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L’inquiétant vocabulaire d’Emmanuel Macron  alors que les mouvements anti-avortement  sont plus vigoureux que jamais en France (RAPPORT) 

Le lendemain de l’anniversaire de la promulgation de la loi Veil, la Fondation des Femmes s’inquiète des mots utilisés par le Président Macron lors de sa conférence de presse, alors que les mouvements anti-avortement sont plus vigoureux que jamais. Preuve en est, le nouveau rapport de la Fondation des Femmes et de l’Institute for Strategic Dialogue (ISD) “Mobilisation anti-avortement en France : quand les réseaux sociaux menacent le droit à l’IVG.

Les mots ne sont pas neutres

La Fondation des Femmes rappelle que selon les spécialistes la baisse de natalité reste relative, qu’il n’y a pas de raison de s’en inquiéter. En revanche, les politiques publiques doivent permettre aux femmes de mener des maternités choisies, et sacraliser le droit à l’IVG dans la Constitution, en sécurisant son accès et celui à la contraception en menant des politiques ambitieuses pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Nous attendons également qu’elles œuvrent à créer les conditions d’accueil de nos enfants, dans un monde en paix, dans lequel leurs droits seraient respectés, sur une planète vivable.

Les enfants ne sont pas des armes au service de la nation. Le choix des mots du Président de la République alimente un discours belliqueux, faisant le lien entre la guerre, les armes et les enfants. Ce discours nataliste semble valider les théories dangereuses des mouvements anti-avortement qui prétendent que la natalité, supposée trop faible, serait encouragée par l’accès à l’IVG et à la pilule – alors que ceux-ci sont plus que jamais actifs sur les réseaux sociaux.

C’est ce que vient révéler une étude publiée ce jour par la Fondation des Femmes et l’ISD sur les méthodes des mouvements anti-avortement et l’utilisation des réseaux sociaux pour diffuser, amplifier et monétiser des contenus anti-avortement visant à dissuader les personnes d’y avoir recours. Une menace directe au droit à l’avortement dans notre pays.

Des conclusions sans appel : les mouvements anti-IVG se sont emparés avec efficacité des réseaux sociaux pour perpétrer leurs entreprises de dissuasion. 

Ces pages qui se présentent de manière trompeuse comme officielles diffusent des fausses informations visant à dissuader d’avorter (témoignages non vérifiables, graphiques et études bidons, photos et vidéos culpabilisantes).

L’étude démontre que ces contenus sont diffusés sans aucune difficulté, même sur YouTube qui dispose pourtant d’une politique claire pour lutter contre la désinformation sur l’avortement (contrairement à Instagram, X et Facebook). Pire encore, les testings effectués par l’ISD montrent le rôle actif des réseaux sociaux dans la propagation des contenus anti-IVG : les algorithmes de recommandation et autres fonctionnalités favorisent la circulation de ce type de contenu, y compris à l’égard des mineur.es. 

Ainsi, les testings effectués par l’ISD pour le rapport montrent que :

  • entre mai 2022 et juin 2023, Meta a réalisé en France un bénéfice estimé à 43 750 euros grâce à 199 publicités Facebook liées à des contenus anti-IVG, la grande majorité émanant de la page “IVG : Vous hésitez ? venez en parler !”. Ces publications ont généré environ 9,4 millions d’impressions; 
  • sur 135 publications de contenus dissuasifs sur l’IVG sur Facebook France, presque 40%  ont atteint des 13-17 ans; 
  • l’algorithme de YouTube a recommandé à plusieurs reprises des vidéos propageant de fausses informations sur l’avortement à des utilisat.eur.rices qui n’avaient pourtant regardé aucun contenu anti-avortement auparavant, y compris à des mineur.es
  • sur Instagram, un cinquième des “reels” les plus recommandés sur l’avortement contiennent : des fausses informations, des contenus promouvant des styles de vie « tradwife » et des contenus de santé alternatifs (fausses informations sur la pilule contraceptive par exemple) ; 

Alors qui sont les mouvements anti-IVG en France et quels sont leurs réseaux? 

Le rapport offre également une cartographie identifiant les principales mouvances actives dans la propagation de fausses informations. Si les pages anti-avortement ont été identifiées comme les principales émanatrices le rapport démontre que d’autres communautés d’intérêt – particulièrement coordonnées dans l’amplification de leurs messages – sont très actives comme certaines organisations de défense des personnes handicapées, les mouvements chrétiens, royalistes et collectifs d’extrême-droite (notamment les pages soutenant le parti Reconquête d’Eric Zemmour).

A l’issue du rapport, l’ISD et la Fondation des Femmes proposent 10 recommandations à l’égard des plateformes comme des pouvoirs publics pour une meilleure régulation et réactivité à l’égard de ces contenus attentatoires aux droits des femmes.

Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes : Les outils qu’offrent aujourd’hui les réseaux sociaux deviennent des armes entre les mains des anti-IVG. Il est temps que les pouvoirs publics réagissent face à ces menaces réelles que représentent les mouvements anti-IVG. Ce travail commun avec l’ISD établit clairement la stratégie de ces acteurs, y compris à l’égard des plus jeunes.

Cécile Simmons, chargée de recherche à l’ISD et rédactrice du rapport : “Les acteurs anti-IVG déploient des techniques de plus en plus variées pour atteindre de nouvelles audiences. Si des contenus ouvertement anti-IVG sont facilement identifiables, cette étude montre que ces acteurs produisent des contenus dissuasifs et choquants et déguisent parfois habilement leurs intentions. Amplifiés par les algorithmes des plateformes, ces contenus soulignent à quel point l’accès des internautes à une information fiable sur l’IVG n’est aujourd’hui pas garanti.

La Fondation des Femmes

 

 

 

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