Non classé Fonction publique : où sont les femmes ?

Article paru dans Alternatives Economiques d’avril 2011 sous le titre Où sont les femmes ?

Bien que majoritaires dans la fonction publique, les femmes restent à l’écart des postes de direction. A tel point que la députée UMP Françoise Guégot propose de fixer des « objectifs clairs et contraignants » pour faire avancer l’égalité professionnelle chez les fonctionnaires (1). Il s’agirait d’imposer des quotas de femmes aux postes les plus élevés, à l’image de la loi votée en janvier dernier qui contraint les entreprises privées à compter 40 % de femmes dans leur conseil d’administration d’ici à 2017. Le secrétaire d’Etat à la Fonction publique, Georges Tron, s’est dit favorable à l’extension de ce seuil de 40 % aux postes de direction de la fonction publique. Il envisage même des sanctions pour les services récalcitrants (gel de crédits et de postes).

Une lente évolution

Ce seuil est pour le moment loin d’être atteint : en 2008, les femmes représentaient seulement 20 % des emplois de direction dans la fonction publique d’Etat. Pis, elles n’occupent que 14 % des postes nommés directement par le gouvernement (préfets, directeurs d’administrations centrales, ambassadeurs, recteurs). Même constat dans la fonction publique territoriale, où la proportion de femmes chez les cadres dirigeants n’est que de 18 %, ou encore dans la fonction publique hospitalière où les femmes occupent certes 40 % des emplois de direction, mais ne dirigent que 16 % des hôpitaux.

Pourtant, la fonction publique dans son ensemble compte 60 % de femmes dans ses effectifs… En une dizaine d’années, la situation s’est un peu améliorée, mais les évolutions sont lentes. Entre 2000 et 2006, la part des femmes dans les postes de direction est passée de 12 à 16 % (2). « A ce rythme-là, il faudrait attendre 54 ans pour que la représentation des femmes atteigne la part qu’elles ont dans les emplois », souligne Françoise Milewski, économiste à l’OFCE (3). Dans le privé, le plafond de verre existe également. Selon l’Insee, seules 17 % des entreprises françaises étaient dirigées par une femme en 2008. En 2009, parmi les entreprises du CAC 40, celle dont les instances dirigeantes étaient les plus féminisées était l’Oréal, mais avec seulement 19 % de femmes. EADS et Vallourec n’en comptaient aucune.

Des contraintes pas respectées

Dans le secteur privé, des règles contraignantes ont été mises en place récemment : outre le quota de 40 % dans les conseils d’administration, les entreprises de plus de 50 salariés qui n’auront pas conclu un accord sur l’égalité professionnelle seront sanctionnées à partir de 2012. Ces accords doivent prévoir un « rapport de situation comparée » annuel permettant d’identifier les inégalités entre hommes et femmes dans l’entreprise. Le secteur public, lui, s’est affranchi de cette obligation.

Une loi de 1983, complétée en 2001, impose pourtant au gouvernement de fournir un rapport similaire tous les deux ans. Mais le dernier date de 2006. Depuis, les informations distillées restent partielles. En matière d’égalité professionnelle, comme dans beaucoup d’autres domaines en matière sociale, l’Etat est donc loin d’être exemplaire. Dans un tel contexte, s’appuyer sur la seule bonne volonté paraît illusoire. Reste les quotas, car, comme le rappelle Françoise Milewski, « tout a échoué jusqu’à présent ».

Juliette Raynal

(1) Voir le rapport de Françoise Guéguot de mars 2011.
(2) Une rupture de série statistique en 2007 empêche de comparer avec les données plus récentes.
(3) Voir La lettre de l’OFCE n° 326, 4 mars 2011.