Articles récents \ Monde Le Rojava, un modèle de démocratie féministe attaqué par la Turquie

Les Kurdes, femmes et hommes de France appelaient, le 12 octobre dernier, à des rassemblements dans plusieurs villes de France. A Paris, des centaines de personnes ont entendu l’appel de celles et ceux qui depuis des années combattent en première ligne Daech et sont aujourd’hui attaqués par l’armée turque du président Erdogan. Animatrice du rassemblement de Paris, Berivan Firat, une de porte-paroles du Mouvement des Femmes Kurdes et du Conseil Démocratique Kurde en France explique  la situation au Rojava. Laurence Cohen, sénatrice PC et Danielle Simonnet, coordinatrice du PG ont rappelé que le Rojava a un statut unique dans le monde avec la parité à tous les échelons du pouvoir.

Quel était l’objectif du rassemblement de samedi ?

L’objectif était d’appeler les forces de la coalition, notamment la France, à fermer l’espace aérien à la Turquie et de mettre immédiatement en place des sanctions diplomatiques et économique fortes. Il y a eu des rassemblements partout en Europe, en Iran, en Irak, en Russie, au Japon, etc. Pratiquement partout dans le monde.

Pensez-vous qu’il y avait suffisamment de femmes et d’hommes politiques ‪présent.es‬ samedi ?

Presque tous les partis étaient présents, . Il y avait de nombreux ‪élu.es‬, de nombreuses/nombreux sénatrices/sénateurs, ‪venu.es‬ ensemble. Le Parti Communiste, qui avait un conseil national ce jour là, a carrément vidé son conseil pour venir au rassemblement.

Il y avait surtout beaucoup de monsieur et madame Toulemonde, des ‪Français.es‬, des ‪Portugais.es‬, des Chilien.nes, des ‪Chinois.es‬, des ‪Japonais.es‬, des ‪Tamoul.es‬, des Arménien.nes, des Syrien.nes etc. Il y avait vraiment un cosmopolitisme digne de la région, et surtout du statut de la région.

Si nous étions resté.es entre nous Kurdes, cela aurait été contraire au projet social de la région qui est de vivre ensemble avec des peuples  de différentes confessions, genres ou ethnicités dans un souci d’égalité. Il y avait des femmes, des féministes, un groupe d’une quinzaine de personnes LGBT. C’était vraiment extrêmement large.

Pour vous, que devrait concrètement faire la France ?

La France devrait intervenir pour fermer l’espace aérien aux Turcs. Aujourd’hui la Russie et le régime de Bachar El-Assad sont là, les forces démocratiques de Syrie sont intervenues, du côté de Tall Abyad et Ra’s al-‘Ayn pour sécuriser les frontières du pays. Au niveau des acquis, il n’y a rien de changé, contrairement à ce qui a été dit dans les médias : les Kurdes et les forces démocratiques de Syrie n’ont rien cédé. Précédemment, il avait une demande pour que le régime d’Assad vienne renforcer la frontière. Il ne faut pas oublier que le projet social qui est en cours se déroule dans l’unité du territoire syrien et que c’est une confédération. Le projet n’a jamais été de diviser  le territoire syrien. Il est donc tout à fait normal que l’armée syrienne vienne renforcer ses frontières.  Nous sommes en état d’urgence total,  soit c’est un génocide, soit sauver ceux qu’on peut sauver. De de fait Les Kurde on était contraint.es de mener une alliance militaire. Pour le moment, il n’y a qu’un accord militaire, de ce fait c’est un accord tactique en vue de protéger notre peuple contre un génocide.

Nous sommes dans une urgence totale et les forces armées ont été contraintes de mener cet accord  pour empêcher un génocide.  Nous n’oublions pas, bien sûr, la politique d’Assad , et la grand trahison de la Russie.

Cela ne peut pas être pire que ce que nous vivions hier encore . Nous étions face à un génocide, qui se déroulait en direct aux yeux du monde entier. A l’époque de l’holocauste et du génocide arménien il n’y avait pas les réseaux sociaux. Aujourd’hui, d’une minute à l’autre, tout le monde peut savoir ce qui se passe…

Et tout le monde s’indigne. Mais, s’indigner, condamner fermement et interdire la vente d’armes, ce n’est pas suffisant ! Le premier objectif réel pour inverser cette guerre d’invasion, parce que c’est bien une guerre d’invasion, c’est de fermer l’espace aérien à la Turquie et de prendre des sanctions immédiates pour qu’elle soit exclue, au moins provisoirement, de l’OTAN. Il faut bloquer toutes les exportations turques vers l’Europe, de ce fait cela amènerait la Turquie, dont  l’économie est déjà un niveau catastrophique, à reculer.

Les femmes de l’YPJ (Unités de défense de la femme) sont-elles de nouveau au premier rang face aux Turcs, comme elles l’étaient face à Daech ?

