Monde \ Europe Une polémique contre une affiche de body positive en Espagne

Le 27 juillet dernier, le ministère de l’Egalité espagnol a lancé une campagne publique pour soutenir le mouvement du body positive. Ce mouvement aux nobles intentions promeut la diversité des corps : gros ou fin, épilé ou touffu, tatoué ou non, grand ou petit, à la peau claire ou foncée… En bref, il veut combattre les diktats des standards de beauté actuels.

Le ministère de l’Egalité a donc voulu rappeler à la population que tous les corps sont des summer bodies (1) avec ce slogan : « L’été est aussi à nous ». Les cinq personnes présentes sur l’affiche sont en effet toutes très différentes et abordent fièrement des attributs que l’on voit rarement dans les publicités de bikinis : bourrelets, peau noire, cheveux courts, vergetures, bras tatoué, cheveux colorés, poitrine opérée et aisselle poilue. Jusqu’ici, tout va bien.

Un niveau d’incompétence sans précédent

Les problèmes surviennent quand une femme, Nyome Nicholas, aka @curvynyome, se manifeste pour déclarer qu’elle n’a jamais posé pour cette affiche et que sa photo a en fait été volée sur son compte Instagram. Elle n’a donc jamais consenti à ce que son image soit utilisée à ce but. Or, même si la photo en question était sur un compte Instagram public, cela reste parfaitement illégal de la sortir de son contexte et de l’utiliser dans de la communication sans l’accord explicite de la personne en question. C’est illégal et immoral. Il faut aussi souligner que la femme en question est modèle de profession. Elle n’aurait donc sûrement jamais accepté que ses images soient utilisées sans compensation monétaire.

Peu de temps après ce premier scandale, une seconde femme présente sur l’affiche, Siân Lord, tient des accusations similaires : sa photo a été utilisée dans la campagne sans qu’elle ne soit consultée au préalable. Ici, le problème supplémentaire, c’est que le communicant a retouché sa photo. Siân Lord est unijambiste et arbore sa prothèse avec fierté depuis des années. Dans la photo qu’elle a posté sur son compte Instagram, elle est en maillot de bain et on peut clairement voir une de ses jambes en chair et en os et son autre jambe prothétique apparente. Pour l’affiche, son corps a été retouché pour remplacer sa prothèse par une autre jambe en chair et en os elle aussi.

                                 

Le jeune femme s’est depuis exprimée sur les réseaux sociaux pour témoigner de la tristesse et de la colère qu’elle ressent : « Je me sens blessée. Je n’ai pas pleuré comme ça depuis très longtemps. Rien que de penser que quelqu’un a vu cette image et a pensé que ma jambe prothétique gâchait vraiment la photo, autant s’en débarrasser… »

Les victimes de cette atteinte au droit à l’image n’en resteront probablement pas là. Notamment Siân Lord puisqu’elle a passé des années à accepter son corps tel qu’il est après qu’un terrible accident lui ait fait perdre sa jambe. Il y a largement matière à faire un procès contre le gouvernement espagnol. Les préjudices psychologiques à la vue de son propre corps modifié de la sorte sont barbaresques. Le ministère de l’Egalité n’aura pas d’autre choix que de réagir dans les jours qui viennent face à cette terrible polémique.

Le mouvement du body positive inclue également les corps en situation de handicap. Vouloir faire une affiche sur l’inclusion de tous les corps et se permettre de retirer la particularité de l’un d’entre eux rend le propos tout à fait caduque et le gouvernement totalement sourd à son propre message. Si  » l’été est aussi à nous «  comme le clame la campagne, alors il est aussi aux femmes unijambistes qui ne devraient pas avoir à cacher leurs prothèses.

Eva Mordacq 50-50 Magazine

1 Le summer body est un mythe créé par l’industrie du régime qui fait le culte de la minceur et qui insinue qu’il faut maigrir avant l’été pour avoir le droit de se montrer en bikini sur la plage.

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