Chroniques Les voiles se suivent…

Je suis allé aujourd’hui à la bibliothèque municipale du quartier Beaugrenelle à Paris, à la recherche d’un livre dont j’avais un urgent besoin.
En entrant dans la bibliothèque, je croise une religieuse catholique qui sortait, la tête couverte d’un voile gris, on dirait plutôt d’une coiffe tant la taille de l’étoffe était réduite, cachant les cheveux et les oreilles, mais ne descendant pas plus bas que la base du cou.

A l’étage supérieur, j’aperçois une femme qui venait d’arriver, couverte d’un voile de la tête aux pieds, ledit voile recouvrant là aussi une sorte de coiffe cachant totalement cheveux et oreilles. Un voile islamique de toute évidence, celui qu’on appelle tchador.

On aurait dit que le pôle religieux catholique, représenté par la « bonne sœur », illustrait une tradition en voie de disparition, comme en témoigne le raccourcissement du voile par rapport aux images d’antan (pas si anciennes que ça) des cornettes à la Fellini.
Le pôle islamique (terme que je préfère ici à musulman) entamait au contraire sa glorieuse carrière : je te couvre et te recouvre, plus longue sera la traîne, plus noir sera le rideau…

Dans les deux cas, le symbole est affiché : il s’agit de cacher la chevelure aux yeux des voyeurs que nous sommes censés être. Le sacrifice de la chevelure dans la « prise de voile » catholique signifie, dit-on, un renoncement au monde. Dans le cas islamique, il est un rempart contre la convoitise masculine, et une autocensure contre toute velléité de séduction. Seules les prostituées étalement leur abondante chevelure (tradition sémitique).

Le symbole est plus encore de soumission. Soumission de la femme islamique à l’homme et à Allah. Soumission de la religieuse à son Dieu, mais aussi à règle de sa communauté, à l’Eglise et à sa hiérarchie. Le divin et l’humain s’entendent à merveille pour confondre les univers.

En sortant de la bibliothèque, attendant le bus pour regagner mon domicile, j’ai vu une femme entre deux âges, à l’allure de robuste paysanne, toute vêtue de noir, un fichu noir noué autour de la tête. Je ne sais pas pourquoi, j’ai pensé à une femme sicilienne. Elle pouvait être corse, ou grecque, de toutes façons méditerranéenne. Elle aurait pu ressembler à ma grand mère qui nouait ce même fichu autour de sa tête lorsqu’elle allait au jardin. Là, nul symbolisme, seulement une tradition vestimentaire, une protection contre le soleil…

Le problème des voiles qui, aujourd’hui, se suivent, se ressemblent ou non, c’est bien cette confusion des significations et des signifiants d’abord. Les voiles peuvent parler. Ils peuvent être des instruments de pouvoir, manipulés le plus souvent par des hommes qui légitiment leur domination « au nom de Dieu ». L’Islam politique, qui n’est pas l’Islam, même s’il s’en revendique, est un danger réel pour nos valeurs républicaines, laïques, de liberté de conscience, d’égalité etc. Instruments d’imposition de valeurs – de contre valeurs – que nous ne pouvons accepter.

Il faut impérativement dire Non !

Alain Piot, sociologue