Articles récents Bienvenue chez les masculinistes : misogynes et anti-féministes

En septembre 2004, un homme déguisé en Batman escalade la façade de Buckingham Palace, d’où il déploie une banderole : « Les superpapas de Fathers-4-Justice luttent pour voir leurs enfants. » L’action fait connaître mondialement une lutte menée en faveur des droits des pères divorcés. Ne représentant qu’une minorité de la population, ces traditionalistes, machos décomplexés, prétextant leurs droits de pères, ont réussi à se faire entendre. Derrière une rhétorique à première vue légitime, leur combat s’en prend aux droits des femmes.

Depuis plusieurs années, les masculinistes, dans la même ligne que les homophobes décomplexés de la Manif pour tous ou l’anti-choix affiché de l’association Sens Commun, s’épanouissent. Après avoir prospéré aux États-Unis, en Australie et au Canada, les mouvements de défense des droits des pères s’imposent aussi en Europe, en réaction au féminisme et aux avancés qu’il a permises aux femmes.

Selon les masculinistes, le féminisme aurait forcé les hommes à changer.  Depuis, ceux-ci se sentiraient dépossédés de leur identité et de leurs droits. La liste des injustices dont ils souffrent est longue : discrimination positive au travail en faveur des femmes, préjugés favorables aux mères en cas de divorce, fausses allégations de violences ou d’inceste, pensions alimentaires disproportionnées etc. Les arguments utilisés sont majoritairement reliés à l’émotionnel et à l’identitaire ; probablement parce que, toutes les études démontrent que les inégalités entre femmes et hommes sont toujours favorables à ces derniers. Leur rhétorique est dangereuse, s’appuyant sur des données souvent non sourcées, détournant des rapports à leur avantage. Anne-Marie Devreux, sociologue, chargée de recherche au CNRS, résume leurs pensées en faisant référence à  » un discours de dominants « .

 

Il n’y a pas d’égalité des sexes, les femmes ont pris le pouvoir!

Le masculinisme relève d’une forme d’androcentrisme et d’antiféminisme. Très bien organisés, les masculinistes considèrent que les féministes seraient allées trop loin et que les femmes sont en réalité celles qui ont le pouvoir dans la société actuelle. Ils accusent les féministes de ne parler que de violences faites aux femmes, en oubliant qu’il y a également des hommes battus et des  hommes violés. Il dénonce un « empire du ventre » et une « domination matrile » (1). Le masculinisme ne se contente pas de nier l’existence du patriarcat ou d’affirmer que l’égalité des sexes serait déjà acquise ; il dénonce l’inversion de l’ordre de domination de la société. Pour eux, les féministes auraient renversé le patriarcat pour installer le matriarcat.

Des années de féminisme et de luttes pour l’égalité des droits et l’émancipation des femmes auraient causé du tort aux hommes assaillis par un profond mal-être. Face à la perte de leur virilité, il faut sauver les hommes (hétérosexuels)…

Pour la sociologue Pascale Molinier,  » cette crise cache également un processus d’euphémisation des souffrances féminines. Contrairement à ces dernières, les formes masculines de décompensation sont spectaculaires et bruyantes: rixe, sabotage, surendettement, violences domestiques, suicides. Quant à la souffrance des hommes dominants, ce n’est rien de dire qu’elle fait recette. « Le stress des cadres » a fait couler plus d’encre ces dernières années que celui des caissières d’hypermarché. En pointant la vulnérabilité des hommes ne risque-t-on pas d’avaliser l’idée, bien commode pour le maintien de l’ordre social, que les femmes sont formidables dans l’adversité ?  »

Beaucoup de femmes ont elles-mêmes intégré ce discours sur la « crise de la masculinité ». Elles culpabilisent, ont le sentiment de mettre la barre trop haut, d’en demander beaucoup, de vouloir trop.

 

La cause des pères : la rhétorique du déguisement 

Les masculinistes demandent l’égalité dans la coparentalité, affirmant que les pères seraient maltraités. Le mouvement des pères a été créé pour soutenir les pères de famille soit-disant systématiquement lésés par les jugements de divorce, la garde des enfants étant dans 80% attribuée à la mère. En réalité, dans 90% des divorces, le juge entérine un accord entre les parents. Les pères acceptent en majorité que la garde soit confiée à leur ex-femme. Un désaccord entre les parents survient dans seulement 10% des divorces et ce désaccord porte à 90% sur le montant de la pension alimentaire. Il est donc très rare, que les pères demandent la garde des enfants, contrairement à ce que font croire les masculinistes.

