Articles récents Clionne slamme à cent à l’heure !

Clionne, slameuse de 26 ans, enflammée, engagée, gouailleuse, féministe.

J’écris depuis l’âge de 11 ans et j’ai toujours aimé faire de la scène. Toutes les occasions étaient bonnes pour monter sur scène. Un jour, des amis m’ont dit : « ça ressemble à du slam ce que tu fais », ça leur plaisait. Je me suis lancée. J’ai d’abord fait des étude de sociologie et de communication et maintenant je ne fais plus que du slam. J’écris, j’anime des ateliers et j’organise des scènes de slam. J’ai commencé le slam il y a 3 ans et demi, d’abord sur une mini scène dans un bar. Puis ensuite j’ai tourné dans beaucoup de scènes de slam dans Paris, où il y a chaque fois une ambiance différente mais toujours un esprit bienveillant.

Pour moi le slam c’est un moment de partage poétique et une façon de s’exprimer, de faire passer des messages. Il n’y a pas des règles stylistiques, des thèmes imposés, l’important c’est le partage. J’ai fini par créer deux scènes, une mensuelle « la Slam’ botte » et une autre plus occasionnelle «  la Slamour », sur le thème de l’amour, de l’érotisme, du cul.  C’est la seule scène en France sur ce thème et ça permet à tou-te-s, même aux femmes, de s’exprimer sur ces sujets-là qui sont d’habitude un peu tabous. Et elles sont d’ailleurs nombreuses à parler de leur refus des stéréotypes et à s’interroger sur le féminin et le masculin. Pour ma part, il s’agit, via le slam, de faire passer une parole de jeune femme moderne, hors des cadres sociaux imposés, de montrer qu’il y a un nouvel élan, que les choses changent en positif, que les jeunes femmes d’aujourd’hui sont féministes, même si elles ne le disent pas comme ça.

Le slam est assez égalitaire, il y a des filles comme des garçons. La réaction des hommes est globalement positive par rapport à mes textes. Quand je parle de cul, parfois les gars me demandent si c’est de moi dont je parle, ils sont intrigués, mais souvent ils trouvent que ça fait du bien d’entendre une fille parler comme ça.

Je suis un « patchwork » de tous mes textes dans lesquels j’aborde des sujets très divers, mais je suis très attachée à la notion de l’égalité femmes/hommes. Je ne supporte pas que quiconque soit réduit à son sexe biologique ou à son orientation sexuelle. Je refuse les diktats imposés par une société patriarcale, qui impose aussi des choses aux hommes, d’ailleurs.

Je suis féministe équitariste, pour moi ça veut dire, par exemple dans le couple, choisir les tâches domestiques en fonction des préférences et du temps disponible de chacun, vouloir aider l’autre, qu’il n’y a aucune tâche définie selon les stéréotypes. Peut-être suis-je optimiste, mais j’espère voir arriver le jour où nous n’aurions plus à dénoncer les inégalités car elles n’existeront plus. Pour ça il faut tout miser sur l’éducation et le slam y participe . Les femmes sont encore discriminées, elles intègrent alors le fait qu’elles sont des victimes et non des individus à part entière et ça crée des effets pervers.

Il faut dire aux petites filles qu’elles sont fortes et qu’elles peuvent faire tout ce qu’elles veulent et que derrière le système suive, les soutiennent. Car même si on progresse, il reste encore du machisme  bien sûr ! Par exemple, quand une fille parle de sexe librement ça dérange, elle devient une « coquine » ou une « chaudasse ». Et quand deux filles s’embrassent, les hommes s’agglutinent comme si elles le faisaient pour leur plaire à eux. A la fois on réduit les femmes à leur corps, mais dès qu’elles parlent de leurs désirs, de sexe, du fait qu’elles ne sentent pas tous les jours la rose, ça choque les mecs. Bon, y a encore du boulot mais j’espère devenir une slameuse reconnue pour faire passer ma vision des choses et mes messages tour à tour poétiques, réalistes, révoltés et féministes !!

 

Propos recueillis par Emmanuelle Barbaras 50-50