Articles récents Le combat d’une mère contre l’impunité

Je souhaite témoigner de mon combat de femme et de mère pour dénoncer la violence banalisée des adolescents et plus généralement des jeunes. Beaucoup d’entre eux vivent de plus en plus dans un monde virtuel et certains développent des comportements inquiétants et violents, voire criminels.

En tant que parent, j’en fais tous les jours l’expérience. Mon fils de 15 ans a été tué par balle en avril 2016 par un jeune homme âgé de 17 ans, sous les yeux de deux de ses amis (également mineurs) dans la cuisine d’une villa de Rocbaron, un village en périphérie de Toulon, dans le Var. Le tireur, hôte des lieux, était alors champion de France de tir sportif depuis trois ans. Ce jeune homme aime les armes et ne s’en est jamais caché. Il vit seul avec son père au milieu d’armes et de munitions de tous types.

Le jour du drame, un dimanche soir, il en a fait la preuve. Il a visé la tête de mon fils à bout portant avec un Glock 9mm et a tiré. La gendarmerie locale a conclu à un accident et à un homicide involontaire. Le jeune tireur est retourné au lycée, deux semaines après les faits, sans être vraiment inquiété.

Aujourd’hui, bientôt deux ans et demi ont passé et une enquête judiciaire est toujours en cours. Les faits n’ont encore pas été requalifiés (en homicide volontaire) malgré une reconstitution réalisée en novembre 2017 qui accable le tueur. Le juge attend des pièces de différents services policiers et judiciaires qui ne lui sont pas parvenus. Le tireur vit librement ainsi que son père, responsable en tant que personne majeure de la présence et de la disponibilité de l’arme sur les lieux. Ce vide juridique incommensurable me terrifie. Il laisse place à un silence, celui qui entoure systématiquement la mort. D’autant plus dérangeant quand il s’agit de mort par balle.

Dépourvue, impuissante, je me sens victime directe de la violence inqualifiable vécue par mon fils, d’autant que l’agresseur et son père restent à ce jour impunis. Des questions m’assaillent : qui se préoccupe de ma douleur? Qui prend en charge ma détresse et celle des proches de mon fils? Quelle aide thérapeutique me propose-t-on? Qui m’informe de mes droits? Qui m’accompagne dans mes démarches juridiques? Qui me reconnaît comme victimes? Qui comprend mon préjudice moral, financier? Sans ces réponses, ma douleur immense est décuplée.

En avril 2017, j’ai créé, avec le soutien de quelques personnes du canton, l’association Ne Touche Pas À ma Vie. Notre ambition était d’alerter les citoyen.nes sur les risques et les dangers de l’usage des armes par les adolescents et plus généralement les jeunes et de les éduquer à la non violence et au respect de la vie. Nous avons organisé au collège de Rocbaron un colloque sur le sujet en novembre 2017 qui a rassemblé plus de 100 participant.es. Cet événement n’a pas suffit. Mon combat pour la justice continue.

J’ai espoir de recueillir le soutien de femmes et d’hommes d’horizons divers conscients de cette violence des jeunes qui loin de se restreindre aux établissements scolaires ou aux quartiers dits difficiles se banalise.

Je souhaite également que ma parole aide d’autres mères à se rassembler pour rendre visible ce qui est inqualifiable.

Mireille Fornaciari, Présidente de l’association Ne Touche Pas À ma Vie

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