Île de France \ Politique Hélène Bidard : “Il y a un vrai enjeu concernant l’ampleur du phénomène de la précarité des femmes et des femmes à la rue” 1/2

Hélène Bidard est adjointe auprès d’Anne Hidalgo, chargée de toutes les questions relatives à l’égalité femmes/hommes, la lutte contre les discriminations et des Droits Humains. A quelques semaines des élections municipales, il était nécessaire de faire le point avec elle sur ce qu’a construit la Mairie de Paris sur les questions des violences faites aux femmes, de la lutte contre la prostitution, des femmes SDF, de l’égalité filles/garçons au collège etc.

Quand et comment vous est venue l’idée de créer un observatoire Parisien contre les violences faites au femmes ?

L’idée de créer un observatoire Parisien contre les violences faites au femmes vient du programme électoral de 2014, entre les communistes et les socialistes. Sur la base du travail réalisé par Ernestine Ronai en Seine Saint Denis, nous avons proposé à Anne Hidalgo de créer le même observatoire à Paris. Ce fut une de nos premières réalisations une fois élu.es. Il est né en novembre 2014. Il existait déjà à l’époque des agent.es qui travaillaient sur les violences au sein de la ville de Paris dans le service égalité, intégration, inclusion ce qui nous a permis d’avancer assez rapidement.

L’idée pour nous était d’avoir un travail transversal avec d’autres adjoint.es à la Maire de Paris, avec Ian Brossat (1), Dominique Versini (2) et Colombe Brossel (3). Cela nous a permis de nous donner des objectifs en termes de politiques publiques, d’avoir tous les ans des bilans chiffrés qui nous aident à les mettre en place. Nous avons fait une journée interprofessionnelle sur la protection des enfants : protéger la mère équivaut à protéger les enfants. Nous en avons fait bien d’autres, chaque année, à l’occasion du 25 novembre, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes : sur le sport, sur les jeunes femmes, sur les femmes étrangères par exemple.

Nous avons travaillé sur différentes thématiques autour du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, sur la culture, sur l’éducation à l‘égalité etc. Cela nous a vraiment permis de mettre en place des mesures concrètes comme le téléphone grave danger, la mesure d’accompagnement protégée. Nous avons renforcé l’inter-connaissance entre les professionnel.les qui agissent sur le terrain et sont en réseaux et les associations qui sont très nombreuses à Paris à lutter contre les violences et pour les droits des femmes. Je pense que c’est une très bonne méthode de créer ces observatoires départementaux pour utiliser les outils déjà existants, de la manière la plus efficace.

Quel est le bilan de votre action sur la lutte contre la prostitution ? Comment avez vous travaillé sur ce sujet ?

Le bilan est compliqué parce que lorsque nous sommes arrivé.es, différent.es adjoint.es s’étaient déjà très approprié.es le sujet, mais il y avait un manque de coordination entre les politiques publiques. J’ai donc demandé assez rapidement une inspection générale de la ville sur les moyens donnés par la ville de Paris concernant les subventions au dessus de 40 000 €. Cela nous a permis d’avoir une cartographie des associations travaillant sur le soutien aux personnes en situation de prostitution. Certaines associations étaient bien soutenues par rapport à ce que nous finançons sur les violences faites aux femmes mais toutes étaient en grande difficulté. En effet ces associations sont financées par la ville mais très peu par d’autres institutions comme la région ou l’Etat. Ce sont des associations historiques qui sont sur le terrain depuis très longtemps mais ont de grandes difficultés de finances.

Parlez-vous du mouvement du Nid  ?

Le mouvement du Nid fait partie des associations qui font plutôt du plaidoyer mais qui ne sont pas principalement dans l’accompagnement des personnes. Ce sont surtout les lieux d’hébergement des victimes de prostitution qui sont en difficulté. Les associations qui gèrent les foyers ont besoin de plus de financements.

La ville avait 8 adjoint.es qui finançaient de manière assez éparse un grand nombre d’actions différentes notamment en terme de santé, d’hébergement, d’insertion professionnelle etc.

L’Etat en revanche, ne s’intéressait à cette question que sous l’angle de la sécurité, avec la volonté de mettre le plus possible des OQTF (4), de faire quitter le territoire aux personnes prostituées n’ayant pas les papiers, de les considérer comme délinquantes, de les ficher. C’était de cette manière que la préfecture de police gérait la prostitution : par le fichage et très peu par le démantèlement de réseaux et encore moins par l’accompagnement des personnes prostituées.

La loi d’abolition de la prostitution a maintenant changé complètement le prisme par lequel il faut aborder les personnes prostituées, en les prenant comme des victimes à entendre, et non comme des délinquantes à ficher. Cela est une très bonne avancée, mais maintenant il faut plus de moyens pour appliquer la loi.
Pour cela, il faut arriver à former les professionnel.les de la préfecture de police sur cette application de la loi. La loi nous dit qu’en fait, la ville de Paris devrait faire de la prévention et ne plus financer tout le reste qui devrait être financé par l’Etat. Mais l’Etat ne le fait pas donc nous continuons à financer toute une série d’actions qui relève
nt de l’Etat. Pour l’instant nous sommes donc dans un entre-deux.

