Articles récents \ Matrimoine Le Matrimoine en actions

En 2014, le Mouvement F/H Culture créé les journées du Matrimoine, pour ressusciter la mémoire des femmes manquant à l’appel des livres d’histoire, de sciences, de littérature… Les 20, 21 et 22 septembre se sont déroulés actions, visites guidées, parcours et spectacles à Paris mais aussi à Courbevoie, Nanterre et quelques villes de province.

Le jour du coup d’envoi des Jounées du Matrimoine, le 20 septembre, le film Olivia est projeté à la cinémathèque de Bercy. Il fut réalisé par Jacqueline Audry en 1951. Inconnue du grand public,  elle est pourtant aussi importante que la réalisatrice Alice Guy, sa contemporaine, sortie de l’oubli récemment. Edwige Feuillère en est l’héroïne charismatique, troublante et inquiétante dans le rôle d’une professeure de pension de jeunes filles. Ce film est doublement transgressif car il met en scène non seulement le lesbianisme mais il exclut aussi tout pouvoir masculin. Il étonne par son audace et montre de très jeunes filles libres d’aller seules dans la forêt se promener, avec pour tout protecteur, un chien de berger aussi inoffensif qu’amical. Ces adolescentes vivent sans freins leurs premiers émois.

 Image du film Olivia

Le personnage magnifique et magnétique de  Mademoiselle Julie incarnée par Edwige Feuillère recèle une force faite d’influence et d’abus de pouvoir à peine palpable, qu’on ne connaissait que chez les hommes auparavant. Nous voyons l’histoire du point de vue d’Olivia, jeune élève nouvellement arrivée dans cette pension élégante, qui tombe littéralement sous le charme et le joug de Mademoiselle Julie. Le film qui se passe en 1880, est fascinant par la modernité du propos même si les codes de l’époque sont respectés.

Les actions d’OLF ont apporté aussi leur lot de transgression : les militantes ont  symboliquement rebaptisé des rues, en organisant un tour de plusieurs villes de France. A côté des plaques existantes, elles ont posé des plaques  portant le nom d’une créatrice oubliée de l’histoire. Cette année, des homosexuelles méconnues étaient à l’honneur.

Les 20 et 21 septembre, une équipe de Wikimedia a proposé des journées portes ouvertes pour apprendre à entrer des sources dans ses répertoires. La proportion de biographies de femmes répertoriées est bien moindre que celle des hommes, de l’ordre de 17 %. L’idée est de faire progresser ce chiffre en publiant les biographies et d’écrire sur des écrivaines, philosophes, scientifiques, sportives… Cet événement porteur a eu beaucoup de succès et toute contributrice est invitée à venir une fois par mois à la Gaieté Lyrique ou est basé Wikimedia, pour continuer cette action positive toute l’année.

Mutinerie chez les Muses

Lors de ces journées, des muses ont fait tourner un large public dans le Haut Marais, de la place des Vosges au musée Cognacq–Jay, à la recherche d’un musée pour y accrocher les portraits de leurs modèles. Ce parcours (1) a permis de rencontrer des salonnières, l’une Madeleine de Sablé, qui n’osant pas publier, se fait voler ses idées, et l’autre, la célèbre Madeleine de Scudéry, éprise d’écriture. Et puis Françoise de Grignan, muse de sa mère Marie de Sévigné, Clotilde de Vaux, l’inspiratrice d’Auguste Comte, deux muses de Picasso que le peintre n’a pas pu dévorer, et même le couple des Cognacq-Jay, qui s’inspire l’un l’autre pour déployer leur sens des affaires. Une cantatrice a enchanté le parcours, et Picasso est reparti, dépité : si les muses se mutinent, alors… Oui, elles sont passées de muses à créatrices, qu’on se le dise !

Le 21 septembre, l’Espace des femmes rue Jacob à Paris proposait la lecture de grands textes de féministes connues et  moins connues telles que : Louise Labbé, Olympe de Gouge, Jacquette Guillaume, Flora Tristan, Jeanne Deroin, Louise Michel, Marcelle Tinayre etc . une salle pleine d’une majorité de trentenaires a assisté à ces lectures.

La philosophe allemande Heide Goettner-Abendroth a présenté dans ce même lieu la sortie de la traduction en français de son livre, Les sociétés matriarcales (2).  Un sujet qui reste largement ignoré du grand public.  Cet ouvrage rassemble des connaissances importantes sur ces sociétés qui existent encore dans plusieurs parties du monde sous des formes différentes certes mais présentent un point commun. Ce sont des sociétés basées sur le rôle des mères. Les mères sont au centre, respectées parce qu’elles donnent la vie, et le clan est matriarcal, les biens sont transmis de mère en fille. La notion de consensus est primordiale et le bien collectif prime sur celui des individus. La sexualité est libre et la violence et le crime sont quasi inexistants dans ces sociétés. Brossées sous un jour idéal, elles apparaissent irréelles et pourtant elles existent. Inspirantes pour nos sociétés actuelles, elles peuvent apporter des exemples de bonnes pratiques pour l’écologie et l’économie circulaire.

Heide Goettner-Abendroth ne cache pas qu’elle est pour la transgression du système patriarcal en place et a fondé l’académie Hagia  pour approfondir les connaissances sur la matriarchie et les diffuser.

Il est regrettable que les grands médias ne parlent toujours pas de ces riches journées si importantes pour l’Histoire des femmes.

Roselyne Segalen 50-50 Magazine

1 Ce parcours était une adaptation du livre d’Edith Vallée, Le Matrimoine de Paris . Ed Bonneton 2018

2  Heide Goettner-Abendroth  Les sociétés matriarcales- Recherches sur les cultures autochtones à travers le monde Ed. des Femmes 2019

Photos du parcours des muses Ariane Mestre

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