Clara Magazine Grandes singes, se regarder au fond des yeux

Article publié dans Clara Magazine n° 132, juillet-août 2012

Bonobo group hug

© LaggedOnUser – Flickr.

 

Nous avons en moyenne 97 % de notre patrimoine génétique en commun et pourtant l’intervention humaine n’a cessé de mettre en péril la survie des grands singes. « Ils sont les représentants modernes de l’ancien groupe des pongidés, dont l’homme a émergé il y a 4 ou 5 millions d’années. Parce que, comme les autres grands singes, les orangs-outans nous ramènent à nous-mêmes, à nos origines et à notre évolution, il faut les sauver » appelait encore de tous ses vœux en 1999 Biruté Galdikas, primatologue, spécialiste des orangs-outans(*). Souvent caricaturés, présentés de façon primitive dans des rôles dominant/dominé où la femelle serait comme d’habitude passive, offerte, et le mâle compétiteur se taperait sur le torse. La réalité est plus complexe qu’il n’y paraît dans une vie de grand singe.

Le bonobo, peace and love and sex equality (1)

Le cas le plus flagrant de renversement de la domination masculine chez les mammifères, et particulièrement chez les singes, est celui des bonobos. Ils sont sans conteste les animaux les plus proches de l’humain (98% de patrimoine génétique en commun) mais les femelles sont… dominantes. Les rapports sexuels règlent tous les rapports sociaux dans toutes les configurations : bi-sexualité, homosexualité, multipartenaires. Les femelles et les mâles ont la même taille, environ 1 m. Dans un rapport égalitaire, les bonobos cherchent la nourriture ensemble mais ce sont les femelles qui la répartissent. Voilà un groupe où l’entraide est totale entre les femelles. Souvent, les tantes prennent en charge les petits, elles organisent des espèces de crèches. Il n’y a aucun conflit sexuel et pas de compétition. Les bonobos n’ont qu’un tabou : l’inceste.

Monsieur orang-outan n’est pas un marrant

Seul grand singe qui ne vient pas d’Afrique, l’orang-outan vit à Bornéo et Sumatra. Arboricole solitaire, la femelle vit seule dans les arbres. Elle ne rencontre les mâles qu’une dizaine de fois par an. Elle n’a que 4 ou 5 enfants qu’elle élève seule sans contrainte. Elle transmet seule le savoir. Pour son malheur, madame est plus petite physiquement – 1,10 m et 45 kg – que monsieur -1,40m pour 80 kg, avec une musculature moins développée. On note de la violence dans les relations sexuelles lors de la saillie. Certains éthologues sont allés jusqu’à parler de viol devant l’assaut et la violence du mâle. Cependant on n’a aucune certitude sur le ressenti comme tel de la femelle. En dehors de la reproduction, il n’y a aucune dominance des mâles, ils sont inexistants dans la vie des femelles en terme de rapports sociaux.

Le gorille, mon bon roi et sa cour

Les gorilles vivent en troupeau. 4 ou 5 femelles – 150 kg – vivent autour d’un mâle dominant – 275kg – que l’on nomme gorille à dos argenté. Il est grand, fort adulé et honore les femelles une fois tous les 3 ou 4 ans. Les gorilles sont herbivores, ils passent donc l’essentiel de leur temps à se nourrir. Dian Fossey a pour la première fois mis en avant le fait que ce sont les femelles qui choisissent le groupe dans lequel elles vivent et peuvent en changer pour un mâle plus attrayant. Cependant elles prennent le risque de voir leur petit être assassiné par le nouveau prétendant qui souhaite pouvoir le remplacer pas sa propre descendance.

Les chimpanzés, ces agités

Ils vivent dans un groupe où mâles et femelles ont des rapports multiples. Il n’y a pas de couple. Les femelles vivent ensemble, s’entraident et il n’y a aucune concurrence entre elles mais également peu d’association. Les hiérarchies se font par sexe. Les mâles restent dominants entre eux. Seules les femelles migrent mais gardent des liens avec leurs enfants, parfois à l’âge adulte, qu’elles continuent de reconnaître. Il est plus proche du bonobo que des autres grands singes, un frère moins pacificateur, au caractère moins conciliant.

 

Carine Delahaie avec l’aide du Dr Marie-Claude Bomsel – Clara Magazine

(*)Libération, 19 janvier 1999, entretien

(1)Paix et amour et égalité des sexes