Articles récents \ France \ Société Samuel, papa au foyer décomplexé

Samuel a 23 ans. Il est marié à Léa, avec qui il est en couple depuis 9 ans. Ensemble, ils ont un fils de bientôt 2 ans, Gaspard. Début 2019, Samuel est en 4ème année de médecine. Peu épanoui dans ses études, il réalise que ce qui le rend vraiment heureux, c’est de s’occuper de son fils. Le jeune homme décide alors de s’y consacrer pleinement. Déjà hors norme en étant devenu père aussi jeune, Samuel le devient encore plus en osant ce que la société n’attendait certainement pas de lui : être un père au foyer.

Léa et Samuel se sont rencontrés au lycée. Tous les deux sur la même longueur d’onde, ils se sont installés ensemble, puis se sont mariés. Ils avaient 21 ans quand ils ont décidé de concevoir un enfant. Très stable émotionnellement, le couple l’était également d’un point de vue financier, puisque Léa gagnait déjà sa vie en tant que youtubeuse. C’est donc sur la double base d’une stabilité relationnelle et financière que Léa et Samuel ont pu donner naissance à Gaspard.

À l’annonce de la grossesse, les proches du couple ont été légèrement surpris.es, «elles/ils se doutaient que cela arriverait, mais pas si tôt» explique Samuel. «Ce que j’ai le plus entendu pendant cette période c’est : «tu ne veux pas profiter de ta jeunesse ?» Comme si être parent empêchait de profiter de sa vie, comme s’il y avait vivre d’un côté et être parent de l’autre» proteste le jeune homme.

« Un parent n’est pas un géniteur, c’est un adulte qui est là pour l’enfant »

Samuel, qui a toujours voulu avoir des enfants, a bien conscience de la rareté de sa situation: «vouloir être père n’est pas une évidence, cela dépend beaucoup du rapport à son propre père et sa propre enfance.» En l’occurrence, Samuel a grandi entouré d’enfants (il a deux petits frères), accompagné par un père tendre et présent. «Pour être parent, il faut être en paix avec ses émotions, avec son enfant intérieur», estime-t-il. L’exercice, déjà compliqué en soit, l’est encore plus pour les hommes. Nous n’apprendrons à personne que les garçons sont soumis à des injonctions telles que “ne pleure pas”, “ne joue pas à la poupée” ou encore “ne danse pas”. Très tôt, on fait tout bonnement comprendre aux garçons qu’ils ne doivent ni écouter, ni exprimer leurs émotions. La paternité demande donc en premier lieu un grand travail de déconstruction pour se détacher de l’image clichée du père viril, autoritaire et émotionnellement fermé. Samuel lui-même n’est pas à l’abri des poncifs de la masculinité qu’on a pu lui mettre en tête, «c’est un travail quotidien, je suis loin d’être parfait».

Très progressiste dans sa façon de concevoir la paternité, le jeune homme estime que le fait d’être père n’amène aucune signification propre. «Être un père, c’est juste être un parent. Et, un parent cela peut être un papa, une maman, un père veuf, deux papas, une belle-mère, une maman adoptive ou célibataire… Bref, un parent n’est pas un géniteur, c’est un adulte qui est là pour l’enfant, pour combler ses besoins. C’est un facilitateur.»

Cette vision d’une parentalité égalitaire et tournée vers l’enfant est de plus en plus en vogue dans nos sociétés occidentales. «C’est dans l’air du temps d’être plus positif» se réjouit Samuel. L’exemple du jardin d’enfants est en ce sens révélateur. «Une grand-mère m’a raconté récemment qu’aucun homme ne venait au parc lorsqu’elle était jeune maman. Désormais, il y a des papas, et il y en a de plus en plus» raconte Samuel. Le jeune père a pris l’habitude de porter son fils en écharpe, ce qui est perçu comme quelque chose de «féminin». Dans la rue, s’il peut lire la surprise dans le regard des personnes qu’il croise, il reçoit surtout beaucoup de réactions positives de la part de passant.es qui lui sourient ou s’arrêtent pour discuter avec lui. Bien sûr, il y a aussi des conservatrices/conservateurs, des personnes qui pensent qu’il est de bon ton de donner son avis sur l’éducation des enfants des autres, ou qui font clairement comprendre qu’elles désapprouvent ce qu’elles voient. Mais Samuel s’en fiche, il laisse couler et continue son petit bonhomme de chemin, s’amusant la plupart du temps de l’étroitesse d’esprit des mécontent.es.

