DOSSIERS « L’objectif est la parité qualitative »

Danielle Bousquet, ancienne député des Côtes d’Armor, aujourd’hui Présidente du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes, apporte son regard sur les élections municipales des 23 et 30 mars dernier.

Que pensez-vous des résultats des élections municipales en termes de parité ?

Plus de 85% des Français ont voté pour des listes paritaires.
On a 48,2 % de femmes dans les conseils municipaux, soit 5% de plus par rapport à 2008. Concernant les conseils communautaires, 43,7% de femmes ont été élues pour les communes de 1000 habitants et plus, soit 20 points de plus. Ce dernier chiffre est intéressant car beaucoup de décisions se prennent à ce niveau-là. Mais être élues conseillères communautaires ne vaut pas élection à la tête des intercommunalités là où réside le plus de pouvoir… En effet, une autre question se pose : quelles sont les responsabilités des femmes au sein de ces assemblées, dans les exécutifs et au sein des délégations ?
Le nombre des femmes maires a régressé  mais nous pouvons néanmoins nous réjouir que trois grandes villes ont à leur tête une femme, soutenue par des hommes d’avant-garde : Nantes, Rennes et évidemment Paris. Ce sont pour moi des modèles à suivre.
Si nous atteignons peu à peu une parité quantitative dans ces instances, la parité « qualitative » est encore loin d’être atteinte. Par exemple, la liste des adjoint-e-s doit être paritaire. Mais quelles délégations seront allouées aux femmes et aux hommes ? Les affaires sociales ou la petite enfance aux premières, les finances et l’urbanisme aux seconds ? C’est à ce niveau-là que l’on peut encore largement progresser. Je suis optimiste. Il y a des avancées. Je me souviens d’une réunion avec les services municipaux de la ville de Nantes. Une femme avait été nommée adjointe aux travaux publics. A son arrivée à ce poste, tous les hommes présents ont ouverts de grands yeux. Mais ensuite tout s’est bien passé, elle a été parfaitement bien acceptée. Il n y a donc aucune raison à ce que l’attribution non stéréotypée des délégations n’avance pas plus vite.

Peu de femme ont été élues maires,  nous sommes même en régression par rapport aux élections de 2008. Faudrait-il encore une loi pour y remédier ?

Cela semble compliqué d’un point de vue juridique car quels seraient les moyens pour arriver à la parité y compris dans l’exécutif ?
Il semble qu’il reste encore une possibilité, celle soutenue par l’un de nos membres, Vincent Feltesse, d’avoir un premier candidat sur la liste de sexe opposé à la personne tête de liste, envisageant ainsi d’avoir un binôme paritaire à la tête des villes (un maire et une première adjointe ou une maire et un premier adjoint). Malheureusement, ajouté au projet de loi relatif à l’égalité femmes-hommes et adopté en janvier par l’Assemblée nationale, l’article 18 bis a été supprimé par le Sénat le 17 avril.
Les évaluations des lois dites de la parité montrent bien que sans contrainte, sans sanction, il n’y a pas ou très peu de progrès. Or, dans le cadre des élections municipales, contrairement aux élections législatives, l’outil de la sanction, de la retenue sur la dotation publique, ne peut pas être appliqué.
De toutes les façons, on voit bien que les sanctions financières ne sont pas suffisantes.
Je le redis, aujourd’hui, l’objectif est la parité qualitative et l’exercice à égalité du pouvoir entre les femmes et les hommes au sein des assemblées communales et communautaires. Cela favoriserait une augmentation des femmes investies têtes de liste aux prochaines élections.

Quel regard portez-vous sur la façon dont les médias ont parlé des femmes politiques ?

Il y a eu véritablement un traitement sexiste des élections. On a interrogé les maris, les enfants, on a parlé des vêtements des femmes candidates, des élues, de leur coiffure. On les a renvoyées à leur image. C’est indécent. Les médias ont très peu parlé de la parité. Le constat est constant et consternant.
La classe politique et médiatique est très en retard par rapport aux Français-e-s qui eux acceptent dans leur très grande majorité d’avoir des femmes à la tête de leur ville. La parité est un élément fort de la démocratie. Pourquoi les journalistes ne parlent-ils pas de cette question?

Que pensez-vous de la liste Féministes pour une Europe solidaire qui se présente aux élections européennes  ?

C’est l’éternelle question d’être dedans ou dehors. Faut-il être dans les partis ou en dehors pour faire avancer les questions des femmes ? J’ai fait partie du « courant G », courant féministe au PS dans les années 80, mais nous n’avons alors pas réussi à faire bouger les lignes.
Ces femmes ont raison d’essayer parce que cela va permettre de parler des questions des droits des femmes et de l’égalité femmes-hommes, et stimuler la prise en compte de ces questions par les autres listes en lice.
Pour faire avancer l’égalité entre les femmes et les hommes, il faut des femmes à l’extérieur et à l’intérieur de la sphère politique. Je prends l’exemple de mon département, les Côtes d’Armor, il y avait des féministes venant du monde agricole, de tous les partis, de plusieurs associations qui se retrouvaient dans une maison des femmes où la jonction pouvait se faire entre celles « en politique » et celles engagées dans la société civile. Ainsi regroupées, nous avons obtenu de bons résultats.
La politique, c’est la vie ! Si les femmes veulent être à égalité, il faut qu’elles s’engagent, il faut qu’elles soient nombreuses pour faire bouger les lignes. Il faut rentrer en bloc pour peser le plus possible. Il faut oser !

Propos recueillis par Caroline Flepp 50/50