La «souffrance» des pères spoliés du droit de s’occuper de leurs enfants est donc très suspecte. Étonnamment, cette douleur apparaît essentiellement lors de la séparation du couple. « Quand les hommes parlent «au nom de leurs enfants», c’est souvent contre les femmes. La dépossession des pères de leurs droits est complètement mythique. Ils oublient que la responsabilité parentale implique aussi des devoirs » expliquent Anne-Marie Devreux.

« Ces hommes n’aiment pas tant que ça leurs enfants, mais ne veulent simplement pas que leur femme ait plus de droits qu’eux » ajoute J. Guérin journaliste au Nouvel Observateur.  » En réalité, la crise de la masculinité ne surgit que parce que les hommes sont en train de perdre leurs privilèges. »

La défense des hommes « piégés » par un paternité non désiré est un autre combat masculiniste. De leur points de vue, la contraception est uniquement entre les mains des femmes et les hommes sont victimes de la volonté des femmes de devenir mères. Le cliché misogyne de la femme vénale qui se sert de ses charmes pour arnaquer des hommes crédules est également largement répandu. A l’instar des pères divorcés soutenus juridiquement par des associations telles que SOS Papa pour éviter de payer la pension alimentaire, les pères  » piégés » ne se manifestent que lorsqu’on menace de toucher à leur portefeuille.

A l’inverse, les hommes seraient victimes des femmes qui ne souhaiteraient pas avoir d’enfant et qui interrompraient leur grossesse contre la volonté de leur partenaire. En 2002, un homme a tenté de faire obstacle à l’avortement de sa partenaire devant la Cour de justice de l’Union européenne dans l’affaire Boso v. Italie. Aux Etats-Unis, avec les « Fetal Homicide Laws », des hommes ont pu faire condamner leur partenaire pour avoir mis en péril leur grossesse.

La masculinité est en « crise » et les « vrais » hommes, sont devenus des perdants. Symboliquement castrés, ils ont perdu leurs repères identitaires et leur place dans la société. Sous cette rhétorique se cache en réalité la nostalgie d’une époque où les femmes étaient soumises.

 

Des hommes victimes de violences : la rhétorique de l’inversion 

Lorsque les masculinistes s’apitoient sur le sort des hommes victimes de violences, c’est en réalité pour mieux s’attaquer aux femmes qu’ils jugent responsables de leur malheur.

Aux dires des masculinistes, les chiffres des violences faites aux femmes seraient truqués par les féministes qui auraient fomentées un complot contre les hommes. Il y aurait autant d’hommes victimes de violences que de femmes. Les violences faites aux hommes seraient moins visibles car ces derniers n’oseraient pas porter plainte, les policiers et les magistrats ayant tendance à douter de la véracité de leurs témoignages. Enfin les violences subies par les hommes seraient pour la plupart psychologiques et donc plus difficiles à détecter que les violences physiques.

Pire encore, les femmes, manipulatrices, pousseraient leurs partenaires à la violence, pour demander le divorce  ou obtenir la garde des enfants. Il y aurait une symétrie de la violence, une coconstruction de la violence dans le couple. L’homme et la femme seraient autant responsable du « dérapage » violent dans le couple.

La rhétorique masculiniste entretient volontairement la confusion entre les termes « conflit » et « domination ». Le conflit implique une réciprocité alors que la domination s’exerce dans un seul sens et vise à assujettir l’autre. Avec ce raisonnement, les masculinistes entendent justifier les violences conjugales et minimiser la responsabilité des hommes. Ils s’activent à protéger judiciairement les hommes violents et à empêcher la condamnation des violences physiques et sexuelles faites aux femmes.

Visiblement les masculinistes ont touché le fond mais continuent à creuser.

 

Mailys Ardit 50-50 Magazine

1 « Contre le masculinisme, guide d’autodéfense intellectuelle », Collectif Stop le masculinisme, 2013