Articles récents Lisa Azuelos : « Ensemble contre la gynophobie»

Lisa Azuelos est la présidente de l’association «Ensemble contre la gynophobie». Très engagée dans la lutte pour les droits des femmes, elle fut l’instigatrice en France du mouvement «Bring back our girls» et aux États-Unis de celui de « Free the nipple ». Pour le 8 mars 2014, elle a réalisé le film 14 millions de cris condamnant les mariages forcés. C’est à la suite de cette action qu’elle s’est aperçu qu’il manquait un mot dans la langue française : gynophobie.

Qui ne dit mot consent. Mais si le mot n’existe pas on consent de force et de fait… C’est pourquoi  il me fallait agir. A ma manière. Un jour quand on a déjà réalisé plusieurs de ses rêves, on se dit que l’on ne peut pas rester les bras croisés face au sort de la moitié de l’humanité. Alors, face au constat qu’il n’existe pas de mot neutre pour qualifier les violences et discriminations que subissent encore, et tous les jours, les femmes partout dans le monde, j’ai crée le mot gynophobie qui signifie avec ses racines gyno, en grec femme et phobie peur, mais aussi aversion, et mon association Ensemble contre la gynophobie.

Après avoir consulter des juristes et des sémiologues, je me suis bien rendue compte que le mot de misogynie ne pouvait pas englober des situations si différentes dans les violences dont sont victimes les femmes partout dans le monde, et surtout que l’on ne peut finalement pas aller en prison pour misogynie. Le mot de gynophobie, peut lui, englober des réalités telles que se faire traiter de «salope» dans la rue , comme ça vite fait, à se faire lapider ou exciser dans des pays où l’on a un peu moins de chance qu’ici. Ma volonté est de créer une dynamique homme femme  pour faire émerger le mot gynophobie, pour observer et condamner les actes gynophobes pour ce qu’ils sont. Les féministes le font déjà mais beaucoup d hommes et de femmes ne se sentent pas féministe sans pour autant être d accord avec le statut de la femme dans le monde.

logo-gynophobie-01

Faire bouger les lois

Il fallait aussi que la honte et le malaise change de camp. Qu’on arrête de parler des victimes et qu’on montre du doigt les coupables. Le mot gynophobie aide à tracer cette ligne claire. Il pourra également répertorier comme tels les actes gynophobes, faire changer les mentalités et même aller plus loin et faire bouger les lois.

En faisant des recherches, nous nous sommes rendu-e-s compte que le mot homophobie est sorti en 1979, après pas mal de combats, aux Etats-Unis et que les premières lois datent de 1982. Donc, pour avoir des lois dignes de ce nom, il faut qu’il y ait un mot digne de ce nom. Or, nous nous n’avons pas le mot qui puisse protéger les femmes. Il y a des choses qu’on ne peut pas créer parce que le mot n’existe pas. Il y a des actions légales qu’on ne peut pas avoir et on souffre cruellement de ce manque-là, au niveau même légal.

C’est pour ouvrir un peu le débat et juste dire : «Qu’est-ce qu’on fait pour les femmes aujourd’hui ? » «Qu’est-ce qu’on fait pour l’humanité ?», « Qu’est-ce qu’on fait pour le féminin, aujourd’hui ? ».

Le 11 mai, sort un livre collectif aux éditions Stock, que j’ai dirigé avec des auteurs tels que Jacques Attali, Marie Darieussecq, Delphine Horviller, Loubna Abidar, Isabelle Steyer et bien d’autres où il est question de gynophobie. Chacun-e de ces auteur-e-s nous apporte son éclairage sur ce mot et sur ce qu’il peut apporter aujourd’hui.

Et le 16 mai, je remets pendant le prochain festival de Cannes, un prix, soutenu par la fondation Kering, qui récompensera un court métrage qui traite de gynophobie.

Lisa Azuelos

Lisa Azuelos a réalisé Comme t’y es belle, LOL, Une Rencontre. Elle est également productrice et scénariste. Actuellement en tournage, du biopic sur Dalida.

Vous pouvez, jusqu’à la fin du mois d’avril envoyer vos films, de moins de 5 minutes, tous formats, de tous types qui puisse répondre à la question « C’est quoi la gynophobie pour toi ?» . Toutes les informations sur notre plateforme artistique qui regroupe les films, textes et photographies qui parlent de gynophobie.