Articles récents \ Île de France Rencontre avec les femmes du Réseau pour l’autonomie des femmes immigrées et réfugiées

À la Maison des femmes de Paris, le mardi de 16h30 à 19h30, le Réseau pour l’autonomie des femmes immigrées et réfugiées (RAJFIRE) propose une permanence pour accueillir les femmes en exil, les écouter et les aider à monter le dossier administratif pour engager la procédure de demande d’asile. Souvent isolées, sans connaissance de leurs droits, ces femmes trouvent au RAJFIRE un lieu de rencontre où s’informer mais aussi où échanger avec d’autres femmes qui peuvent les comprendre.

Le temps de permanence est rapide : il s’agit de déterminer, selon la situation des femmes présentes, si l’obtention du titre de séjour est envisageable, et quelles procédures engager. Le temps compte, car, selon la loi, il faut faire sa demande d’asile au plus tard trois mois après sa venue sur le territoire français. Au-delà de ce délai de trois mois, les demandeuses d’asile seront placées en «procédure accélérée». Cette procédure leur est défavorable : moins de chance d’obtenir les papiers, et, depuis la nouvelle loi asile, en cas de rejet de la demande, les personnes peuvent être renvoyées dans leur pays d’origine même pendant la période de recours à la Cour Nationale du Droit d’Asile (CNDA). Les membres du RAJFIRE expliquent les premières étapes qui mèneront à l’examen du dossier de demande d’asile : tout d’abord, appeler un numéro de téléphone (01 42 500 900) qui centralise les prises de rendez-vous à Paris et en Île-de-France avec une SPADA (Structure de Premier Accueil des Demandeurs d’Asile). Elles préviennent : «il y a tant de demandes à Paris, vous serez sûrement orientées vers d’autres départements.» Une avocate travaille avec le RAJFIRE afin de monter les dossiers de demande d’asile : il est très important de faire appel à une association qui aidera gratuitement les demandeuses d’asile dans leurs démarches.

Les femmes racontent brièvement leur histoire : «Je viens de Tunisie. Je suis arrivée en France avec un visa touristique, avec mon mari. Il m’a mise dehors après m’avoir fait subir des violences.» Faire valoir le mariage pour obtenir les papiers peut être dangereux : le temps de la procédure, le mari peut utiliser cette situation comme moyen de chantage contre la femme. Anita* confirme: «Je viens du Mali. J’ai engagé une procédure juridique contre mon mari, qui était hongrois. Quand on était ensemble, il refusait d’engager les procédures pour que j’obtienne mes papiers. Et puis un jour, il m’a abandonnée dans un pays que je ne connaissais pas, sans rien.»

Après la permanence, des groupes se forment, selon les besoins. Les fauteuils de la permanence se vident. Une jeune femme arrive et s’installe dans le canapé. Une autre s’assoit dans un fauteuil. Alexandra explique : «On m’a donné l’adresse de cette association quand j’ai appelé le 3919, le numéro de solidarité en cas de violences faites aux femmes. Le RAJFIRE est la première association à m’écouter, j’ai pu leur raconter tout ce que j’ai traversé. Cette écoute m’a surprise parce que jusqu’ici, j’avais été rejetée par toutes les autres associations. Monter mon dossier de demande d’asile m’a redonné du courage. J’ai pu voir une psychologue. Les membres de l’association m’ont guidée dans toutes mes démarches.» Anita renchérit : «Ici on peut rencontrer des gens, avec les mêmes problèmes ou avec des problèmes très différents. Chacune prend le temps d’écouter. On partage des repas, on organise des ateliers. Tout cela m’a beaucoup aidée.»

Avec émotion, Alexandra poursuit son histoire : «Je viens de Côte d’Ivoire. Je me débrouillais là-bas, mais un jour on a voulu me marier de force. Cela, je ne pouvais pas l’accepter. J’ai 25 ans. Je ne pouvais pas m’imaginer avec un homme polygame de 50 ans. C’est ma révolte. Mais ici je n’ai pas de logement. Je cherche des cafés pour me changer, je transporte mon dossier dans mon sac. C’est dangereux. La nuit, je prends des bus de nuit. Je viens ici la journée, mais je ne peux pas y dormir. Sans papiers, pas de travail, pas de logement.» Anita hoche la tête : «J’ai la chance d’avoir une sœur ici. Elle me nourrit et me loge, tout le monde n’a pas cette chance. Mais ma sœur a d’autres problèmes, elle ne peut pas passer son temps à m’écouter.» C’est pourquoi elles viennent ici, où elles se sont rencontrées : elles y ont trouvé un endroit pour se confier, pour s’entr’aider, mais aussi pour se changer les idées et s’amuser, en particulier lors des repas et des danses organisés le vendredi.

Leur principale préoccupation reste d’obtenir leurs papiers. En rencontrant les bénévoles de l’association, l’avocate et la juriste, elles prennent conscience de leurs droits, même s’ils sont menacés par les contraintes législatives et administratives. Anita explique : «J’étais mal informée. J’ai découvert que j’avais des droits. J’ai beaucoup appris même si la vie réserve de mauvais sorts. Quand mon mari m’a abandonnée, je n’avais pas la force de porter plainte. Maintenant, je constitue un dossier avec la juriste. J’ai de l’espoir.»

Merci aux personnes rencontrées pour avoir partagé leurs expériences et leurs pensées.

 

Alice Gaulier 50-50magazine

*Pour préserver l’anonymat des personnes, les prénoms ont été modifiés.

Le guide de la demandeuse et du demandeur d’asile à Paris créé par l’association Watizat

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