Portraits Il y a un an mourait Izabela Jaruga-Nowacka, féministe polonaise

Avec le président Polonais, Lech Kaczynski, 96 personnalités polonaises sont mortes dans l’accident d’avion survenu il y a un an, le 10 avril 2010, à Smolensk en Russie.

Parmi elles, Izabela Jaruga-Nowacka une belle figure féministe de l’opposition. Une opposante courageuse, qui a toute sa vie combattu les discriminations et les violences faites aux femmes et s’est tenue auprès des gays et des lesbiennes. « Chaque citoyen a le droit de choisir son mode de vie », disait-elle.

Née à Gdansk, la ville de Lech Walesa, elle avait 59 ans.

A ses côtés dans l’avion présidentiel, une autre femme dont les journaux français n’ont également rien dit il y a un an, trop occupés à brosser un portrait lisse du président polonais, Anna Walentynowicz, co-fondatrice de Solidarnosc avec Welesa.

La première fois que j’ai rencontré Izabela, c’était en 1991. Accompagnée d’une chercheuse française, nous étions à Varsovie pour établir des ponts entre les associations de femmes polonaises et françaises. Les Polonaises étaient en train de perdre le droit à la contraception et à l’avortement. L’Eglise polonaise toute puissante, arrogante commençait à faire payer sa participation à la chute du communisme en Pologne et son appui à Solidarnosc. Ultra-conservatrice, elle s’est surtout attaquée aux droits des femmes.

Izabela était très belle, élégante, sympathique et simple. Elle avait un réel charisme. En 1991, elle était présidente de la Ligue des femmes polonaises, un puissant mouvement issu des années du communisme.

Elle commence sa carrière politique au début des années 90. Elle est députée au Sejm, le parlement polonais, de 1993 à 1997, puis de 2001 à sa mort. Elle était membre du Sojuszu Lewicy Demokratycznej, parti social-démocrate de gauche.

De 2001 à 2004, elle est également secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, une institution supprimée par Lech Kaczynski, fondateur du très conservateur Prawo i Sprawiedliwość (Droit et Justice), dès son arrivée au pouvoir en octobre 2005. Elle est à l’initiative d’un Plan national d’action pour les femmes, et d’une loi sur la prévention des violences domestiques.

De 2004 à 2005, elle est vice-Première ministre, chargée de la mise en œuvre de la politique sociale. Haut personnage de l’Etat polonais elle avait participé en 2004 à la quatrième Gay Pride (parade pour l’égalité) à Varsovie, malgré l’opposition du maire de l’époque, Lech Kaczynski, homophobe, à qui elle s’opposera toujours avec ténacité.

« Je ne renoncerai pas à mes valeurs, à ma vision des droits de l’homme, à ceux des femmes et ceux des homosexuels », avait-elle déclaré en 2005.

Elle était croyante, peu en Pologne le savait. Discrète elle cachait tout de sa vie privée. Et si elle luttait farouchement pour les droits des femmes et principalement pour les droits sexuels et reproductifs, elle avait refusé une IVG pour elle-même lorsqu’elle avait découvert qu’elle portait un bébé handicapé.

La dernière fois que je l’ai vue c’était en 2001, elle était là, disponible comme toujours, invitée à une réunion organisée par une fondation française.

Il y avait une foule énorme à l’église le jour de son enterrement.
Beaucoup de personnalités et d’inconnu-e-s, de nombreux jeunes, qui venaient lui signifier leur gratitude d’avoir si longtemps lutté pour les droits fondamentaux des femmes. L’ensemble de la gauche polonaise, des sociaux-libéraux à l’extrême gauche du Polska Partia Pracy (Parti polonais du travail) était présente aux funérailles d’Izabela.

La chanson qu’on y a joué ce jour froid d’avril était à son image. Elle disait : « J’aime la vie. »

Caroline Flepp – EGALITE