DOSSIERS GMMP et rapport Calvez : où en est la représentation médiatique des femmes ?

Créé en 1994, le Global Media Monitoring Project (GMMP) est un groupe d’étude international s’intéressant à la parité et à la représentation des minorités dans les médias et les industries de la communication. En 2021, le GMMP publie un résumé de son étude réalisée sur les cinq dernières années qui se sont écoulées. Le 9 septembre 2020, la députée Céline Calvez remet son rapport sur la place des femmes dans les médias en période de crise. 

Durant les cinq dernières années, le GMMP a constaté un certain progrès au sein des rédactions en ce qui concerne la parité. A l’échelle mondiale, 48% des journalistes TV sont des femmes. C’est 10% de plus qu’en 2015. Malgré tout, les médias d’information sont loin d’être inclusifs, notamment dans leur représentation des minorités et des populations marginalisées. Le GMMP prend l’exemple de l’Amérique Latine où les personnes indigènes représentent 8% de la population. Pourtant, celles-ci ne constituent qu’1% des sources et des sujets journalistiques.

Autre exemple relevé par Céline Calvez : 83,4 % des personnes apparaissant à la Une des journaux sont des hommes et ceux-ci signent 74,4 % des tribunes. Où sont les femmes, pourrait-on se demander légitimement. 

Un traitement médiatique aggravé par la crise du coronavirus 

La pandémie a eu un effet conséquent sur les médias et leur traitement de l’information. De manière générale, on observe une forte diminution de la présence des femmes expertes dans les médias, mais aussi des femmes journalistes. La crise sanitaire et les Unes des journaux nous ont habitué·es aux photos représentant des hommes politiques et des experts masculins. 

Un phénomène similaire a été constaté dans le traitement médiatique de la pandémie. A l’échelle mondiale, les médias traditionnels ainsi que les nouveaux médias ont peu mis en avant le travail de femmes journalistes ou de femmes expertes. Pourtant, il est patent que ce sont des métiers à majorité féminins, notamment les métiers dits du « care », qui ont été en première ligne dans la lutte contre le Covid-19. A la télévision, on n’a donné la parole qu’à 31% de femmes, à la radio, 27%. Sur Twitter, 24% des femmes se sont exprimées sur le virus. 

De plus, un tel biais de genre se retrouve également dans les interventions médiatisées d’expert·es. En 2020, seul un tiers des expert·es invité·es par les médias étaient des femmes. Pourtant, ces dernières représentent 61% des chercheuses/chercheurs en sciences de la vie, de la terre et de la santé. 

Les médias ne représentent pas la société qu’ils prétendent refléter

Les conclusions du rapport Calvez et du Global Media Monitoring Project sont similaires : les médias ne sont pas représentatifs de la société, mais plutôt représentatifs des jeux de domination et de pouvoir à l’oeuvre dans notre société actuelle.

Pour avancer sur l’égalité femmes/hommes dans les médias, le rapport 2021 du Global Media Monitoring Project insiste sur plusieurs points, notamment l’attention portée à la représentation médiatique des populations indigènes, des personnes en situation de handicap, des personnes de couleur et des personnes âgées. Il propose également des solutions pour améliorer l’égalité des sexes à destination de l’industrie médiatique mais aussi auprès de la communauté de chercheuses/chercheurs et des gouvernements. 

Céline Calvez, quant à elle, propose de créer un observatoire de la parité et de l’égalité femmes-hommes dans les médias et préconise de renforcer la capacité de contrôle du CSA en introduisant des objectifs chiffrés sur la représentation des femmes dans les médias. La députée encourage également les médias audiovisuels à utiliser les outils d’automatisation du comptage du temps de parole des femmes ainsi que la mise en place de cours d’éducation aux médias et ce dès l’école primaire. 

Le point de vue de Marlène Coulomb-Gully,  professeure de communication à l’université Toulouse 2, co-coordinatrice du GMMP pour la France.

Que faire pour engager les médias à plus de parité, que ce soit au sein des rédactions ou bien à propos du nombre d’expertes et de femmes interviewées ? 

Beaucoup de médias se sont déjà engagés dans cette voie : parce que les attentes de la société sont grandes en la matière, parce que leurs salarié·es sont en attente de plus de parité au sein des rédactions et en raison des obligations légales en la matière. En d’autres termes, une action conjointe des salarié·es (action dite « bottom-up »), le respect des obligations légales (« top-down ») et surtout la pression des réceptrices/récepteurs des médias sont de puissants leviers devant permettre une plus grande égalité femmes/hommes. Les syndicats sont parfois sensibilisés à la question, même si ce n’est pas assez souvent le cas. Enfin, la formation des journalistes (initiale et continue, puisqu’on sait que seule une minorité de journalistes passe par des formations homologuées) devrait intégrer des modules de sensibilisation à ces questions.

Qu’a révélé la crise du coronavirus sur les biais et stéréotypes de genre présents au sein des médias et relayés par ces mêmes médias ? 

Elle a rappelé que « rien n’est jamais acquis à la femme ni sa force » comme disait le poète. Bref, la crise a renvoyé les femmes à leur invisibilité coutumière, qu’il s’agisse des journalistes (souvent en charge de leurs enfants) ou des personnes vues à l’écran : la représentation du réel y a été caricaturale, avec des hommes professeurs de médecine et des femmes infirmières ou aide-soignantes  (voir l’article co-écrit avec Doukhan et Méadel dans La Revue des Médias sur ce thème). La Une du Parisien sur « le monde d’après » a été un parfait exemple de cette situation. Le Monde a d’ailleurs fait un bel exercice d’autocritique dont témoigne l’article d’Anne Chemin du 10 juillet.

Que changera la présence de davantage de femmes journalistes et rédactrices en cheffe ? 

Parce que femmes et hommes sont (encore) socialisé·es différemment, plus de femmes dans les rédactions engagerait probablement une représentation différente du monde et notamment une plus grande attention à une juste représentation des femmes et des hommes. Toutes les études montrent que les stéréotypes de genre sont prioritairement battus en brèche par les femmes journalistes alors que les hommes ont tendance à les reproduire. Mais même si cela ne changerait rien, la présence de femmes à tous les niveaux de responsabilité des rédactions et dans tous les domaines, serait le signe que la double ségrégation verticale (plafond de verre) et horizontale (spécialisation thématique) est en voie de disparition : quelle meilleure nouvelle pour l’égalité femmes/hommes ?

Victoria Lavelle 50-50 Magazine
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