Oui, encore hier matin, elles se sont réunies pour accompagner plusieurs d’entre-elles à leur dernière demeure… Elles sont toujours au premier rang et continuent à combattre au sol, malgré les bombardements. Les combattant.tes ont repoussé les attaques au sol de la Turquie, qui n’a donc toujours pas conquis les territoires du Nord et de l’Est, alors qu’elle avait prétendu pourvoir le faire en quelques heures !

Les ‪combattant.es‬ du Sud-Kurdistan ont pris le chemin pour rejoindre leurs frères et sœurs kurdes. Cette attaque est une attaque envers tou.tes les Kurdes sans distinction de religion, d’ethnie ou d’opinion. C’est une attaque directe envers le peuple kurde, c’est un génocide préparé.

Les Kurdes dans la douleur et la souffrance continuent la résistance. Nous n’avons pas le choix, nous avons donné la chair de notre chair : 11 000 personnes. Comptez jusqu’à 11 000 et vous verrez ce que cela représente, le nombre d’hommes, de femmes, d’épouses, de maris, d’amoureuses/amoureux qui sont ‪mort.es‬. Il est hors de question que nous abandonnions ce que nous avons acquis au prix du sang.

Vous n’avez eu d’autres choix que de passer des alliances avec les dirigeants syriens et russes ?

Cette alliance avec Assad et la Russie, ça ne peut pas être pire que ce par quoi nous sommes déjà ‪passé.es‬. Comme le disait le commandant en chef des Forces Démocratiques Syriennes, nous sommes ‪obligé.es‬ de faire des compromis douloureux et de travailler avec eux. Nous devions choisir entre un compromis et un génocide.

Est ce que nous nous attendons à une trahison ? Oui, nous nous attendons à tout. Au point où nous en sommes, les seules forces sur lesquelles nous pouvons compter ce sont les nôtres. Nous devons tout tenter pour le bien être de notre peuple et nous devons passer toutes les alliances tactiques possibles.

Depuis 7 jours, c’est 200  ‪combattant.es‬ de ‪tué.es‬, plus de 200 civils de tués, autant de blessés, et plus  1000  djihadistes évadés. La Turquie bombarde délibérément les camps, les prisons où sont ‪détenu.es‬ les djihadistes, pour les libérer. Ou alors, ils réussissent à s’évader grâce à la diminution de la surveillance kurde, puisque notre priorité c’est de faire face à l’invasion et de nous défendre. Donc ils vont être de plus en plus à s’échapper. Et que vous-pensez que la Turquie fasse ? Elle va soit les relooker pour les envoyer au sein des forces kurdes, soit les expédier en Europe. C’est un danger imminent pour l’occident que nous avons dénoncé dès les premiers instants. Mais nous n’avons pas été entendu.

Le danger va augmenter considérablement. C’est ce que nous craignions. Erdogan ne fait que menacer l’Europe en la poussant à ne pas intervenir. Il se comporte comme le sultan de l’empire Ottoman, il a comme ambition de retracer les frontières de l’empire Ottoman a jamais perdu. Il se voit le leader du monde musulman alors que par ses actes et par ses crimes de guerre c’est justement la communauté musulmane à qui il porte l’un des préjudices le plus important. C’est l’enfer de la guerre dans cette région où nous avons construit un projet multi-ethnique, multiconfessionnel, pluraliste, féministe et écologique. C’est ce projet, ce pluralisme, ce respect des peuples, de leurs différences et de leurs ressemblances qu’Erdogan et cette bande de barbares veulent anéantir a jamais.

Que pouvons nous faire ici en France pour vous soutenir ?

Nous avons besoin de solidarité active, d’actes pratiques de la part de la France, de l’Union Européenne, de l’ONU. Nous avons surtout besoin de la solidarité active de Monsieur et Madame Toulemonde, de tout.es celles/ceux qui habitent la France, l’Europe, l’Occident. Cette guerre aura des conséquences catastrophiques pour l’Europe et pour la France. Les djihadistes que les forces démocratiques de Syrie ce sont employées à garder loin de l’Occident, Erdogan veux les envoyer en Europe.

En vous tenant aux côtes du peuple kurde, des peuples du Rojava, vous protégerez aussi la France, l’Europe, l’Occident. Car n’oubliez pas que cette guerre d’invasion sert à redonner un nouveau souffle aux barbares de Daech. Et cela veut dire un nouveau danger pour l’Occident, pour l’Europe, pour la France.

Nous avons combattu pour nous, pour vous: à vous d’être à nos côtés pour nous mais aussi pour vous.

Propos recueillis par Caroline Flepp 50-50 magazine

 

     Interview Marie-Hélène Le Ny 50-50 magazine

 

 

Interview Sylvie Debras et Caroline Flepp 50-50 magazine

Debout pour le Rojava: Un nouveau rassemblement est organisé samedi 19 octobre à 15h place de la République à Paris. D’autres rassemblements sont organisés à Rennes, Strasbourg, Marseille, Toulouse, Lyon et Bordeaux.

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