Comment fonctionnent les commissions de prostitution ?

La présence du procureur dans les commissions de sortie de la prostitution est une des choses à inscrire dans les décrets d’application. Aujourd’hui, la présence du parquet n’est pas requise alors que les procureur.es peuvent demander à la préfecture de police d’agir dans telle ou telle direction. Nous sommes surtout face à un enjeu financier et politique. Normalement aujourd’hui, les personnes prostituées qui rentrent dans le cadre des parcours de sortie de prostitution (PSP), doivent pouvoir bénéficier de papiers, mais c’est un enjeu politique sur lequel nous nous heurtons frontalement avec les politiques du ministère de l’Intérieur. Le relogement des personnes prostituées, dans le cadre des parcours de sortie, notamment pour leur permettre d’être protégées et de témoigner dans les procès, n’est pas bien mis en œuvre parce qu’il n’y a pas assez de places créés par l’Etat en centres spécialisés ou dans le logement social.. Aujourd’hui, cette loi se heurte frontalement au gouvernement qui a beaucoup de réticentes politiques et financières à l’appliquer.

On voit que le chemin entrepris est un bon chemin mais il y a encore beaucoup de travail. 

Qu’avez vous mis en place pour soutenir les femmes SDF ?

Ma collègue Dominique Versini, adjointe en charge de l’action sociale, a pris la question à bras le corps. Parce qu’elles se cachent pour éviter tous types de violences dans la rue, les femmes sans abri étaient jusqu’ici peu prises en compte. Dominique Versini a mis en place la “Nuit de la solidarité”, une nuit où sont organisées des grandes maraudes avec des citoyen.nes volontaires, qui sont formé.es pour compter et accompagner les personnes à la rue pendant toute la nuit. Et dans le comptage des personnes à la rue, nous avons mis un critère de genre, c’est à dire femmes, hommes, enfants. Après la première “Nuit de la solidarité, nous nous sommes aperçu.es que le nombre de femmes à la rue était beaucoup plus important que ce que nous pensions. Elles sont aujourd’hui 12 % et malheureusement leur nombre augmente .

De plus, nous savons que si certaines femmes ne sont pas comptées comme étant  “en situation de rue”, c’est parce qu’elle sont abusées par des hommes qui profitent de leur pauvreté pour monnayer un bout de canapé contre des actes sexuels. C’est la prostitution de survie. L’ensemble des associations qui gèrent les foyers et les centres d’hébergement d’urgence pointent le problème.

Cela s’additionne avec une inadaptation des Centres d’Hébergement “généralistes” qui, pour des femmes très vulnérables, peuvent être des lieux de violences supplémentaires, comme une excellente étude de la Fondation des Femmes l’a révélé récemment.

Il y a un vrai enjeu concernant l’ampleur du phénomène de la précarité des femmes et des femmes à la rue. C’est pour commencer à y répondre qu’Anne Hidalgo a décidé de créer ces haltes dédiées aux femmes, et notamment celle de l’Hôtel de Ville. Nous commençons à avoir des chiffres : il y a plus de 1600 femmes par an dans l’ensemble des structures et 500 à l’Hôtel de Ville.

À l’Hôtel de Ville, il existe un accueil de jour et un accueil de nuit. Cet accueil est géré par le Samu social. Il existe également la Cité des dames dans le 13ème. La volonté de la Maire est d’ouvrir un centre dans chaque arrondissement car il y a un vrai besoin. Il y a des lieux qui peuvent recevoir des femmes et des enfants.

Et dans le 11ème, nous avons ouvert un lieu pour les couples qui ne souhaitent pas être séparés. Nous pensons qu’il faut répondre à la situation personnelle des individus et non pas répondre avec des grands lieux, mixtes, ouverts à tout public, en particulier quand il s’agit de femmes victimes de violences. Et les femmes en situation de rue l’ont toutes été à un moment ou l’autre. Nous avons besoin de lieux dédiés.

Propos recueillis par Caroline Flepp 50 – 50 Magazine

1 Ian Brossat: adjoint auprès d’Anne Hidalgo chargé du logement, de l’habitat durable et de l’hébergement d’urgence.

2 Dominique Versini : adjointe auprès d’Anne Hidalgo chargée de toutes les questions relatives aux solidarités, lutte contre l’exclusion, accueil des réfugiés et protection de l’enfance.

3 Colombe Brossel : adjointe auprès d’Anne Hidalgo chargée de toutes les questions relatives à la sécurité, la prévention, aux quartiers populaires et à l’intégration;

4 Obligation de quitter le territoire français.

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