Économie Où est l’argent pour les droits des femmes ? Une sonnette d’alarme 3/3

Le Fonds pour les Femmes en Méditerranée a participé au rapport  « Où est l’argent pour les droits des femmes ? Une sonnette d’alarme. » Caroline Sakina Brac de La Perriére, directrice du Fonds, s’interroge depuis  longtemps sur les blocages qui empêchent les femmes de se donner les moyens (financiers) de leur ambition.

 

Comment expliquez vous ce problème des femmes avec l’argent ?

Nous femmes sommes dominées, notre conscience est envahie par celle du dominant. Nous avons intégré la domination, basée sur l’idée que nous n’avons pas de valeur . A partir de là, même lorsque nous avons pris conscience de cette domination, il nous est difficile de valoriser pleinement ce que nous sommes et faisons. Si nous prenons le cas des associations travaillant sur les droits des femmes, elles demandent pour le bien commun, mais pas pour leur propre fonctionnement. A l’instar du reste de la société, les militantes ont du mal à considérer leur force de travail comme ayant une réelle valeur et se débrouillent, elles sont souvent bénévoles ou sous payées…

Nous avons été élevées pour nous occuper des autres, pour faire de multiples tâches de façon bénévole et nous continuons en tant que militantes. Nous continuons à ne pas avoir suffisamment d’ambition financière pour nos propres projets. Nous voulons changer le monde mais nous ne nous donnons pas les moyens (financiers) de notre ambition.

Dans les années 70-80, les associations féministes se débrouillaient avec des bénévoles. Dans les années 80, de grosses structures ont émergé comme le CNIDFF ou le MFPF. L’Etat a été sollicité, des militantes ont été salariées, ce sont des financement qui semblent légitimes, on est en droit de les demander en tant citoyen-ne-s. Or, ce n’est pas suffisant, le ministère des Droits des femmes a un budget très faible, et ce ne sont pas les seuls financements existants. Les associations n’ont pas assez d’audace dans leur recherche d’argent parce que cela leur est difficile de dire « Regardez comme ce que je fais est bien et bon pour la société ».

 

Les femmes sont-elles de bonnes donatrices pour les autres femmes ?

Les femmes ne demandent pas pour elles- mêmes, elles ne donnent pas non plus pour elles. Comme nous n’avons pas de valeur, nous ne pouvons donner pour notre cause, pour ce qui nous concerne. Nous nous en sommes rendues compte en faisant une étude sur les donatrices. Les femmes représentent 60 % des donateurs, elles sont généreuses pour toutes les causes, mais pas pour la cause des femmes, qui les concerne directement. Cependant lorsque l’on entreprend de faire un travail de sensibilisation, elles finissent par donner. Mais dans certains cas lorsqu’on a demandé « pourquoi ne donnez vous pas pour les femmes ? », on a eu la réponse « parce qu’on me l’a pas demandé ».

 

Que faire pour aller plus loin ?

Il faut continuer à tirer la sonnette d’alarme. Nous ne nous sommes pas libérées dans notre relation à l’argent, le rapport devrait nous aider à aller plus loin.

Nous devons interpeller les femmes qui sont en situation de pouvoir sur le fait qu’elles ont à la fois une dette vis à vis du mouvement des femmes, qui leur a permis d’être là où elles sont et une responsabilité.

Il faut aussi travailler sur l’estime de soi, multiplier les formations féministes afin d’aider les femmes à se libérer de cette représentation négative d’elles mêmes.

Nous ne savons pas valoriser notre travail. Les femmes sont dans l’oubli de soi, le don de soi, y compris les militantes féministes. Un grand nombre d’entre elles finissent pauvres et malades, alors que c’est grâce à elles que le monde change.

 

Propos recueillis par Caroline Flepp 50-50 magazine 

Article déjà publié le 5 octobre 2016