Contraception masculine : encore un effort messieurs ! Les hommes vasectomisés, une espèce encore trop rare

La vasectomie est une méthode de contraception idéale pour les hommes qui sont sûrs de ne pas ou ne plus vouloir d’enfants. Témoignages de trois hommes vasectomisés pour comprendre leur vécu et les raisons de ce choix peu commun en France.

 

Jean, 36 ans, deux enfants

J’ai décidé de faire une vasectomie dès mon divorce, à 36 ans : déjà père de deux enfants, je tenais absolument à maîtriser ma contraception. De plus, je considère que deux enfants c’est beaucoup, je n’avais ni les moyens ni l’envie d’en assumer un troisième. Je suis solidaire des luttes féministes, et je ne vois pas pourquoi ce seraient les femmes qui utiliseraient seules la contraception.

La situation politique tue en moi l’envie de faire des enfants. J’aurais aimé élever des enfants d’une manière collective, des enfants qui auraient autant de papas et de mamans qu’il y a de personnes dans la communauté où je vivais à l’époque, mais c’est une utopie !

L’opération s’est très bien passée. Très simple, une petite anesthésie locale, avec beaucoup d’explications données par le médecin. Deux petits coups de scalpels, deux fils et terminé, aucune douleur, tout cela en 30 minutes, j’étais étonné.

Mes copines sont ravies, un mec qui assume sa contraception c’est rare ; les mecs sont plus dubitatifs, ils s’inquiètent de ma virilité et de mon plaisir. J’ai droit à l’éternelle question: «et si ta nouvelle compagne veut des enfants, que feras-tu ?»

Je réponds: «il existe mille possibilités mais ce ne sera pas avec mo i!»

 

René, 49 ans, 5 enfants

La vasectomie, je l’ai décidé il y a six ans, à 43 ans, pour libérer ma compagne des problèmes de contraception. Je suis passé par le Planning familial qui m’a donné des adresses d’urologues et d’hôpitaux qui la pratiquaient. J’étais décidé, pourtant j’ai été obligé de passer un entretien avec une psychologue qui m’a demande de bien réfléchir. Je lui ai dit: «mais vous vous rendez compte que j’ai déjà cinq enfants ?» L’opération est d’une simplicité enfantine, mais on n’entend quasiment jamais parler de cette méthode, ce qui m’interroge. De plus, je suis étonné que dans mon entourage, alors que la plupart des gens savent que j’ai fait cette opération, personne ne me pose de questions et ne semble s’intéresser à cette méthode.

Je me demande quel est le nombre d’hommes vasectomisés en France ? Il faudrait faire une enquête mais j’ai l’impression que nous ne sommes pas nombreux….. La France reste un pays très macho !

 

Tristan, 65 ans, sans enfants

J’ai fait l’opération très jeune, à 34 ans. J’avais été «co-responsable» de deux avortements avec deux compagnes différentes. Je suis féministe et partisan de l‘union libre, je pense donc qu’il faut que l’homme prenne aussi en charge la contraception. D’autre part, pour des raisons philosophiques et politiques, je refuse d’avoir des enfants. Je ne peux pas prendre la responsabilité de mettre un enfant dans un monde tel que celui-ci. Et je suis trop pessimiste pour penser que la société va s’améliorer ; ce qui ne m’empêche pas d’adorer les mômes et d’avoir travaillé plusieurs années dans le secteur éducatif. Donc j’ai choisi la solution la plus radicale, et je ne l’ai jamais regretté. J’étais à 100% sûr de moi.
A l’époque, j’avais été obligé d’aller en Suisse, car c’était interdit en France. En Suisse ils m’ont juste demandé une lettre de motivation et proposé un temps de réflexion ; ma demande a été acceptée. J’ai été étonné par la simplicité de l’opération. Au bout d’une heure, j’étais dehors.

Depuis je milite pour la vasectomie, je démystifie, j’explique que c’est un moyen de contraception génial pour ceux qui ne veulent pas d’enfants, qu’il faut assumer d’être dans des relations d’égalité avec les femmes, bien sûr dans le cas d’une relation qui dure. Mais je rencontre assez peu de succès, je dois dire ! Il y a encore du boulot pour changer les mentalités. D’ailleurs je n’ai jamais vu de campagnes d’informations sur la vasectomie, c’est tout à fait révélateur.

J’explique toujours aux hommes qu’utiliser la capote ou pratiquer la vasectomie, ce n’est pas la même méthode mais que c’est le même combat pour l’égalité femmes/hommes… Je leur dis en riant: «si vous ne voulez pas ou plus d’enfants, pratiquez l’opération et vous ne direz plus jamais : elle m’a fait un enfant dans le dos !»

 

Emmanuelle Barbaras, 50-50 Magazine

 

Illustration : extrait de la Brochure contraception du Planning Familial, 2015 – En vente au Centre de documentation