Monde Forum Génération Égalité : les liens entre changement climatique et égalité de genre

Quels sont les liens entre le changement climatique et les inégalités de genre ? C’est la question posée par la conférence virtuelle « Climat et genre » organisée le 29 mars à l’occasion de la première étape du Forum Génération Egalité organisée au Mexique.

La discussion s’ouvre avec Hindou Oumarou Ibrahim, co-fondatrice et présidente de l’association des femmes et peuples indigènes du Tchad. « Au Tchad, l’impact du réchauffement climatique est évident, les inondations et les sécheresses sont une réalité dramatique » est son premier constat. Et la dégradation de notre environnement touche particulièrement les femmes. Pourquoi ? Parce que ce sont elles qui vont chercher l’eau dans les puits, ce sont elles qui nourrissent les enfants du foyer… Et avec les sécheresses à répétition, la nourriture et l’eau s’éloignent, obligeant les femmes à se déplacer plus loin ou définitivement.

« Sans récolte nous n’avons pas d’alimentation, les femmes sont donc contraintes d’aller chercher la nourriture et l’eau ailleurs pour survivre, ce qui provoque des flux migratoires. Les femmes subissent de plein fouet le réchauffement climatique car ce sont elles qui prennent soin des enfants et des personnes âgées », explique Hindou Oumarou Ibrahim, avant d’ajouter « les femmes autochtones sont porteuses de solutions. Elles doivent avoir une place à la table des négociations et participer aux décisions ». Sans oublier que « les problèmes liés à l’accès aux récoltes et à l’eau peuvent provoquer des conflits », insiste Lucy Mulenkei, directrice exécutive de Indigenous Information Network au Kenya. 

Evidemment, les impacts liés au réchauffement climatique ne sont pas les mêmes en fonction des pays. Certaines femmes sont plus exposées que d’autres aux conséquences de la dégradation de notre environnement. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle certaines intervenantes parlent de « justice climatique ». « Les pays les plus pauvres, les peuples autochtones subissent les impacts de façon disproportionnée », déclare Mary Robinson, ancienne présidente de l’Irlande et ancienne haute commissaire aux Nations Unis pour les droits humains.

Réinventer le féminisme de façon holistique

Mais alors concrètement, quelles sont les stratégies à mettre en place pour faire face au réchauffement climatique ?

« Il faut réinventer le féminisme de façon holistique », répond Mary Robinson. En d’autres termes « nous ne pouvons pas séparer la crise environnementale et les droits des femmes », selon Miriam Miranda, coordinatrice de l’organisation Fraternal Negra au Honduras. Certes les femmes, notamment dans les pays pauvres, subissent de plein fouet la crise climatique, mais il ne s’agit pas simplement de les aider à y faire face. Il faut penser le féminisme et le climat de façon conjointe dès le départ, pour accompagner les femmes dans cette transition écologique. Les oppressions patriarcales sont liées aux oppressions sur notre planète, et « les femmes sont déjà au front pour défendre l’environnement », ajoute Miriam Miranda.

Pour y arriver, il faut « s’assurer qu’il y ait une plus grande présence des femmes au niveau des gouvernements, car cela permettra une plus grande mobilisation de la société civile. Les femmes pourraient ainsi soutenir le développement et la mise en place de stratégies de développement durable », intervient Dean Jonas, ministre de la transformation sociale et écologique au sein du gouvernement d’Antigua et Barbuda.

Au lieu d’accompagner les femmes victimes du réchauffement climatique, il faut les intégrer en amont pour réfléchir aux solutions. Un constat commun aux différentes Coalitions d’action.

Et les jeunes femmes aussi doivent être associées aux réflexions. « La jeunesse doit participer aux discussions car le futur de la planète c’est le futur de la jeunesse », estime Jennifer Uchendu, fondatrice de Susty Vibes au Nigeria. Mais le constat est sans appel, les jeunes n’ont pas l’impression d’être suffisamment écouté·es. « Il y a beaucoup de mensonges de la part de nos gouvernements, nous voulons de la transparence, que nos gouvernements parlent des échecs et des problèmes qui ne sont pas encore résolus. Car nous ne sommes pas en train d’avancer vers les objectifs 2030. Les gouvernements ne tiennent pas leur parole », condamne Jennifer Uchendu.

Pourtant, « cette année est certainement la plus importante de notre siècle. Nous avons besoin de réduire les émissions de carbone », conclut Mary Robinson.

Chloé Cohen 50-50 magazine

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