Articles récents \ France \ Société \ Portraits Fawzia : la reconstruction après les violences

Fawzia a aujourd’hui 27 ans. Mariée à 23 ans avec un homme de 9 ans son aîné, les coups ont commencé dès que son mari a su qu’elle était enceinte, quatre mois après son mariage… d’une fille. Grâce à l’association Du Côté des Femmes, elle s’est peu à peu reconstruite.

Le désir de Fawzia était de faire une formation de technicienne agricole mais elle n’a pu finir ses études car sa mère voulait qu’elle travaille pour rapporter de l’argent le plus vite possible.

Elle l’oblige aussi à faire le ménage chez sa sœur. Elle n’a aucun droit au repos, elle n’a pas le droit non plus de parler aux voisin-e-s, «j’ai été traité comme une esclave» soupire Fawzia.

Enceinte, son mari lui tape sur le ventre, les insulte sont fortes : «tu n’est qu’une pute», son beau-père l’agresse aussi. Elle raconte que les propos de son beau-père sont encore plus durs à entendre.

Son mari lui refuse le droit d’avoir des amies, le droit d’aller à Paris voir son frère, le droit d’utiliser le téléphone alors que c’est elle qui l’a acheté, comme la plupart des meubles de leur appartement.

Et puis l’enfant naît.

Elle ne reçoit pas d’argent du père de sa fille, il refuse de lui acheter des vêtements, il préfère en acheter pour le fils de sa sœur. Il refuse également de s’occuper du bébé, de lui changer ses couches, de lui donner à manger. Leur appartement est au nom de monsieur alors qu’elle travaille dur, tous les jours, de 6h du matin à 10h puis de 16h à 21h pour rembourser le crédit. Elle voulait voir un notaire pour mettre l’appartement à son nom à elle, mais il l’en a empêché.

A trois mois, il frappe le bébé sur le ventre avec un livre, elle appelle la police qui ne fait strictement rien à part croire son mari qui nie les violences. Fawzia pleure en racontant ce qui reste un traumatisme pour elle.

Sa mère lui répète que la DASS va lui prendre son enfant.

Et puis un jour, il la frappe violemment au visage. La petite fille crie, son père la pousse rageusement. Alertée par des voisin-e-s, la police arrive, sort Fawzia des toilettes où elle s’est réfugiée en pyjama et l’emmène au poste où elle rencontre médecin et assistante sociale. Mais, la police refuse de prendre sa plainte car il est 17h, une heure trop tardive pour prendre les plaintes ! Fawzia se retrouve à l’hôtel avec sa fille, elle doit acheter des vêtements pour elle et la petite. Au bout de trois jours, la police revient tout de même pour l’aider à récupérer ses affaires.

Elle est hébergé par son frère à Paris puis par l’association du Côté des Femmes. Elle peut commencer alors sa reconstruction.C’est grâce à cet hébergement qu’elle obtient la garde de sa fille. «Il y a tout dans les appartements, tout ce qu’il faut pour les enfants, pour nous. Les organisatrices ont pensé à tout. Il y a des soirées, des sorties, des repas organisés», explique la jeune femme qui a réappris la confiance, les relations sociales, l’amitié.

Mais elle est obligée d’emmener sa fille voir son père, parfois même pour rien ! Elle doit la lui confier pendant les vacances, même si la fillette refuse, vomit, a de la fièvre, pleure lorsqu’elle sait qu’elle doit se rendre chez lui. L’enfant reste traumatisée. Le juge n’a pris en compte ni le traumatisme de l’enfant ni le fait que son père ne l’appelle jamais, ne lui fête pas ses anniversaires, refuse de verser une pension etc.

Aujourd’hui, Fawzia se sent mieux, regrette seulement de ne pas être partie dès que son mari a commencé à la frapper. Elle a réussi à se reposer depuis qu’elle est hébergée par du Côté des Femmes. L’association l’a beaucoup aidé dans ses démarches pour obtenir un logement, pour remplir ses papiers, pour trouver du travail.

Et Fawzia après être restée 1,5 ans à l’association, a un travail, possède son propre appartement.

Une belle victoire pour elle.

Caroline Flepp 50-50 magazine

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