Les réseaux sociaux ne sont pas innocents dans cette évolution sociale. Youtube, Instagram, les plateformes de podcasts et les groupes Facebook sont de véritables mines d’or pour les nouveaux parents, moins isolé.es face à l’arrivée de leur enfant. Internet est devenu une échappatoire bienveillante à l’entourage envahissant ou au corps médical moralisateur. Samuel et Léa alimentent ce mouvement, rassemblant une véritable communauté de parents en recherche de positivité, de conseils, d’idées d’activités ou de propos décomplexants. Youtubeuse, Léa réalise des vidéos depuis de nombreuses années. En partageant son quotidien, elle crée un espace de paroles sur de nombreux sujets tels que l’accouchement, les violences éducatives, la sexualité dans le couple ou encore l’avortement. Évidemment, la jeune femme parle aussi de son époux et de la décision qu’il a prise d’accompagner leur fils au quotidien. Afin de répondre aux questions concrètes que cette décision avait pu soulever, elle a notamment publié une vidéo intitulée Une journée avec un papa au foyer.

« On peut être un homme heureux de s’occuper de son bébé »

Samuel de son côté a décidé début 2019 de se créer un compte Instagram, SamueletGaspard. Ce compte lui permet de montrer au monde qu’il y a d’autres façons d’élever son enfant, différentes de celle que la société nous enseigne traditionnellement. Il souhaite aussi y montrer que «oui, on peut être un homme heureux de s’occuper de son bébé et d’attendre que sa femmes revienne du boulot pour lui faire un repas !» Pour lui, les réseaux sociaux sont un bonus, le jeune homme ne cherche pas du tout à en faire une potentielle carrière : ce qui l’intéresse, c’est s’occuper de son fils.

En s’orientant en médecine, Samuel pensait y trouver une profession répondant à son souci de l’autre. Finalement, en 4ème année, ce qui lui plaisait le plus dans le cursus, c’était l’accompagnement des étudiant.es de 1ère année dans le cadre du tutorat… Il y a de multiples façons de prendre soin des autres. Être parent au foyer en est une ; c’est celle qui pour le moment convient le plus à Samuel.

Partant de là, c’est tout naturellement que Samuel et Léa ont décidé de s’inscrire dans une démarche d’instruction en famille, qu’on appelle communément «école à la maison». L’instruction en famille se fonde sur un grand principe dans lequel le couple se reconnaît parfaitement : accompagner la découverte au rythme de l’enfant. Samuel pioche ses idées à droite à gauche, au gré de ses lectures, de ses recherches, de ses discussions avec d’autres parents pratiquant l’instruction en famille (ils sont tout un petit groupe se retrouvant régulièrement avec leurs enfants) et fait preuve d’une grande réflexion et de beaucoup de passion pour la pédagogie. Pour Samuel, s’occuper de Gaspard à plein temps, «cest avant tout un kiffe». «C’est en partie égoïste, parce que je me fais vraiment plaisir et parce que c’est un luxe que je peux me permettre. Tout le monde n’a pas les moyens de rester auprès de son enfant comme je peux le faire» précise-t-il, conscient de sa chance.

Vous l’aurez compris, Samuel est loin de se reconnaître dans le système classique. Sensible, il a choisi de sortir des chemins battus et de partir à l’aventure avec son fils, ouvrant ainsi la voie à nouvelle vision de la parentalité, aussi épanouissante pour l’enfant que pour le parent.

Bénédicte Gilles 50 – 50 Magazine

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