Articles récents \ Culture \ Théâtre Anne-Louise de Ségogne est «Vivante !»

C’est une sacrée bonne nouvelle. Autrice et comédienne, Anne-Louise de Ségogne offre « Vivante ! », un spectacle à nul autre pareil où elle rejoue la genèse de l’humanité. Ne manquez pas sa prochaine apparition. Avec elle, redonnez une vraie place à Ève et à ses descendantes.

D’abord, Anne-Louise de Ségogne demande à chacun.e des spectatrices/spectateurs, si elle/il se sent à sa place. Avant le début du spectacle, on peut encore changer, prévient-elle. Après ce sera trop tard. La salle s’éteint et la comédienne commence, d’emblée, à parler avec Dieu, perché sans doute dans le très bel arbre de la connaissance qui orne la scène. A.L de Ségogne cherche sa place. Dieu voudrait que cette première femme soit seulement « une aide assortie à l’homme.» À ce petit bout de femme émouvant, sec comme un abricot mais généreux comme une offrande, il faut bien plus qu’un rôle d’éternelle seconde soumise à l’homme. La comédienne se rêve épaisse, large et chaude, grosse comme une brioche. Certes, son corps androgyne est menu. Mais, elle EST grosse ! Grosse de ses désirs, de ses mots, de la créativité avec laquelle elle invente son monde. Grosse de son courage d’autrice et de comédienne.

Celle qui s’est fait un nom dans le théâtre d’auteur – Homère, Shakespeare, Tchekhov, Marivaux : que d’hommes ! – porte depuis quelques années ce texte très personnel, mis en scène par Julien Pillot et créé début 2019 ; elle a voulu à tout prix le donner au festival d’Avignon, quitte à y laisser des plumes. On sait combien le festival coûte cher à une compagnie, en l’occurrence la compagnie Sept-Epées, collectif à deux têtes fondé en 2001 par Amandine du Rivau et Anne-Louise de Ségogne. Deux comédiennes qui pensent encore, Dieu merci (!) que «la beauté sauvera le monde»… et dont l’ambitieux slogan est «tant qu’on aime, il y a quelque chose à faire. En avant !»

Anne-Louise de Ségogne réinvente la grammaire familiale

Dans « Vivante ! », AL de Ségogne s’adresse directement à Dieu puis à Marie, à une orange, à son public, au fil d’un texte poignant et drôle, ciselé mais non prétentieux, joliment critique et ouvert à tous les possibles. Un texte qui coule, comme une eau de source. La comédienne joue juste, mais joue-t-elle vraiment ? Elle se livre, elle se donne, elle se met à nu devant son public, au sens littéral du terme, sans une once d’obscénité ni un poil de vulgarité. Seulement légère comme une plume. Et forte de 45 kilos de vitalité ! Les ambiances se succèdent. Poétique et érotique avec Paul Eluard, A.L de Ségogne «adore les hommes poétiques.» Ambiance électronique avec une danse déjantée de sorcière des temps modernes. Ambiance médiatique avec les bons conseils de la presse féminine pour être une « vraie feeeemmme.» Ambiance variété avec «Femme que j’aime» de Jean-Luc Lahaye. Ambiance maternelle avec les confidences faites à une grosse orange qui grandit dans sa salopette. Ambiance magistrale dans un curieux tribunal où elle réinvente la grammaire familiale. «Il est interdit de faire répéter Maman», répète-t-elle. Ambiance dépressive parce que, finalement, ce serait peut-être plus simple… «Ma vie est réussie. C’est une catastrophe. Je n’ai plus le droit de me plaindre !»

Ambiance divine. A.L de Ségogne a posé son âme sur le plateau. Elle a cherché une nouvelle place à la femme qu’elle est. Aux femmes qu’elle est. Aux femmes que nous sommes. Aux hommes qui nous accompagnent. Le public a passé une heure extraordinaire. Une heure hors du temps. Anne-Louise de Ségogne est vraiment vivante. Et c’est contagieux… Pourvu que ça dure longtemps, longtemps, longtemps.

Sylvie Debras 50 – 50 Magazine

À voir (notamment)

le 11 novembre à 17 h, salle Inox à Langeais (37),

le 23 novembre à 20 h à Jaulnay (37),

le 6 mars à Semoy (45),

le 8 mars à 15 h à Bourgueil (37).

À suivre sur Compagnie Sept Epées

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