Retraites Témoignages de manifestantes le 7 septembre 2010

Claudie Delaunay, assistante sociale

Manifestation du 7 septembre 2010, Paris.

« Les auxiliaires de vie et les aides-soignantes sont cassées avant d’atteindre l’âge de la retraite. De quoi vont-elles vivre avant 67 ans ? »

« Le projet du gouvernement sanctionne particulièrement les femmes. Quel que soit leur secteur professionnel, les mères de famille vont être perdantes. Elles sont déjà doublement sanctionnées par le fait d’avoir des carrières hachées parce qu’elles élèvent leurs enfants. Elles y perdent en salaires, elles y perdent au moment où elles prennent leur retraite. Et elles vont encore y perdre avec cette réforme qui va les contraindre à travailler jusqu’à 67 ans au lieu de 65 ans pour avoir le droit de toucher une retraite à taux plein. Dans le secteur de la santé et du social, beaucoup de femmes comme les auxiliaires de vie et les aides-soignantes sont cassées avant d’atteindre l’âge de la retraite. Avec la politique de non-remplacement des postes et de baisse des effectifs, elles ne peuvent pas partir plus tôt. Jusqu’à l’année dernière, il existait un dispositif de préretraite pour les personnes qui avaient commencé à travailler tôt et qui avaient cotisé 40 ans. Ce ne sera plus possible à présent. Ces femmes sont déjà très abîmées dès l’âge de 40-45 ans. De quoi vont-elles vivre ? Elles sont déjà jetées hors du système avant d’atteindre la retraite. Elles vivront d’indemnités maladie ou du RSA avant de toucher une pension minable ? Il faut construire une retraite à la carte selon le type de travail. S’occuper de personnes lourdement handicapées, c’est un travail dur physiquement et moralement. On ne peut pas attendre que ces salariées soient invalides pour leur permettre de partir à la retraite plus tôt. Cette pénibilité doit être reconnue, en impliquant davantage la médecine du travail. »

Mado Maurin, comédienne

La mère de Patrick Dewaere est comédienne. Elle touche une pension de 300 euros et continue de travailler.

Agée de 95 ans, Mado Maurin a tenu à participer à la manifestation du 7 septembre. Mère de Patrick Dewaere et de cinq autres enfants qui ont tous embrassé la vocation artistique, Mado Maurin a commencé à travailler à l’âge de 15 ans. Elle touche une pension de retraite de 300 euros et continue de travailler, notamment avec Laurent Baffie. Les yeux pétillants, elle souligne combien les artistes « donnent de la joie, du bonheur, qu’ils partagent avec le public. Mais leur métier n’est pas reconnu ». « Je suis ici pour dire qu’il ne faut pas de ségrégation, que la justice doit être la même pour tout le monde, qu’il faut partager les bénéfices », explique la vieille dame digne, arborant sur son fauteuil des panneaux mettant en garde contre le retour du fascisme. « Ma mère a connu le Front populaire puis la montée de l’extrême droite. Aujourd’hui, elle a très peur des propos xénophobes qui s’expriment dans cette politique sécuritaire. Sous prétexte de nationalisme, on éreinte les valeurs de partage », poursuit son fils Jean-François Vlérick, qui l’accompagne au milieu des manifestants.

Propos recueillis par Nadège Figarol EGALITE

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