Médias Écrire et agir : les saint-simoniennes, premières femmes journalistes

Dans les années 1830, des femmes liées au mouvement théorique et social saint-simonien décident de fonder un journal, La Femme libre. L’ancêtre de la presse féministe.

Écrire collectivement pour faire avancer l’égalité des sexes, l’idée n’est pas nouvelle. Au début du XIXe siècle, dans les années 1830, des femmes convaincues de l’égalité des sexes et de la nécessité de « l’affranchissement » des femmes se réunissent pour créer un journal, La Femme libre. Elles appartiennent toutes à l’école saint-simonienne, une école de pensée et de pratique socialiste utopiste qui prône le développement industriel et la coopération entre les classes et les peuples. Elles sont souvent considérées comme les premières féministes de l’histoire de France.

Elles ont pour nom Désirée Gay, Suzanne Voilquin, Marie-Reine Guindorf, ou sont tout simplement anonymes. Elles sont sages-femmes, couturières, lingères. Elles écrivent, dirigent et financent elles-mêmes leur journal, inaugurant un geste reproduit par des générations de femmes. Elles sont convaincues que les femmes « naissent libres comme l’homme », et parlent de droit, de liberté, de justice. De révolte et de résistance, aussi. En écrivant leur journal, elles entendent participer pleinement à l’activité de leur époque.

Écrire pour l’égalité, agir pour l’humanité, le projet est d’envergure, et en cela, les saint-simoniennes nous parlent au-delà de l’histoire. Elles nous parlent de leur position de femmes, particulière et universelle à la fois : elles parlent de coopération entre les sexes, et dès le premier numéro, rendent hommage à ces « hommes généreux » qui ont réclamé, aux côtés des femmes, des droits égaux entre les sexes ; mais elles parlent aussi et surtout de solidarité entre les femmes, et insistent sur la nécessité, pour ces dernières, de se tenir à l’écart de toute tutelle masculine.

Suzanne, Désirée, Jeanne-Marie ou Marie-Reine signent ainsi leurs articles de leurs seuls prénoms – cause et conséquence de leur indépendance vis-à-vis de leurs pères ou de leurs maris. Elles nous parlent également des rapports entre agir et écrire, de l’écrire comme agir : l’écriture se donne comme biais de réclamation, certes, mais surtout comme biais d’action, comme pensée positive : écrire, intervenir dans l’espace public pour se donner l’opportunité, peut-être, de construire un monde nouveau…

Pour aller plus loin :
Désirée Gay, Marie-Reine Guindorf, Suzanne Voilquin, Apostolat des femmes (La Femme Libre ; La Femme Nouvelle ; L’Affranchissement des femmes), 1832 – 1833.
Laure Adler, À l’aube du féminisme : les premières journalistes (1830 – 1850), Paris, Payot, 1979.

Bérengère Kolly EGALITE

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