Articles récents Amel El Kamel: “j’ai compris à la MDF ce qu’est la prévention tertiaire: un encadrement au-delà du médical souvent nécessaire pour espérer un rétablissement complet”

Le nouveau service sanitaire mis en place par l’Etat, dont le but est de former tou.tes les les futurs professionnel.les de santé aux enjeux de la prévention par la participation à la réalisation d’actions concrètes de prévention auprès de publics identifiés comme prioritaires, fut l’occasion pour nous de découvrir la Maison des Femmes de Saint Denis.

Nous voilà donc arrivées, trois jeunes étudiantes en troisième année de médecine, à la MDF. La tête sortie de nos livres de cours, nous découvrons un univers bien différent de celui que nous avions connu jusqu’alors à l’hôpital. En choisissant ce lieu, nous ne nous attendions pas à vivre un service sanitaire aussi marquant et riche en émotions.

Cette maison pas comme les autres, permet aux femmes de trouver des oreilles attentives et des mains tendues, prêtes à les soigner. En effet c’est une grande famille de médecins, sages-femmes, psychologues, conseillères conjugales et familiales, secrétaires, assistantes sociales ou encore juristes et policier.es, qui œuvrent chaque jour, plein.es d’entrain et d’énergie, en vue d’accueillir et d’aider un maximum de femmes.

Cette maison propose aussi chaque semaine des groupes de paroles, pour des femmes ayant subi des excisions, des violences sexuelles et conjugales … et qui ont besoin de parler, ainsi que des ateliers de karaté, de danse, d’estime de soi et d’alphabétisation afin de reprendre confiance en soi ou de rompre un éventuel isolement. Une prise en charge ne s’arrêtant pas uniquement aux soins permet ainsi à chacune de se sentir pleinement considérée.

Amel El Kamel

«A la fin de ces différentes activités je pouvais recueillir le ressenti de chacune de ces femmes, j’ai entendu une patiente, après l’atelier danse orientale, dire qu’elle se sentait bien une fois arrivée à la MDF, que venir l’avait aidé énormément dans sa recherche de bien-être. J’ai compris à la MDF ce qu’est la prévention tertiaire: un encadrement au-delà du médical souvent nécessaire pour espérer un rétablissement complet. C’est ce qu’on appelle la prévention tertiaire. J’ai aussi pu admirer l’implication de chaque membre du personnel dans le bien-être de chaque femme. J’étais venue pour une mission de prévention en tant qu’étudiante en santé mais j’ai trouvé bien plus. Un jour, une secrétaire débordée de travail, a arrêté tout ce qu’elle faisait pour écouter une patiente sortie de l’atelier de karaté avec un trop plein d’émotions demandant une oreille attentive à sa peine. Cette secrétaire me marqua, cette humanité qui règne à la MDF devrait être un exemple non seulement pour nous simples étudiantes, mais aussi pour tout le monde.»

En effet durant ces trois semaines nous avons pu entendre les histoires de femmes qui ont fui leurs pays à la recherche de sécurité mais présentent encore les séquelles de choc post traumatiques, des femmes violées qui, un mois, un an, dix ans ou vingt ans après le traumatisme, cherchent encore à guérir intérieurement.

La triste réalité de l’inceste qui pour nous était tabou nous a frappé. Des femmes victimes de leur beau-père qui  viennent à la MDF, assister aux groupes de paroles ou voir la psychologue afin d’avancer et de se reconstruire. « Je veux aller autrement en moi » nous disait Mme S, « l’aide chimique oui, mais autrement ». Ces problèmes sont les conséquences normales de situations anormales. Aujourd’hui, nous savons que ce sont les preuves d’une blessure profonde causée par les violences subies : le psycho traumatisme.

Laure Onguenet

«J’ai été marquée par le visage apaisé et souriant d’une femme, à l’occasion d’une consultation en psychiatrie, qui était passée par des épreuves difficiles dont la plupart d’entre nous ne pouvions imaginer l’existence. Le pire de ce que l’homme puisse faire à la femme. Cependant, grâce à la bienveillance et à l’intérêt qui lui étaient accordés au sein de la MDF, elle se sentait soutenue et reprenait espoir. C’est un réel accompagnement thérapeutique des patientes.

Un médecin m’a confié un jour, à l’issue de consultations de femmes pleines de dynamisme et de vitalité, qu’elles étaient méconnaissables comparées à la première fois où il les avait reçus. «Tu n’as pas conscience ! Ce sont des femmes qui arrivent ici complètement détruites et qui au fil des mois sont métamorphosées.» C’est donc ça l’effet de la MDF. Ce sont des patientes suivies parfois sur du long terme et qui sont attachées à toute l’équipe. C’est une très belle vision de la médecine et du soin de manière générale.

Une autre anecdote marquante fut cette femme médecin qui donna en fin de consultation ses propres tickets de métro à une patiente demandeuse d’asile, afin que celle-ci puisse revenir en consultation en toute sérénité. Il n’était d’ailleurs pas rare de voir un.e praticien.ne accepter sur son heure du repas, une patiente venue à la dernière minute. L’investissement de l’équipe est pour moi très inspirante».

Nous avons également été face à des femmes dont le présent est rythmé par la peur et les violences conjugales, et qui ont entamé des procédures judiciaires.

Amel El Kamel

« Grâce à l’opportunité d’assister à des consultations de médecine légale, j’ai pu apprendre à recevoir une femme en détresse, victime de violences conjugales physiques comme psychiques. Une femme perdue, à la recherche de soutien solide pour prendre sa vie en mains et se sortir des situations difficiles dans lesquelles elle se trouve.» 

Asma Gasmili

“La prévention passe par le fait de poser les bonnes questions pour permettre à la patiente de s’ouvrir à nous pour que nous puissions jouer notre rôle et ainsi éviter les rechutes et les complications d’un traumatisme.

Parmi tous ces visages de femmes aux parcours de vie complexes ou fragiles, se distinguent parfois des visages jeunes et insouciants. Ceux de collégien.nes ou lycéen.nes qui entrent à la MDF en vue d’être sensibilisé.es à différentes causes, c’est la prévention primaire. Éviter les problèmes futurs passe essentiellement par agir auprès des nouvelles générations. Nombre d’entre elles/eux tombent de haut en découvrant ce qu’est réellement l’excision. Discuter également de l’égalité femmes/hommes ou encore de contraception peut avoir un réel impact pour l’avenir.

Nous avons ainsi pu, dans un but de prévention, accompagner le docteur Ghada Hatem dans certains de ses déplacements pour des interventions auprès d’entreprises ou de différentes autres structures. L’occasion pour nous de comprendre que les lieux de prévention sont multiples, et qu’il faut prendre le temps d’aller vers de nouveaux publics.

Nous nous sentons privilégiées d’avoir vécu cette expérience inoubliable, ce passage à la MDF aura son importance dans notre manière de pratiquer la médecine plus tard. Et je ne doute qu’un jour, grâce à leur travail acharné pour réparer ces femmes et grâce à toute la prévention mise en place, les femmes pourront enfin retrouver leurs droits.» 

 

Amel El Kamel , Asma Gasmili et Laure Onguenet – Etudiantes en troisième année de médecine

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