers abandonnés par ces lâches de francs-fileurs aux salariés regroupés en coopératives et par là-même : 1-  de dresser une liste des ateliers abandonnés ;  2-  de présenter un rapport des conditions de remise en exploitation efficaces par l’association coopérative ; 3- d’élaborer un projet de constitution de ces sociétés coopératives ; 4- de constituer un jury qui statuera au retour des patrons sur les conditions de cession des ateliers et des indemnités à leur verser.

Paule Minck : Cette nouvelle gestion des ateliers que tu proposes, nous devons l’étendre à la gestion de la nation entière ! La souveraineté populaire ne se délègue pas. Nous décrétons que l’élu est révocable et doit être prêt à rendre compte. Nous exigeons le droit de choisir ou de révoquer cet élu, nous les femmes ! Nous réclamons le droit de vote !

– Quand notre instruction aura été aussi solide et aussi forte qu’elle est faible et incohérente, quand notre curiosité aura été tournée vers les idées générales, alors seulement on pourra se prononcer en meilleure connaissance de cause sur nos facultés.

– Foutaises ! Nous ne sommes peut-être pas instruites mais nous savons penser, nous savons observer !

Marguerite Tynaire : Je demande la parole ! Je suis institutrice et hier j’ai été nommée inspectrice générale des livres et des méthodes d’enseignement dans les écoles de filles de la Seine. Pour moi, la conquête de l’égalité que nous poursuivons et qui tend à la réforme des mœurs, ne peut se faire que par la réforme de l’éducation des filles. Il s’agit de fonder l’éducation sur la liberté, la science, la justice et l’égalité, de former les citoyennes libres d’un pays libre. Cela passe par une éducation nouvelle intégrale, pour former des êtres libérés des chaînes de l’aliénation.

Louise Michel : Tu as raison, la question de l’éducation est la question mère, qui embrasse et domine toutes les questions politiques et sociales. Elle doit devenir un service public de premier ordre. Je dirais même plus, la tâche des instituteurs, ces obscurs soldats de la civilisation, c’est de donner au peuple les moyens intellectuels de se révolter.

Marguerite Tynaire : L’école devrait développer l’enfant or elle le comprime. Elle devrait l’apprendre (sic) à penser, elle l’en empêche, tant par des enseignements faux et absurdes que par des méthodes autoritaires. Nous voulons fonder la République dans l’être lui-même, seul terrain d’où elle ne puisse jamais être arrachée !

– Nous voulons une instruction gratuite, obligatoire et laïque !

Marguerite Tynaire : Comme vous le savez, à la séance de la Commission exécutive du 2 avril 1871, le décret suivant a été adopté à l’unanimité : « Art. 1. L’Église est séparée de l’État. Art. 2. Le budget des cultes est supprimé. Art. 3. Les biens dits de mainmorte appartenant aux congrégations religieuses, meubles et immeubles, sont déclarés propriétés nationales ». Ceci a déjà réglé nos problèmes de lieu de réunion (Rires), il faut maintenant poursuivre et créer des écoles professionnelles pour jeunes filles et pour tous. L’enseignement se doit d’être intégral, c’est-à-dire cultiver à la fois dans le même individu l’esprit qui conçoit et la main qui exécute. Et je sais que le gouvernement de la Commune envisage l’égalité de salaire entre les instituteurs et les institutrices !

Paule Minck : Une chose me semble primordiale, avant même de parler d’égalité de salaires : notre libre arbitre, notre indépendance. Nous savons que même vieilles et édentées nous serons toujours considérées comme des enfants ! Nous appartenons à notre père puis à notre mari ! Nous voulons nous appartenir : à nous-même !!!

Louise Michel : Pour l’heure, il est temps de rassembler nos idées en un manifeste que je me propose d’aller porter à la Commission exécutive de la Commune. Pour qu’il nous représente toutes autant que nous sommes je vais inscrire nos noms au bas de ce Manifeste de l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés…

Listes des femmes signataires :

– Joséphine Courtois, couturière mais pour l’heure : soldat !

– Marie Deschamps, institutrice mais aussi porteuse de journaux et d’affiches.

– Sophie Doctrinal, couturière et ambulancière.

André Léo, autrice et journaliste.

Augustine Best, marchande des quatre-saisons et donc cantinière.

– Léontine Suetens, blanchisseuse et soldat.

– Marie Vinçard, faussaire.

– Octavie Tardif, confectionneuse et AIT.

– Rosalie Bordas, chanteuse.

– Madame Agard, tragédienne

– Blanche Lefèbvre, blanchisseuse au lavoir de Sainte-Marie des Batignolles, 17ème

– Marguerite Tynaire, née Guerrier, membre de l’Association Internationale des Travailleurs