Articles récents \ France \ Société A quand la véritable égalité ?

Deux jeunes comédiennes présentent depuis deux ans un spectacle-animation autour de l’égalité des genres dans les collèges et lycées d’île-de-France. Le thème ? “La véritable égalité arrivera le jour où…”. Un beau matin, 50-50 Magazine les a suivies devant les élèves de 4eme du collège Jean Perrin près de la porte de Bagnolet à Paris.

Filles d’un côté, garçons de l’autre, sagement assis sur les bancs du préau, deux classes de 4 ème attendent patiemment que le spectacle commence. Devant elles/eux, les deux comédiennes, Coraline Claude et Alyssia Derly se préparent, après avoir accroché au mur une trentaine d’images de femmes célèbres… ou inconnues : Simone Veil, bien sûr, et Olympe de Gouges, mais aussi Annie Leclerc, Virginie Despentes,  Angela Davis ou les suffragettes anglaises.  Leur première question fuse :

Vous connaissez l’expression Droits de l’Homme?, mais ça ne vous semble pas bizarre? Où sont donc les femmes ? Est-ce que ce n’est pas un peu comme si on nommait “coq” tous les animaux de la basse-cour ?

Les rires gênés de leurs auditeurs ne les arrêtent pas. C’est bien par le langage que la sensibilisation aux inégalités commence et les jeunes femmes passent par l’œuvre de Benoite Groult pour faire prendre conscience de l’exclusion des femmes dans la langue. La règle de grammaire qui dit que le masculin l’emporte suscite d’ailleurs l’indignation du côté des adolescentes dont on sent que ce sujet ne leur est pas inconnu.

Mais c’est en faisant le lien entre le sexisme et le racisme que l’attention des élèves devient captive. Beaucoup de ces jeunes sont issu.es de l’immigration et il est évident qu’ils savent to.utes de quoi on parle. Lorsqu’on fait remarquer que dans les manuels scolaires il y a 95% d’hommes, elles/ils savent bien qu’il y a très peu qui leur ressemblent… En sortant de leur sac des photos de sport, les comédiennes continuent la remise en question : qui sont les plus connu.es ? Messi ou Marta, la meilleure footballeuse du monde ? Et qui savait que Mozart avait une sœur, peut-être aussi talentueuse? D’Hubertine Auclert au droit de vote en passant par l’avortement d’autrefois avec les aiguilles à tricoter ou l’autorisation du compte bancaire, le passé resurgit devant les élèves, suscitant des exclamations surprises. Tou.tes écoutent, garçons comme filles, avec intérêt.

Mais il est temps d’en venir à aujourd’hui et réfléchir à ce qui persiste comme inégalités. Et c’est là que se dessine la différence entre les sexes, celle justement qui empêche l’égalité. Pourquoi donc demandent les comédiennes, cette égalité n’existe-t-elle pas encore? Pourquoi a-t-on encore besoin du 8 mars, de manifester, ou de lois? Si le mot stéréotype fait peur, les exemples, eux, viennent vite à l’esprit des élèves : “les filles aiment le shopping et les garçons ne pleurent pas”, « tous les garçons ne pensent qu’au sexe et les blondes sont des idiotes”… Elles/Ils en sentent le poids, le ridicule. Soudain on n’hésite pas à rêver d’un monde où la différence sexuelle ne compterait pas, où  personne ne serait discriminé, ni pour son genre, ni pour sa couleur de peau, ni pour sa sexualité. 

Les comédiennes proposent alors de réfléchir à 3 situations issues du quotidien; une main aux fesses à la cantine, le manque d’envie de faire l’amour dans un couple et l’humiliation dans les vestiaires d’un garçon que l’on traite de “sale PD”. Si la réponse aux deux premières semble faire l’unanimité (si ce n’est pas consenti, il y a agression), le troisième cas ne convainc pas le groupe des garçons, prouvant la difficulté à affronter ce qui est vu comme non viril. Une explication sur les violences s’ensuit, en expliquant qu’elle peut être psychologique, mais ne semble pas être acceptée par la plupart des adolescent.es…

A la fin de la séance, les jeunes autrices du spectacle reviennent sur leur choix, tout en menant leurs carrières de comédiennes, de consacrer un spectacle à ce sujet :  Nous nous étions rencontrées au Conservatoire dramatique de Bobigny, mais c’est pendant la Covid que nous avons décidé de créer ce spectacle pour le faire tourner dans les établissements scolaires. Nous sommes en effet convaincues qu’il faut aborder ces sujets le plus tôt possible. Peut-être est-ce d’avoir constaté qu’autour de nous toutes les femmes avaient quelque chose à raconter, que ce soit sur les violences, le harcèlement, ou les injustices, que nous sommes devenues de plus en plus féministes! Parallèlement, dans le milieu du théâtre, nous ne pouvons que constater le côté patriarcal et observer combien les metteurs en scène sont trop souvent dans l’abus de pouvoir. En fait, c’est quand le programme du bac a inclus Olympe de Gouges que cela nous a ouvert une porte au sein de l’éducation Nationale. Nous sommes intermittentes du spectacle et bénéficions de subventions ainsi que du “Pass culture”. Nous sentons que le fait d’aborder ces sujets par l’art théâtral permet de pouvoir toucher les élèves différemment des professeurs.”

Mais comment expliquer qu’instinctivement les filles et les garçons ne se mélangent pas lorsqu’elles/ils viennent assister au spectacle ? “ Du côté des filles, elles savent tout de suite de quoi il s’agit quand on leur parle d’inégalités, même si celles de Versailles n’ont pas la même compréhension que celles des cités. Mais les garçons, curieusement, ont partout les mêmes réactions, sans doute à cause de cette solidarité masculine qui nous semble toujours présente… Ils prennent continuellement mal nos propos, ne voient vraiment pas le problème, comme dans le cas de cette histoire d’homosexualité, et cherchent à défendre les hommes que selon eux nous attaquons. Ils disent qu’on parle trop de tout cela et qu’ils en ont assez. Ils vont même parfois jusqu’à défendre les assassins d’Olympe de Gouges ! Alors nous leur suggérons de déplacer leur colère vers ceux d’entre eux qui se comportent mal et non contre les filles ou les femmes…

Moïra Sauvage 50 50 Magazine

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