Culture Claude Cahun, artiste du troisième genre

Une de mes charmantes professeures d’université appelait les vacances « la vacance ». Je n’aurai pu lui donner tort au vu du nombre exorbitant de magazines et tests de bas-étage que j’ai ingurgité cette année-là. Mais voilà, maintenant je travaille, et, comme vous, le week-end, je suis coincée à Paris.

La pluie a ruiné vos projets de bronzette dans les parcs ? Remédions à cela et faisons pâlir d’envie vos collègues face à la grande culture que vous aurez acquise durant leur congé. Je vous propose donc une promenade culturelle au musée du Jeu de paume pour y rencontrer l’œuvre photographique de Claude Cahun.

Claude Cahun est issue de la grande bourgeoisie excentrique du début du XXe siècle. Son véritable nom est Lucy Schwob. Elle choisit son pseudonyme lorsqu’elle commence à publier des textes dans les années 1910. Elle le veut neutre parce qu’elle ne veut être ni un homme ni une femme, et aspire à un « troisième genre » indéfini.

Réalisation et commentaire : Louise Gamichon

Claude Cahun est avant tout auteure. Elle publie un recueil de poésie en prose Vues et Visions, au Mercure de France en 1914. Elle écrit également des articles pour le journal de son père, Maurice Schowb qui dirige Le Phare de la Loire. Seuls ses proches ont accès à son travail photographique, qu’elle débute pourtant en même temps que la publication de ses premiers textes.

Contrairement à vous et moi, Claude Cahun n’avait pas besoin de travailler. Elle s’est donc consacrée à l’art et plus particulièrement au théâtre et à la photographie. Son oncle, Marcel Schwob, était écrivain symboliste. A Paris, elle fréquente le milieu culturel parisien, de Robert Desnos à André Breton, en passant par Pierre Morhange, Henri Michaux et Georges Bataille. Sans surprise, elle sera influencée par le symbolisme avant de s’intéresser au dadaïsme, au théâtre d’avant-garde et au surréalisme.

Mise en scène, dans la photographie comme dans la vie

Le théâtre est un lieu privilégié pour Claude Cahun. Elle se met en scène dans ses photos comme dans la vie : en 1929, elle fait partie de l’équipe du Plateau dirigée par Pierre Albert-Birot au sein de laquelle elle jouera dans quelques pièces d’avant-garde.

Mais l’apparence théâtrale de Claude Cahun ne se limitait pas aux planches. Tête rasée, cheveux colorés en doré ou en argenté, rouge-à-lèvres, son look androgyne ne passait pas inaperçu dans les rues de Paris. Autre « fantaisie », elle vivait avec son amour de lycée, Suzanne Malherbes, plasticienne au pseudonyme de Marcel Moore. Elles ont beaucoup travaillé ensemble sur des projets artistiques.
Cette relation homosexuelle est tolérée par la famille et l’entourage et Claude Cahun. Son père, Maurice Schowb, épouse en secondes noces la mère de Suzanne Malherbes, Eugénie. Claude et Suzanne sont surnommées « les deux sœurs » et considérées comme telles par leur voisinage.

Excentrique, artiste et surtout précurseure des questionnements sur le genre, Claude Cahun s’interroge en permanence sur l’identité sexuelle. Assister à l’exposition qui lui est consacrée, c’est donc plonger dans un univers révolutionnaire pour son époque, malgré le petit format des photographies présentées.

Louise Gamichon – EGALITE

Exposition jusqu’au 25 septembre

Musée du Jeu-de-Paume
1, place de la Concorde
75008 Paris
01 47 03 12 50