Monde Las Bigotonas, les filleules mexicaines de La Barbe

Elles sont drôles, créatives et déterminées. Pour monter leur collectif, Las Bigotonas se sont inspirées de La Barbe, association de féministes françaises au système pileux postiche. Au Mexique, elles ont choisi les moustaches, et leur humour fait office de soupape dans un climat étouffant pour les femmes.

Guitte Hartog est diplômée en psychologie sociale et professeure-chercheure à l’Institut de sciences sociales et humanités de l’université autonome de Puebla.
Elle est également artiste plastique et mère d’une fille et trois garçons.
C’est elle qui a lancé la première invitation pour fonder Las Bigotonas et coordonne le collectif. Pour rire on l’appelle « la Bigotona mayor » ou « la Bigotona alpha ».

Vous vous considérez comme filleules de La Barbe….

J’ai entendu parler de La Barbe lors d’une conférence d’Eric Fassin (1) pendant un congrès sur les masculinités en Colombie en décembre 2008. J’ai tout de suite pensé que la version mexicaine pourrait se décliner avec des moustaches, symboles de la virilité révolutionnaire mexicaine.
Mais, ce qui m’a vraiment motivée à convoquer une première réunion de fondation en 2009 (2) fut l’emprisonnement des premières jeunes femmes à Puebla pour cause d’avortement. Nous, féministes, avons été très choquées.
L’avortement jusqu’à 12 semaines de grossesse a été légalisé à Mexico mais la riposte a fait monter la droite catholique dans tout le reste du pays et les lois se sont durcies contre les femmes. Puebla est située à deux heures de route de Mexico et il est dangereux pour une jeune femme de se rendre à l’hôpital pour une hémorragie ou une fausse-couche. Une enquête criminelle pour homicide est menée avant qu’elle puisse recevoir des soins… les femmes sont menottées dans certains cas.
Puebla est aussi reconnue pour être une plaque tournante de la traite des femmes et des enfants et un refuge pour les pédophiles.

La presse mexicaine parle-t-elle de vous ? Comment êtes vous perçues ?

Nous avons des amies journalistes Bigotonas qui nous appuient. Mais la couverture médiatique reste locale étant donné que nous ne sommes pas de la capitale.
Beaucoup de femmes ne veulent pas perdre leur image de femmes sérieuses, académiques, politiciennes et qui ont la tête sur les épaules… Alors que la situation est tellement étouffante au Mexique on nous voit avec plus d’affection, comme une soupape.

Comment êtes-vous organisées ?

Nous sommes une quinzaine mais une soixantaine participe de temps à autres aux actions. Beaucoup d’autres personnes nous appuient, mais restent dans l’anonymat…

De plus en plus de femmes et d’hommes participent à nos activités. Notre créativité nous permet d’entrer dans les hôpitaux, les écoles, les congrès académiques et les places publiques. L’humour nous donne beaucoup de liberté. Une vertu de plus en plus rare.
Nous vivons à Puebla. Mais nous avons des « complices » qui nous envoient de tout le pays leurs photos avec des moustaches pour nous appuyer. Lors de la campagne pour que les femmes puissent se vêtir comme elles le souhaitent, des hommes ont porté la minijupe pour nous soutenir.

Quels sont vos combats, vos valeurs ? L’humour paraît un de vos moteurs.

Nous sommes à la fois un groupe d’entraide, d’activisme et de réflexion… nous impliquons nos enfants, amis, conjoints…

A partir de nos frustrations, nous tentons d’élaborer concrètement des événements, des campagnes… Nous voulons secouer le machisme, les bonnes consciences, ce qui implique de défendre un Etat laïc, de lutter contre le despotisme politique.

Nos valeurs tournent autour de la liberté, de la créativité, de la solidarité, mais je crois que notre principal objectif c’est de survivre. Et grâce à l’humour, l’activisme et la complicité, de respirer dans cette ambiance étouffante…

Propos recueillis par Caroline Flepp – EGALITE

(1) Eric Fassin est sociologue, professeur agrégé à l’Ecole normale supérieure et membre de la direction de l’Institut Emilie du Châtelet.

(2) En août 2009, une première jeune femme de 20 ans a été arrêtée à Puebla suite à la loi Pro-famille adoptée en mars 2009.


Quelques installations des Bigotonas


Elles ont fait leurs premières sorties publiques comme Saintes Vierges moustachues avec des pancartes : « Pour qu’on respecte mon utérus… dois-je porter une moustache? » Puis ont commencé leurs installations, toutes plus créatives les unes que les autres.

Des cordes à linges pour ventiler la violence !

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Les boîtes de conserve pour dénoncer le marketing des services sexuels

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Une fausse campagne électorale…

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Une campagne sur la révolution selon Las Bigotonas

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La campagne Assez aux violences de l’Etat

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