Île de France Lunise Marquis : “Notre priorité était de créer des places en crèche” (1/2)

Lunise Marquis est adjointe à l’enfance, à la petite enfance et aux familles à la mairie du XIIème arrondissement de Paris depuis 2008. Quand elle prend ses fonctions à la délégation, le taux d’attribution de places en crèche était de 40% par rapport à la demande. Onze ans plus tard, il est de 70%.  Le travail qu’elle fournit avec son équipe municipale est sans précédent dans les autres arrondissements de la capitale. Lunise Marquis raconte comment elle est parvenue à de tels résultats.

Quel a été votre parcours ? Comment êtes-vous devenue adjointe à la petite enfance ?

J’ai fait des études d’histoire et de relations internationales. J’ai ensuite travaillé dans la coopération décentralisée, dans le domaine culturel et politique. 
En parallèle, je me suis très vite engagée dans des associations qui travaillent sur des maladies exclusivement féminines comme l’endométriose. Avec des amies, nous avons monté l’association Info-Endométriose qui a mené la première campagne nationale d’information sur le sujet. Cela nous a permis d’être invitées deux fois à l’ONU pendant la semaine des femmes, et d’y organiser deux conférences ; l’une sur l’endométriose avec l’OMS, et l’autre sur la question de la précarité menstruelle. Je suis donc très sensible aux causes qui touchent les femmes.

 En 2008 j’ai été élue à la Mairie du XIIème arrondissement, à 28 ans. Mon premier poste a été celui de conseillère d’arrondissement pour la jeunesse. Quelques mois plus tard, l’élue en charge de la petite enfance et des familles est partie vivre aux Etats-Unis, et c’est moi qui ai repris cette délégation. Cela fait donc 11 ans que je suis le développement des projets de la petite enfance. J’accompagne les projets depuis leur conception. Certains ne voient le jour que maintenant, mais nous y travaillons depuis 2010.

Je ne me représenterai pas en 2020. J’ai été élue pendant 12 ans et je considère que c’est une expérience exceptionnelle, mais il me semble très important de pouvoir passer le relais. Je reviendrai peut-être dans le monde politique, mais dans 20 ans. Je veux une vraie pause.

Aujourd’hui, le XIIème est l’arrondissement parisien le plus précurseur dans le domaine de la petite enfance. Cela n’était pas le cas il y a quelques années. Quelle était la situation quand vous êtes arrivée en 2008 ?

Le XIIème arrondissement était auparavant peuplé majoritairement par des personnes âgées. Avec le temps, ces personnes ont été remplacées par des personnes plus jeunes et l’arrondissement est devenu très familial. On comprend facilement pourquoi ; c’est un endroit très agréable à vire. Il y a le bois de Vincennes, la coulée verte, les trottoirs sont très larges, etc. Mais les logements avaient été construits sans être accompagnés par des créations de places en crèches. Avant l’élection de l’équipe municipale de Bertrand Delanoé en 2001, le XIIème souffrait d’un très grand retard.

A notre arrivée à la mairie en 2008, l’information qui remontait principalement, c’était le fait que les femmes étaient les plus impactées par le manque de places en crèche. J’ai toujours considéré cela comme une injustice totale : dans le couple, la femme porte l’enfant et aimerait ensuite reprendre son travail, mais elle ne peut pas. Pourquoi ? Parce dans un couple hétérosexuel, le salaire de l’homme est généralement plus élevé que celui de la femme. Ainsi, quand la mère réfléchit à retourner travailler en envisageant de payer une nounou, elle se rend compte que la quasi-totalité de son salaire servirait à payer la garde de son enfant, et elle abandonne donc l’idée de reprendre son métier.  Avec la maire, Catherine Barrati-Elbaz, et l’ensemble de l’équipe municipale, nous avons donc très vite réfléchi à la mise en place d’un plan d’action pour la petite enfance. Nos priorités étaient de créer des places en crèche tout en insistant sur la transparence, l’insclusivité, l’égalité filles-garçons et l’égalité des chances.

Entre 2008 et 2014, nous avons créé 480 places en crèche dans le XIIème arrondissement. Sur la mandature actuelle (2014-2020), nous nous sommes engagé.es à en créer 500, mais en réalité 620 nouvelles places auront été instaurées en 2020.

Des hommes travaillent-t-ils dans les crèches et dans l’administration à la petite enfance ?

Oui, il y en a. Mais le pourcentage est malheureusement très faible. Sur la ville de Paris, les hommes représentent environ 2.5% du personnel des crèches. Le lien entre petite enfance et femmes est encore très ancré dans les esprits. Dans le XIIème arrondissement, nous avons tout de même quelques hommes : nous avons 3 assistants maternels, des cuisiniers et des puéricultrices hommes. Nous essayons de tout faire pour que ces chiffres augmentent, et c’est vrai que la situation progresse petit à petit. Mais c’est encore lent. 
En ce qui concerne les adjoint.es à la petite enfance, il faut savoir que la personne qui a mis en oeuvre le plus d’efforts, tout maire confondu, c’est Bertrand Delanoé. Pourtant, c’est un homme, et qui n’a pas d’enfants. Mais il a créé 4 500 places sur deux mandatures ! Delanoé a immédiatement eu la vision qu’il fallait qu’il y ait des endroits pour les enfants, qu’il fallait développer des lieux et des aides pour les familles, etc.

En tant qu’adjointe à la petite enfance, vous vous occupez des enfants de l’arrondissement. Vous êtes aussi adjointe à la famille, comment vous occupez-vous des parents ?


Paris est une ville magnifique mais qui peut être très difficile à vivre si on ne fait pas en sorte de créer du lien. C’est pour cela que dans le XIIème, en parallèle de la création de places en crèche, nous avons créé des lieux de parentalité. Nous avons par exemple créé un lieu pour les enfants de 0 à 4 ans qui s’appelle le Passage des Touts Petits. Ce lieu accueille gratuitement les familles : des psychologues sont à la disposition des enfants, mais aussi des parents. Cet établissement est unique en son genre, il n’y en a pas d’autres comme lui à Paris. Il est entièrement financé par la mairie. C’est un lieu de discussions. Être parent à Paris, c’est particulièrement difficile : la très grande majorité d’entre nous venons de province, ce qui implique par exemple que les grands-parents sont loin et ne peuvent pas garder les enfants.

Devenir parent, c’est quelque chose de magnifique, mais en même temps il faut tout apprendre. Les parents peuvent se sentir désemparés, perdus. C’est pour cette raison que nous avons aussi mis en place un Café des Familles, qui a lieu chaque trimestre. Le café est en synergie avec le Passage des Touts Petits et avec des bibliothèques. Ainsi, les enfants peuvent jouer et apprendre pendant que les parents échangent. Les thèmes qui sont abordés sont très variés. Les deux derniers abordaient la question des cauchemars et celle de la paternité.

La délégation est donc un travail d’ensemble sur les enfants, les parents et les liens intergénérationnels.

Propos recueillis par Caroline Flepp et Léonor Guénoun, 50-50 Magazine

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