Articles récents \ DÉBATS \ Tribunes Appel de Negar : soutien aux femmes d’Aghanistan

Le bureau et la présidente de NEGAR, Shoukria Haïdar, appellent solennellement les activistes féministes de France, d’Europe, d’Asie, d’Amérique et d’Australie, mais aussi tous et toutes les défenseurs et défenseuses des droits humains, à la mobilisation au secours de l’Afghanistan et de ses populations les plus menacées, les femmes et les enfants.

Vous qui, depuis 1996, après la prise de Kaboul par les talibans, avez soutenu le combat et l’action de notre association en faveur des droits des femmes en Afghanistan, totalement supprimés par les décrets officiels de ce régime,

Vous qui dès le début, dans l’indifférence des médias, avez accordé foi à la dénonciation par Shoukria Haidar du régime barbare des talibans qui s’installait à Kaboul,

Vous qui avez participé aux combats et aux actions d’éducation et de formation menés par NEGAR en France, en Europe, à l’international et en Afghanistan, entre autres :

– la Conférence de Dushambé (2000) et l’élaboration de la Charte des droits fondamentaux de la femme afghane, reprise officiellement par la suite, en 2004, dans l’article 22 de la Constitution d’ Afghanistan qui exprime l’égalité des droits des femmes et des hommes,

– l’organisation des classes clandestines à Kaboul (1997-2001) sous le régime taliban,

– le parrainage des jeunes filles et des jeunes femmes qui se poursuit aujourd’hui.

Vous qui nous avez encore accompagnées en 2010, lors de la Conférence de Londres organisée à l’initiative de l’Angleterre et de M. Karzaï, avec l’accord des Américains, invitant les représentants de haut niveau de 70 pays, lançant officiellement le processus de paix avec les groupes terroristes talibans (des milices pakistanaises), et donnant de cette manière une représentation officielle internationale à ce groupe barbare.

C’était là le début de la situation que nous vivons aujourd’hui : bureau officiel au Qatar, rencontres officielles avec différents États, avec les Nations Unies, et l’apogée, en 2020, les accords de paix américains – talibans, puis, aujourd’hui, la fuite des Américains soi-disant devant les talibans.

Nous avons à nouveau besoin de compter sur vous.

Aujourd’hui, la dégradation de la situation depuis le retrait des troupes américaines, accompli à 90% et qui devrait se terminer fin août – ce que la représentante des Nations-Unies à Kaboul qualifie d’«onde sismique» – est terrifiante. Rien ne semble arrêter la marche des milices pakistanaises « talibans terroristes » qui se sont déjà emparés de 5 des 34 capitales provinciales, tant dans le nord que dans le sud du pays, semant la terreur, tentant d’effrayer par des actions sauvages – décapitations, massacres de masse, destructions et incendies de bâtiments publics, de maisons privées et de bazars, mariages forcés de jeunes filles avec des miliciens (auxquels on les avait promises au Pakistan pour qu’ils viennent combattre en Afghanistan, comme on leur avait promis le pillage des biens publics et privés).

Les femmes afghanes sont une nouvelle fois en péril, menacées de perdre leurs libertés, comme durant les années de plomb (1996 – 2001).

Déjà des directives talibanes dans les zones qu’ils contrôlent, interdisent aux femmes de sortir de leur maison sans être accompagnées d’un homme membre de leur famille, ordonnant aux communautés de fournir la liste des jeunes filles de plus de quinze ans et des veuves de moins de 45 ans, pour « récompenser les combattants », par de soi-disant « mariages forcés » pour qu’ils viennent combattre en Afghanistan.

Tout ceci se passe sous le regard des États-Unis qui, dans leurs accords de paix avec les talibans, ne cessent de répéter que les talibans ne doivent pas toucher aux intérêts des Américains, ni à ceux de leurs alliés et de leurs amis.
Et donc l’Afghanistan et les femmes afghanes ne sont ni du nombre de leurs alliés ni de leurs amis ; ils ne figurent pas non plus dans les intérêts des valeurs des Américains ?

C’est ainsi qu’avance la situation en Afghanistan avec la décision unilatérale de retrait des Etats- Unis, sans qu’une situation convenable pour l’Afghanistan ait été trouvée.

Les femmes afghanes après la chute des talibans en 2001 ont retrouvé leurs droits et leur vie habituelle. Durant ces 20 dernières années, elles ont travaillé d’arrache-pied, développant leurs droits dans tous les domaines, elles ont gagné des espaces de plus en plus significatifs (éducatif, politique, social, sportif, associatif…).

Dans cette situation terrible, la jeunesse, filles et garçons, prend les armes pour se défendre, défendre son pays, défendre ses droits. Avec quels moyens ? Que va-t-il advenir d’eux ? Aujourd’hui, la presse et les médias occidentaux nous tiennent au courant jour après jour – et merci aux journalistes – de l’épouvantable situation locale : outre les exactions des talibans, les assassinats, et la 3è vague du COVID-19.

Que va devenir l’Afghanistan ? Qui viendra en aide à l’Afghanistan ?

Nous lancerons prochainement une mobilisation des ami.es de NEGAR et nous espérons pouvoir compter sur vous toutes et tous et sur le réseau d’amitié qui lie entre elles et eux, partout dans le monde, les féministes.
N’hésitez pas à prendre contact avec nous. Nous comptons sur vous !

Shoukria Haïdar et le bureau de NEGAR-Soutien aux femmes d’Afghanistan

Lire plus : Shoukria Haïdar : une militante afghane grand prix international de la laïcité 2014

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